Bruxelles : le désordre public

Tous les soirs, entre cent et deux cent personnes se rassemblent au Parc Maximilien autour d’une poignée de bénévoles en gilet fluo. Ils viennent du Soudan, d’Irak, d’Érythrée, d’Égypte, de Libye, de Syrie, d’Éthiopie ou d’ailleurs. Ils sont en Belgique depuis trois jours ou six mois. Ils cherchent à se poser quelque part, souvent en Angleterre, soit parce qu’ils ont entendu que ce serait plus facile, soit parce qu’ils y ont déjà de la famille ou des amis. Quelle que soit la situation dans leur pays d’origine, ils la jugent en tout cas suffisamment grave pour que, de leur point de vue, être à la rue à Bruxelles est préférable à retourner là-bas.

S’ils se rassemblent auprès des bénévoles, c’est parce que la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés leur offre ce que les pouvoirs publics leur refusent : de la nourriture (grâce au boulot fantastique de Belgium Kitchen), un suivi médical, des conseils juridiques (parce que bien souvent ils ne sont même pas au courant qu’ils peuvent demander l’asile en Belgique), et un toit pour la nuit.

Ce toit, ils l’ont grâce au réseau d’hébergeurs rassemblé par la Plateforme. Tous les soirs, une centaine de citoyens viennent se présenter au parc, et repartent avec une, deux, trois personnes, en voiture ou en bus. Tout se passe dans le calme : les bénévoles répartissent les petits groupes, font les présentations, restent jusqu’à une ou deux heures du matin parfois, déterminés à ne laisser personne dormir dehors. Souvent, ils y arrivent ; parfois, tous leurs efforts ne suffisent pas. Ceux qui doivent rester dehors sont déçus, évidemment, mais toujours compréhensifs.

Le travail de la Plateforme n’est pas seulement un exemple d’humanité, c’est aussi un travail d’ordre public. Grâce à eux, des gens qui seraient à la rue sont logés. Des gens qui n’auraient d’autre choix que la mendicité reçoivent nourriture et vêtements. Des gens qui seraient bloqués dans la clandestinité, parfois, retournent dans les procédures légales, correctement informés et conseillés. La Plateforme leur offre aussi l’opportunité d’apprendre l’Anglais, le Français ou le Néerlandais, et augmente leurs chances de pouvoir se revenir dans la légalité.

Hier soir, la police a choisi de perturber l’ordre public. En venant effectuer une rafle en pleine « heure de pointe » de la répartition des invités chez leurs hébergeurs, ils poussent ceux-ci à s’enfuir et à se méfier des lieux de rassemblement, ainsi que des autorités belges.

L’accueil belge – photo prise par un bénévole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés le 15 octobre 2017

Les coupables de cette situation déplorable se retrouvent à tous les niveaux de pouvoir.

M. Close, responsable des actions de la police sur le territoire de sa commune.

M. Vervoort, qui pourrait mettre en place des structures d’aide et d’hébergement, mais préfère se retrancher derrière la « responsabilité du fédéral » (et le travail de la Plateforme).

M. Francken, probablement à l’origine de l’action d’hier soir, et certainement responsable des expulsions illégales vers le Soudan, et du manque d’accueil et d’information aux arrivants (il prétend que ce n’est pas le cas, mais au vu des infos qu’ils ont lorsqu’ils arrivent à la Plateforme, on a du leur donner les explications en néerlandais…).

M. Michel, qui porte au final la responsabilité des actions de son gouvernement.

Les rafles sont inhumaines et irresponsables. Ces migrant·e·s ont aujourd’hui largement montrés que, intégrés dans un réseau d’aide, ils n’étaient aucunement source de danger ou de désordre pour la société. Les nombreux accueillants peuvent en témoigner. Si, poussés dans la clandestinité, ils le deviennent, la faute en incombera aux pouvoirs publics. Hier soir, ils n’ont défendus ni les migrant·e·s, ni les citoyens belges.

En tout cas, pour tous ceux et celles qui désirent rejoindre le mouvement citoyen pour pallier aux manquements des pouvoirs communaux, régionaux et fédéraux, les moyens d’aider ne manquent pas. Que ce soit avec des dons (via par exemple l’initiative « Deux euros cinquante »), du travail bénévole auprès de la Plateforme, des propositions d’hébergement (ou de chauffeur de et vers les hébergeurs) ou en relayant les informations et en interpellant les politiciens.

Hier soir, l’État a confirmé qu’il n’était pas capable de remplir ses responsabilités. Quand l’État est démissionnaire, les citoyens prennent le relais. Ils se souviendront de quels élus les auront soutenus, et de quels élus auront tout fait pour les en empêcher.

Enquêtes, sondages : comment (ne pas) en faire un article

Chaque fois qu’un journal sort un article sur « les résultats d’une enquête » (ou d’un sondage), je crains le pire. La dernière enquête à faire le tour de la presse belge francophone offre un excellent exemple de toutes les erreurs à ne pas faire, alors j’en profite.

« Les jeunes, addicts aux réseaux sociaux… mais critiques« , titre Le Soir. Les réseaux sociaux semblent être l’accroche prescrite par le groupe Rossel : chez SudPresse, « Le chouchou des 11-18 ans, c’est Facebook« .

Du côté du groupe IPM, visiblement, la consigne est différente. La Libre : « Huit enfants sur dix ne voient pas d’un bon œil l’accueil de réfugiés par la Belgique« . La Dernière Heure : « 80 % des jeunes ne voient pas l’accueil des migrants d’un bon œil« .

Alors, les jeunes sont-ils accros à Facebook, anti-migrants, ou les deux ? Voyons ce que dit l’enquête, réalisée par l’institut de sondage Dedicated « auprès de 814 jeunes âgés de 11 à 18 ans » et commanditée par l’Alliance des Médias d’Information belge francophone.

Commençons par les réseaux sociaux.

Chez SudPresse, on parle de « 88 minutes par jour » en moyenne. Pour La Libre, « trois quarts des jeunes sont tous les jours pendant 1 h 30 sur les réseaux sociaux ». Mais ce que l’enquête dit, c’est ceci :

Source : Dedicated, publié sur La Libre

Premier problème : on passe de « entre 1/2 heure et 1 heure » à « entre 2 et 3 heures ». Si ce sont les choix tels qu’ils étaient présentés aux jeunes, on peut déjà s’attendre à une certaine confusion. Comment, de là, on tire les « 88 minutes », je ne sais pas. Peut-être que des chiffres plus précis ont été fournis par Dedicated. Si c’est le cas, cela illustre bien l’importance de fournir au lecteur les données complètes : semer le doute, ce n’est pas tout à fait le but d’un média d’information.

Quant aux « 3/4 des jeunes », je ne sais pas comment La Libre les calcule : même si l’on est généreux et que l’on considère que « entre 1/2 heure et 1h » va jusqu’à 1h59, on arrive au mieux à 33% + une fraction de 36% à plus d’1h30. En réalité, les chiffres semblent plutôt dire que la moitié des jeunes passent moins d’une heure par jour sur les réseaux sociaux.

Surtout, ce sont des statistiques qui ne servent à rien hors contexte. Combien de temps passe la population en général sur les réseaux sociaux (et pas juste les jeunes) ? On trouve par exemple en France une estimation de 1h20 par jour. En Belgique, 1h15 en 2016. Aux USA, on approche des 2h.

Autrement dit, un meilleur titre aurait sans doute été : « les jeunes utilisent beaucoup les réseaux sociaux, comme tout le monde. »

Venons-en aux migrants.

« Plus de huit élèves sur dix s’inquiètent du fait que la Belgique accueille sur son sol des réfugiés et des migrants », nous dit La Libre.

À nouveau, une information extrêmement importante nous manque : quelle question exactement a été posée ? En effet, l’infographie de Dedicated ne dit pas tout à fait la même chose :

Source : Dedicated, publié sur La Libre

Si la question était effectivement « Comment ressens-tu l’accueil des réfugiés des migrants en Belgique », ce n’est pas tout à fait pareil ! D’abord, parce que la phrase ne veut rien dire (« des réfugiés des migrants » ?), mais surtout parce que la proposition n’est pas claire !

Comment ressens-tu l’accueil des migrants en Belgique ? (es-tu a l’aise avec le fait qu’on accueille des migrants ?) Je répondrais oui.

Comment ressens-tu l’accueil des migrants en Belgique ? (es-tu à l’aise avec l’accueil tel qu’il est organisé par la Belgique aujourd’hui ?) Je répondrais non, je ne suis pas à l’aise avec l’incapacité totale de nos élus (à tous les niveaux de pouvoir) de prendre leurs responsabilités et de leur offrir le minimum d’accueil et de décence humaine, au lieu de se décharger sur les initiatives citoyennes qui font le boulot à leur place : hébergement, suivi médical, conseils juridiques, cours de langue, etc…

Comme souvent dans les enquêtes, la formulation exacte est importante. « La Belgique doit-elle augmenter le budget alloué à l’accueil des migrants ? » et « La Belgique doit-elle laisser les réfugiés en provenance de zones de guerre à la rue cet hiver ? » sont deux questions qui sont en substance similaires, mais qui auraient des résultats très différents.

La Libre et la DH auraient donc dû titrer : « 80% des jeunes ne voient pas d’un bon oeil les questions mal exprimées ».

Et les marges d’erreur…

Quand on a un échantillon aléatoire de 814 jeunes sur une large population, la marge d’erreur se trouve aux alentours de 3 à 4%. Par conséquent, lorsque l’article dit « Alors qu’ils étaient 14 % à manifester un intérêt pour les hommes et femmes politiques en Belgique, ils ne sont plus que 12 % à se déclarer satisfaits », il faut lire : « Alors qu’ils étaient entre 10 et 18% (…), ils sont maintenant entre 8 et 16%, ce qui ne montre pas de changement ».

En bref : comment faire un article sur une enquête ou un sondage ?

  • Toujours publier les données brutes à côté de l’interprétation. Idéalement, de toute l’enquête, mais au minimum de tout ce dont on parle dans l’article.
  • Publier la méthodologie (Quelles questions exactes ont été posées ? Est-ce que l’enquêteur était présent ? Comment l’échantillon a-t-il été sélectionné, et comment l’enquêteur s’est-il assuré qu’il est représentatif de l’ensemble de la population visée ?)
  • Se retenir de voir des tendances dans le bruit d’échantillonnage : si la différence est dans la marge d’erreur, ce n’est pas une différence. C’est aussi valable pour les sondages politiques (voir tous les « baromètres politiques » qui parlent parfois de « chute » ou de « percée » pour des différences peu ou non significatives…)
  • Contextualiser ! Si l’on veut mettre en regard « les jeunes » par rapport au reste de la population, il faut les chiffres du reste de la population !

Ce n’est pas si compliqué que ça… Et lorsque ces points ne sont pas respectés, on ne peut tout simplement pas considérer l’article comme fiable. Ce serait tout de même dommage.

Les réfugiés balayés sous le tapis

Theo Francken a décidé de célébrer la rentrée par un grand nettoyage de printemps, avec l’aide des polices de Bruxelles-Capitale/Ixelles au Parc Maximilien et de Bruxelles-Nord (Schaerbeek/Evere/Saint-Josse) à la Gare du Nord.

Il y a beaucoup à dire sur le côté inhumain de ces opérations de police. Sur le fait qu’on doit célébrer lorsque la police permet aux réfugiés de récupérer leurs sacs de couchages et biens personnels au lieu de les jeter à la décharge. Sur l’absurde et inquiétante coopération avec le régime soudanais pour en « rapatrier ses ressortissants », qui fuient un régime dictatorial coupable de crimes contre l’humanité. Sur l’incapacité des autorités de travailler avec les associations de terrain. Sur les parallèles entre les discours politiques actuels et une certaine session ordinaire de la Chambre des Représentants du 22 novembre 1938 dont un extrait circule largement pour l’instant sur les réseaux sociaux (le PDF complet est disponible sur le site de la Chambre, pour ceux qui veulent lire l’intervention complète de Mme Blume-Grégoire qui offre une vision assez impressionnante de ce qu’on savait déjà, en 1938 (le passage partagé se trouve à la dernière page, le premier orateur est M. Pholien, ministre de la Justice).

Il y a beaucoup à dire, et beaucoup le disent, et peu de gens écoutent. Les avis sont déjà depuis longtemps tranchés : bobo-gauchiste-bienpensant ou facho-raciste-néonazi, chacun a choisi son camp et creusé sa tranchée. (Je suppose qu’il doit y avoir un troisième camp de « je m’en fous et arrêtez de causer des réfugiés tout le temps », mais forcément on les entend moins)

Au lieu de redire tout ça, je voudrais revenir un instant sur la logique du « nettoyage ». L’objectif principal de M. Francken et du gouvernement fédéral semble être de renvoyer chez eux les « illégaux » et de ne pas créer un « appel d’air » qui amènerait un afflux de réfugiés qu’on serait incapable de gérer. L’objectif, plus local et immédiat, des bourgmestres de Schaerbeek et de Bruxelles-Ville semble être d’enfin se débarrasser de ces douloureuses épines dans le pied que sont les campements « temporaires » du Parc Maximilien et de la Gare du Nord, qui font taches dans la commune et qui sont sources de désagréments pour les riverains forcés de regarder toute cette misère humaine.

Mais si Theo Francken imagine sans doute son nettoyage comme un grand coup de Karcher qui projette les « problèmes » au loin dans leurs pays d’origine, la réalité est plus proche d’un petit coup de balai pour les cacher sous le tapis. Bien sûr, ces opérations de police conduisent à quelques arrestations et quelques expulsions. Mais, surtout, en visant les campements officieux, les zones où les réfugiés se placent si pas dans le cadre de la loi, au moins dans le cadre organisé par les associations d’aide, un cadre où ils sont visibles, où l’on peut leur parler et travailler avec eux sur les différentes options qui s’offrent à eux, on ne fait que les pousser vers la clandestinité. On prend des réfugiés (de fait, si pas selon la loi), et on les transforme réellement en « illégaux ».

Le résultat de ce type de mesure, on peut directement l’observer en regardant le traitement de l’immigration illégale aux États-Unis. Lorsque la police cible spécifiquement les immigrés illégaux, la criminalité augmente. Le processus est assez simple : pour lutter efficacement contre la minorité de criminels dans une communauté, quelle qu’elle soit, il faut que la majorité non-criminelle puisse avoir une relation de confiance avec la police. Sans cette relation de confiance, la criminalité au sein de la communauté est libre de se développer (puisque les victimes n’osent pas se tourner vers la police). C’est mauvais pour la communauté en question (on voit notamment aux États-Unis que les cas de violence conjugale ont tendance à ne plus être signalés par peur de la déportation), et c’est mauvais pour la population en générale (les criminels vont aussi viser des « bons citoyens », et la police aura plus de mal à les retrouver s’ils sont enfouis dans une communauté clandestine). Par contre, lorsque ces mesures anti-immigrés sont moindres, les immigrés illégaux ont tendance à commettre moins de crimes que la population en général (puisque le risque est pour eux beaucoup plus grand : la déportation et/ou la prison pour un crime qui ne vaudrait peut-être qu’une amende ou une peine avec sursis pour un citoyen légal).

Autrement dit, pour revenir à la Belgique : lorsque seuls les « vrais » criminels sont dans la clandestinité, c’est plus facile de faire le tri (et de protéger la population) que lorsque tous les réfugiés y sont.

Autrement autrement dit : la politique des rafles et du nettoyage est non seulement inhumaine, mais aussi inefficace tant pour aider et protéger les illégaux que pour aider et protéger les légaux.

Du coup, on pourrait peut-être arrêter et tenter autre chose ?

Les leçons de « Wanna Cry »

Vendredi 12 mai, vers 9h du matin heure belge, le ransomware « WannaCry » faisait son apparition sur les réseaux mondiaux.

Sa diffusion se passe en plusieurs étapes :

  1. Quelqu’un se laisse convaincre de l’installer sur sa machine (par exemple, en exécutant un programme reçu par mail).
  2. Le virus encrypte les données du disque dur et demande une « rançon », a verser en utilisant la crypto-monnaie Bitcoin, en échange du décryptage. En cas de non paiement, le message menace de supprimer les données.
  3. Le virus scanne le réseau local et, en utilisant une faille de Windows XP/Vista/7 (dans les machines qui n’ont pas été mises à jour), s’installe automatiquement sur les autres machines du réseau.

Cette étape d’auto-réplication est ce qui a permis à WannaCry de se diffuser aussi vite. La plupart des ransomwares nécessitent, pour chaque machine, de convaincre l’utilisateur d’installer le virus. WannaCry n’a besoin que d’un utilisateur par réseau, ce qui facilite la propagation dans les grandes sociétés qui ont de vastes réseaux internes, et qui ont tendance à ne pas mettre à jour leurs machines par peur de voir des vieux programmes indispensables à leur business ne plus fonctionner.

WannaCry permet d’illustrer et de remettre en question un certain nombre de choses : sur les comportements des utilisateurs au sujet des mises à jour ; sur le plan de la lutte contre les infections, avec la façon dont l’infection a été contenue ; et sur la responsabilité de la NSA et les questions de politique de lutte contre le terrorisme et la cybercriminalité.

Le dilemme des mises à jour forcées

Je hais les mises à jour forcées de Windows 10.

Elles semblent toujours arriver au mauvais moment. J’ai systématiquement l’impression (probablement fausse) qu’elles ne font qu’ajouter des nouveaux bugs à un système d’opération qui en a déjà bien assez. Et j’ai une réaction épidermique à leur caractère inévitable : il s’agit de mon ordinateur, et je devrais pouvoir décider de quand il est mis à jour ! Arriver le matin à mon bureau pour voir que mon ordinateur a redémarré, alors que j’avais lancé dessus la veille au soir une série de calculs, et que je dois maintenant découvrir s’ils ont eu le temps d’être exécutés avant la mise à jour où si je peux tout recommencer est frustrant.

Pourtant, le cas de Wanna Cry montre que ces mises à jour forcées ont un intérêt non négligeable. Il s’agit, en fait, du même débat (avec de moindres conséquences) que celui de la vaccination obligatoire. Le choix de ne pas se vacciner – ou de ne pas mettre à jour son système d’opération, et se rendre vulnérable aux virus informatiques – n’est pas seulement un choix personnel, car il affecte aussi tous ceux avec qui l’on est en contact. Il suffit aux virus biologiques qu’un certain pourcentage de la population soit non-vacciné pour pouvoir continuer à se propager. Il suffit aux virus informatiques qu’un certain pourcentage des ordinateurs soit vulnérable pour potentiellement faire tomber tout un réseau.

Il y a je pense de la part de Microsoft un gros problème de communication par rapport à ses mises à jour, un travail pédagogique, et de présentation, qui devrait être fait pour éviter que ces mises à jour ne soient aussi énervantes et perturbatrices. Chaque cyberattaque à grande échelle comme WannaCry leur donne cependant raison sur l’idée de base : retarder les mises à jour met en danger tout les autres ordinateurs.

La responsabilité de la NSA

À l’heure actuelle, on ne peut plus parler de cybercriminalité sans entrer dans des questions de géopolitique. Les Russes sont souvent pointés du doigt pour leurs piratages politiques (comme celui du parti démocrate américain, ou du mouvement En Marche en France). Dans le cas de Wanna Cry, certains soupçonnent la Corée du Nord.

Ce qui est sûr à l’heure actuelle, c’est que la méthode utilisée par le virus pour se propager sur tous les ordinateurs d’un réseau utiliser une faille de sécurité de Windows qui a été détectée par la NSA il y a plus de dix ans… et n’a pas été communiquée à Microsoft, qui ne l’a donc pas réparée avant que les documents de la NSA ne fuitent, permettant à la fois à Microsoft de corriger ses systèmes, et aux hackers d’exploiter la faille.

La NSA n’a pas communiqué à Microsoft l’existence de la faille parce qu’elle voulait pouvoir l’utiliser à ses propres fins. Il est évidemment impossible de savoir dans quelle mesure ils l’ont utilisée, et quelle genre d’information ils ont pu gagner grâce à elle. Il est certain, par contre, que si la NSA avait communiqué avec Microsoft, l’attaque de ces derniers jours n’aurait pas pu avoir lieu.

Et c’est là le problème fondamental avec toutes les backdoors et vulnérabilités exploitées en secret par les différents organes de renseignement aux systèmes informatiques. On peut débattre du fait qu’ils partent d’une « bonne » intention. C’est le débat « perdre de la vie privée pour gagner de la sécurité », qui est une question fondamentalement idéologique, à laquelle chacun peut avoir sa réponse. Le fait est que, invariablement, ces failles se retrouvent exploitées par des pirates. Le choix devient donc : « perdre de la vie privée pour peut-être gagner de la sécurité dans un domaine, et certainement perdre de la sécurité dans un autre ». C’est un jeu dangereux, où les risques dépassent sans doute les bénéfices. La NSA et autres agences gouvernementales protégeraient mieux les citoyens (de leur pays et du reste du monde) en collaborant avec les sociétés informatiques pour les aider à protéger leurs logiciels.

Comment l’infection a été contenue

MalwareTech est un site qui fournit des informations diverses sur les différentes attaques informatiques : virus, malware, botnets, etc… Ils analysent leur fonctionnement, et fournissent des outils, comme le « Botnet Tracker« , pour observer en temps réel la propagation des différentes attaques.

Dans un article publié samedi 13 mai, ils expliquent comment ils ont « accidentellement » arrêtés (temporairement, en tout cas) l’attaque WannaCry.

Lorsque l’attaque a commencé à prendre de l’ampleur vendredi, ils ont installés le virus sur une machine de test, et observés son fonctionnement. Le virus cherchait d’autres ordinateurs sur le réseau local, mais essayait aussi de contacter un nom de domaine inexistant sur Internet. MalwareTech a directement acheté ce nom de domaine, et l’a redirigé vers l’un de ses serveurs pour voir ce que le virus voulait communiquer (et aussi pour traquer sa propagation). Après que le domaine ait été enregistré, cependant, le virus a cessé de fonctionner. Il n’encryptait plus les données, et ne demandait plus de rançon.

En analysant le code, MalwareTech s’est rendu compte que le virus testait l’existence du domaine, et ne s’exécutait que s’il ne le trouvait pas. Pourquoi ? Il s’agit en fait d’une procédure relativement courante, apparemment, pour ce genre de virus. Il s’agit d’un moyen de détecter si le virus se trouve sur machine de test utilisée pour analyser son comportement (et qui aura tendance à simuler une connexion Internet en redirigeant toutes les requêtes vers une machine connue), ou sur une machine qu’il est intéressant d’infecter. Si le virus trouve le domaine, il suppose qu’il est sur une machine qui veut l’analyser, et ne s’exécute pas (pour ne pas fournir d’informations sur son comportement).

En achetant le nom de domaine, MalwareTech a donc accidentellement stoppé l’épidémie. Pas définitivement : il est clair que de nouvelles versions du virus vont faire leur apparition, sans cette faiblesse. Mais MalwareTech a évité de sérieux dégâts à beaucoup de sociétés, et de particuliers.

Peut-on se fier aux sondages français ?

La liste des sondages de l’élection présidentielle française offre un avis assez unanime sur l’état actuel de la course. Sur les dix derniers sondages publiés :

Candidat Moyenne Minimum Maximum
Macron 23,15 % 22 % 24,5 %
Le Pen 22,4 % 22 % 23 %
Fillon 19,55 % 18,5 % 21 %
Mélenchon 19,05 % 18 % 20 %
Hamon 7,95 % 7,5 % 9 %
Dupont-Aignan 3,6 % 3 % 4 %
Poutou 1,75 % 1 % 2 %
Lassalle 1,1 % 0,5 % 2 %
Asselineau 0,9 % 0,5 % 1,5 %
Arthaud 0 % 1 %
Cheminade 0 % 0,5 %

La plus grande divergence entre deux sondeurs est de 2,5 % (pour Macron et pour Fillon). C’est bizarre, pour plusieurs raisons :

1) Les taux d’abstention prédits varient énormément.

22% d’abstention selon un sondage Kantar Sofres – OnePoint, 34 % selon Ipsos. Pourtant, le taux d’abstention en France tend habituellement à favoriser certains candidats, dont les électeurs sont plus « dédiés ». On pourrait s’attendre, par exemple, à voir Marine Le Pen plus haut dans le sondage Ipsos : il n’en est rien.

2) Il y a beaucoup de choix méthodologiques possibles

Réaliser un sondage n’est jamais aussi simple que d’appeler 1000 personnes au hasard et noter leur réponse. Les instituts de sondage vont toujours vouloir s’assurer que leur échantillon est représentatif de la population votante. Dans une élection où le vote est facultatif, le problème est d’autant plus compliqué : il faut idéalement pouvoir arriver à un échantillon représentatif de ceux qui vont effectivement aller voter !

Pour faire cela, tous les sondages appliquent un certain redressement de leur échantillon sur base des données démographiques (sexe, âge, région, profession), et parfois sur base des intentions de vote aux élections précédentes.

Pourtant, les sondages français sont tous d’accords les uns avec les autres. La raison semble être, principalement, qu’ils appliquent tous la même méthodologie (sondage en ligne, méthode des quotas sur à peu près les mêmes variables…).

C’est un problème qui n’est pas nouveau, mais qui semble empirer. Regardons les dix derniers sondages de 2012, 2007 et 2002 pour les 4 candidats avec les meilleures intentions de vote :

2012 [Source : Wikipedia]
Candidat Moyenne Minimum Maximum Résultat
Hollande 27,95 % 27 % 30 %  28,63 %
Sarkozy 26,75 % 24 % 28,5 %  27,18 %
Le Pen 15,75 % 14 % 17 % 17,90 %
Bayrou 10,25 % 9 % 11 %  9,13 %
2007 [Source : Wikipedia]
Candidat Moyenne Minimum Maximum Résultat
Sarkozy 28,25 % 27 % 30 %  31,18 %
Royal 24,25 % 22,5 % 26 %  25,87 %
Bayrou 18,1 % 15 % 19,5 %  18,57 %
Le Pen 13,85 % 12,5 % 16 %  10,44 %
2002 [Source : Wikipedia]
Candidat Moyenne Minimum Maximum Résultat
Chirac 19,75 % 18,5 % 22 %  19,88 %
Jospin 17,75 % 16,5 % 18 %  16,18 %
Le Pen 12,75 % 9,5 % 14 %  16,86 %
Laguiller 7,55 % 6,5 % 9 %  5,72 %

2002 est souvent donné en exemple de « l’année où les sondages se sont complètement plantés », parce qu’ils n’ont pas vus Le Pen arriver au second tour. Mais les sondages de 2002 n’étaient pas plus mauvais que ceux de 2007, où aucun sondage ne voyait Sarkozy aussi haut, ni Le Pen aussi bas.

Il n’y a pas besoin d’y voir un quelconque complot des instituts de sondage pour « pousser » l’un ou l’autre candidat. Jean-Marie Le Pen était sous-estimé en 2002 et surestimé en 2007, et Marine sous-estimée à son tour en 2012. Plus vraisemblablement, il s’agit d’une peur du risque : ici, s’ils se trompent, ils se trompent tous. Ils ne veulent pas se retrouver dans la situation de Gallup aux États-Unis en 2012, seul institut à donner Romney gagnant face à Obama (ils n’ont pas publié de sondages présidentiels en 2016).

Dans une « élection normale », l’imprécision des sondages n’est pas très importante. En 2007 et 2012, les erreurs n’ont pas empêché le « top 2 » d’être correct : personne n’a donc parlé d’erreur majeure dans les sondages (alors que Le Pen-fille était aussi sous-estimée en 2012 que Le Pen-père en 2002).

2017 est tout sauf une élection normale. Les candidats des partis traditionnellement au second tour, Fillon et Hamon, sont donnés 3ème et 5ème. Les 4 premiers candidats sont dans un intervalle de 4 %. C’est typiquement une élection où il serait intéressant, et même nécessaire, de voir différentes hypothèses testées par les sondeurs sur ce qui constituera l’électorat 2017.

En l’état, toutes les hypothèses que donnent les candidats pour se rassurer sont aussi crédibles (ou pas) les unes que les autres. « Le Pen est sous-estimée, parce que les plus pauvres et les habitants des zones rurales vont plus voter que d’habitudes! » « Le Pen est sur-estimée parce que les sondeurs partent du principe que les électeurs du FN n’osent pas le dire, alors qu’ils sont maintenant complètement décomplexés! »

Une seule certitude : le « vote stratégique », cette année, est un véritable casse-tête. L’électeur de Hamon désabusé qui veut absolument éviter un duel Fillon-Le Pen doit-il voter Macron ou Mélenchon ? L’électeur de Fillon qui veut absolument éviter Mélenchon doit-il voter Macron au premier tour ? Voter « en conscience » est facile lorsque l’issue du premier tour est jouée. La tentation du vote stratégique, dans un système électoral comme le système français, est très grande.

Se baser sur les sondages pour décider de ce vote, cependant, n’est probablement pas la meilleure idée. Sauf qu’il n’y en a pas de meilleures. C’est le genre d’élection qui me rend heureux de vivre dans un pays avec un système proportionnel…

OneCoin : suite (et sans doute bientôt fin)

En avril dernier, j’ai écris un article sur l’arnaque OneCoin, une fausse « crypto-monnaie » à laquelle, de façon tout à fait improbable, l’ex-député Laurent Louis s’est retrouvé lié. Cet article est sans doute le plus lu de ce blog, et tous les jours quelques personnes tombent dessus en cherchant sur Google des informations sur OneCoin. J’espère avoir pu dissuader l’une ou l’autre d’entre elles de tomber dans le panneau.

Si je reparle de OneCoin, c’est parce qu’ils semblent entrer dans la phase finale de leur arnaque, et redoublent donc pour l’instant leurs efforts de promotion dans l’espoir d’attraper quelques derniers pigeons. Et il faut leur reconnaître quelque chose : en tant qu’arnaqueurs, ils sont assez forts.

Leur grande annonce, faite sur YouTube par leur « guru » Ruja Ingnatova, et diffusée sur des sites de marketing de réseau et sur les réseaux sociaux : OneCoin va être cotée en bourse au second trimestre 2018, et une boutique en ligne va ouvrir très bientôt où l’on pourra dépenser ses OneCoins pour de vrais chez des vendeurs, prouvant ainsi aux vils détracteurs qui osent l’appeler une « fausse crypto-monnaie » (oups) qu’ils ne sont que des jaloux.

Tout à la fin de la vidéo, après que Mme Ingnatova nous ait dit au revoir, un message annonce par ailleurs ceci :

Ce message bien lourd en jargon, comme la plupart des communications OneCoin, est la clé pour comprendre l’arnaque qui est en train de se dérouler. Tout le bazar est assez bien expliqué dans cet article sur le site behindmlm.com, mais voilà l’idée en gros :

OneCoin a un problème. Comme la monnaie n’existe pas (on peut l’assimiler à juste des points sur leur site web), sa valeur est donnée de façon purement arbitraire par la société OneLife qui gère le truc. OneLife ne gagne des sous que si les gens continuent à acheter des points, et ils en perdent si les gens échangent leurs points contre de l’argent réel. Pour pousser les gens à garder leurs points, OneLife en augmente régulièrement la valeur, comptant sur le fait que c’est difficile de quitter tant qu’on est sur la « pente ascendante ».

La valeur a atteint un point où elle devient dangereusement haute pour OneLife : si trop de gens décident de « retirer leur mise » d’un coup, ça va leur coûter des sous. Le seul endroit où il est possible d’échanger ses points contre de l’argent est le site xcoinx.com.

Solution, donc : fermer ce site d’échange. C’est fait : il est maintenant « en maintenance ». Plus personne, pour l’instant, ne peut donc échanger ses OneCoins (c’est à dire ses points sans valeurs) contre des euros ou des dollars. Évidemment, juste faire ça ce serait suspect. Arrive donc la phase 2 : l’IPO.

L’Initial Public Offer, c’est la mise en bourse d’actions pour la société. Mettre la société en bourse n’est pas vraiment quelque chose qu’une société pas-très-légale comme OneLife peut vraiment faire. Ils donnent donc une date éloignée (fin 2018).

Le coup de génie : proposer aux gens qui « possèdent » des OneCoins de les échanger contre des OFC : des certificats qui leur donneront droit à des actions quand la société sera en bourse. Autrement dit : échanger des points sans valeurs contre d’autres points sans valeur, en donnant l’impression qu’il s’agit d’un pas en avant vers un futur pactole. En réalité, avoir ces certificats au lieu des OneCoin ne sert absolument à rien… si ce n’est que c’est autant de OneCoin qui ne pourront pas être dépensés dans le « nouveau site d’e-commerce ».

C’est la deuxième partie de l’annonce, celle qui est supposée vraiment légitimer le tout : enfin, le OneCoin pourra être utilisé pour acheter des vraies choses ! Ils ont déjà, disent-ils, des milliers de vendeurs prêts à l’accepter sur cette boutique en ligne qui va « rivaliser Groupon » : DealShaker. Les deals seront payés dans une combinaison de OneCoin et… d’euros. Et OneCoin prend en commission 50% de la valeur en euros (bizarrement, ils ne prennent rien sur la valeur en OneCoin). Vu que les vendeurs n’ont pas d’autre choix pour utiliser les OneCoin ainsi reçus que de les réinjecter dans ce réseau fermé, le résultat est assez exceptionnel (pour OneLife) : si ce système est un jour activé, les propriétaires de OneCoin vont juste pouvoir s’acheter des trucs entre eux, en versant à chaque fois une commission à OneLife. Et pendant qu’ils font ça, ils ne se plaignent pas de ne pas pouvoir les échanger contre des euros.

Évidemment, c’est aussi sans doute le début de la fin. Ils trouveront certainement une excellente raison pour retarder l’IPO, mais ils finiront par devoir faire ce que toutes les arnaques du même genre finissent par faire : prendre l’argent, fermer tout, et se barrer en courant. En laissant derrière eux des pauvres gens ruinés, et des riches gens prêt à découvrir que « gagner de l’argent sans devoir payer de taxe via du marketing de réseau » n’est pas vraiment un concept très bien reconnu par la justice.

Les chemises brunes du net

Comparer quelqu’un à Hitler ou au nazisme est un argument tellement bas, tellement absurde et surtout tellement courant qu’on lui a donné un beau nom latin : la reductio ad Hitlerum. La reductio ad Hitlerum, c’est le non-argument ultime, celui qu’on sort lorsqu’on a rien d’autre à reprocher à son adversaire, lorsqu’on ne sait pas pourquoi il a tort. Tu veux que les trains de la SNCB soient à l’heure ? Devine qui d’autre voulait que les trains soient toujours à l’heure : Hitler. Boum. Discussion terminée. Sur Internet, l’argument est tellement courant qu’on a inventé la « Loi de Godwin », qui voit la comparaison à Hitler comme le point final logique et absurde de tout débat.

Au cours des années, la Loi de Godwin devenant de plus en plus connue, on est progressivement tombé dans ce qu’on pourrait appeler la reductio ad reductio ad Hitlerum : toute comparaison à Hitler ou au nazisme est immédiatement vue comme invalide par principe, parce que c’est trop facile, parce que c’est manquer de respect aux victimes du nazismes, parce que c’est tellement méchant, cruel de comparer quelqu’un à Hitler, même quelqu’un qui a des idées vraiment, vraiment pourries, que ce n’est jamais justifié.

Le problème, c’est que si d’un côté « ceux qui ignore l’Histoire sont condamnés à la répéter », et que de l’autre on retire volontairement de la discussion (et donc on se force à ignorer) un des personnages les plus horriblement marquant de l’Histoire… Je vous laisse conclure.

Tout ça pour dire que comparer les méthodes de quelqu’un à celle des nazis, ou son discours à celui d’Hitler, ou son idéologie au fascisme, ne veut pas pour autant dire qu’on juge qu’il est littéralement Hitler, et qu’il s’apprête à ouvrir des camps de concentration. Parfois, la comparaison à Hitler est utile tout simplement parce qu’il est plus connu, et que la comparaison à Mussolini, à Tito ou à Franco est moins effective (hors Italie / ex-Yougoslavie / Espagne, bien sûr), même quand elle serait tout aussi appropriée.

Tout ça pour en venir, aujourd’hui, aux deux proto-dictateurs les plus en vue du moment : Vladimir Vladimirovitch Poutine et Donald John Trump. Trump et Poutine sont à deux stades très différents de leur carrière de proto-dictateur. Poutine a, de fait, déjà fait en bonne partie sa transformation en cochant l’une des cases principales permettant d’identifier un dictateur : rester au pouvoir au-delà de ce que prévoient les règles démocratiques en place dans le pays. Quand un président africain le fait, on n’hésite moins à mettre le mot sur l’acte. Poutine contrôle la Russie, et ne semble pas prêt de s’en détacher. Trump n’est même pas encore président des États-Unis, et il est donc pour l’instant impossible de savoir quel dirigeant il sera. Comme certains l’espère : juste un plouc complètement paumé dans un système qu’il ne comprend pas, incapable de faire quoi que ce soit, et voué à juste signer les lois posées devant lui par le Congrès. Comme d’autres le craignent : un dangereux autocrate capable de miner la démocratie américaine en passant des deals juteux avec ceux qui seraient en mesure de l’en empêcher.

Dans les deux cas, il y a des parallèles à faire avec Adolf Hitler, des parallèles qui doivent être fait pour comprendre leur mode de fonctionnement, et le danger qu’ils posent à la précaire stabilité mondiale. Dans les deux cas, ce qui est particulièrement intéressant (de mon point de vue de geek, en tout cas), c’est la façon dont ils ont réussi à faire passer à l’ère numérique les vieilles tactiques des fascistes d’hier.

La propagande n’a jamais été une arme exclusive aux régimes dictatoriaux, mais l’homme qui reste associé au perfectionnement de cette arme est Joseph Goebbels. Goebbels voulait, selon le journal Time (selon Wikipédia), « que la presse soit organisée avec une telle finesse qu’elle soit en quelque sorte un piano sur lequel puisse jouer le gouvernement« . Poutine à transposé ça à l’ère des réseaux sociaux, en mettant en place de véritables « usines de propagande », qui déversent jour et nuit des articles, commentaires, et messages divers à la gloire de Poutine, contre ses opposants et, lors de l’élection américaine, contre Clinton et pour Trump. Poutine a trouvé un réseau de diffusion tout prêt à l’accueillir en Europe avec d’un côté la fachosphère (qui aime son attitude « musclée », ses lois anti-homos, et le fait qu’il bombarde allègrement des musulmans), et de l’autre les complotistes, qui aiment bien l’idée que « la propagande, c’est ce qu’on nous vend comme de l’actualité en Europe, mais en fait c’est ce que dit Russia Today qui est vrai ». Pourquoi ? Parce que c’est logique, à partir du moment où on a déjà décidé au départ que les médias européens nous mentent.

Mais ce à quoi je voulais arriver en titrant cet article « les chemises brunes du net », avant de partir dans ces interminables digressions, c’est à la stratégie d’intimidation mise en place par les « Trumpistes », si pas par Trump lui-même (tant il est toujours difficile de savoir à quel degré il contrôle ce mouvement qu’il a lancé). Parce que là, la comparaison doit être faite : l’armée de « trolls » qui sévit sur le net en général, et sur les réseaux sociaux en particulier, peut absolument être assimilée à des « SA 2.0 ». Ainsi, le journaliste américain Kurt Eichenwald, qui expose sans relâche et depuis bien avant l’élection les magouilles et conflits d’intérêts de Trump, son entreprise et sa fondation, a après l’un de ses derniers articles reçus une vague d’insultes et de menaces de mort. Jusque là, il s’agissait d’une réaction similaire à ce qu’il avait pu avoir pour ses articles précédents (ce qui est déjà un problème en soi), mais cette fois-ci les menaces étaient assorties d’une mini-vidéo, contenant des flashs de lumière rapides, conçus avec pour objectif de déclencher des crises chez une personne épileptique. Eichenwald avait auparavant parlé du fait qu’il souffrait d’épilepsie : il s’agissait donc bien d’une attaque qui aurait pu avoir des conséquences dangereuses. Heureusement, le seul dommage subit, dans ce cas-ci, fut un iPad tombé par terre.

Eichenwald est loin d’être le seul à subir ce déluge de menaces. Être une critique vocale et visible de Donald Trump signifie d’accepter de prendre le risque de se retrouver au centre d’une telle campagne de harcèlement. Dans certains cas, cette campagne dure quelques jours. Dans d’autres, elle ne s’arrête jamais. Le harcèlement est particulièrement vicieux lorsque la personne visée est, surprise surprise, juif (ou à un nom à consonance juive). Dans la fachosphère (américaine surtout, mais ça arrive en Europe aussi), les personnes juives sont marqués dans leurs messages par des triples parenthèses ((( ))) entourant leur nom. L’origine de cette marque vient d’un podcast appelé, ça ne s’invente pas, The Daily Shoah. Chaque fois que le nom d’une personne juive y était prononcé, il était assorti d’un écho (je vous renvoie à l’article Wikipedia cité ci-dessus pour toute l’explication sur le pourquoi du comment du symbole, si tenter de suivre la logique des raisonnements antisémites est votre tasse de thé).

Ce que Trump a réussi à faire, volontairement ou non, c’est de « crowd-sourcer » ses campagnes de harcèlement. Il n’a jamais besoin de coordonner quoi que ce soit lui-même. Il sait juste qu’il n’a qu’à pointer quelqu’un du doigt (comme il l’a fait avec la journaliste Katy Tur pendant la campagne) pour lâcher la meute.

Comme tout cela se passe principalement sur Internet, on est tenté de se dire que « ce n’est pas grave ». Ce n’est pas réel. Sauf que, pour beaucoup de gens (notamment certains journalistes), Twitter et Facebook sont des outils de travail, et ne pas pouvoir les utiliser sans subir insultes et menaces est un réel problème. Aussi, les menaces n’en restent pas toujours au stade « virtuel », comme par exemple dans le cas de la pizzeria à Washington, identifiée dans divers cercles complotistes pro-Trump comme au centre d’un vaste réseau pédophile coordonné par Hillary Clinton. Un homme de vingt-huit ans y est entré, et a ouvert le feu au fusil. Il n’y a heureusement pas eu de blessé.

L’objectif de tous ses actes est de réduire au silence les critiques de Trump, de leur faire comprendre que, pour vivre heureux et longtemps, il serait tellement plus simple pour eux de juste se taire, de juste laisser faire. Dans le cas de Trump, ça ne fonctionnera probablement pas : même avec un Congrès républicain, il ne pourra pas fondamentalement transformer et fasciser le système.

Mais Trump n’allait probablement pas gagner la primaire républicaine, et il n’allait probablement pas gagner l’élection contre Clinton. Du coup, le fait qu’il ne se transformera probablement pas les États-Unis en dictature n’est pas extrêmement rassurant.

Et maintenant ?

Donald Trump sera le 45ème président des États-Unis.

Le système américain étant merveilleusement simple et démocratique, il n’est pas impossible que Clinton remporte le vote populaire, qui sera en tout cas très serré. Le décompte des grands électeurs, cependant, place Trump dans le bureau ovale.

Et maintenant, que se passe-t-il ?

Pour les États-Unis : les républicains vont pouvoir se défaire de la réforme des soins de santé d’Obama, et mettre à la Cour Suprême un nouveau juge anti-avortement, anti-LGBT, pro-armes à feu. Et, bien entendu, durcir encore leur politique d’immigration, baisser les taxes sur les plus riches, et banaliser encore plus le discours raciste, misogyne, islamophobe et/ou antisémite. Juste ce dont on a besoin pour l’instant.

Pour le reste du monde, je vois deux conséquences majeures : premièrement, un retour vers une méfiance entre les États-Unis et ses partenaires historiques. L’un des accomplissements majeurs d’Obama est sans aucun doute d’avoir remis les États-Unis dans une politique de coopération internationale que ne partagera sans doute pas son successeur.

Mais une des principales raisons de s’inquiéter pour « le reste du monde » (c’est nous!) qui regarde avec incrédulité les résultats de cette élection est sans doute la politique climatique. Après les accords de la COP21, il y avait un petit espoir de voir la communauté internationale s’unir pour faire face au défi majeur de la réduction des émissions de gaz à effets de serre. De tels accords, cependant, ne servent à rien si les États-Unis ne sont pas prêts à montrer l’exemple.

Pour Donald Trump, le réchauffement climatique est une invention chinoise pour miner la production américaine. Il ne croit pas les rapports du GIEC. Il veut pousser la production de pétrole et de charbon, et ne s’intéresse pas trop aux énergies renouvelables. L’urgence climatique nécessite des actions concrètes, immédiates et coordonnées. Trump risque de postposer toute chance d’arriver à prendre ces actions d’au moins 4 ans.

La victoire de Trump ouvre de nombreuses questions, et les analyses vont certainement s’accumuler dans les prochains jours pour tenter d’expliquer le résultat, et de comprendre ce à quoi pourrait ressembler les actions du Président Trump. Les parallèles avec le Brexit sont déjà mis en avant: vote de protestation, vote anti-establishment, vote anti-globalisation. On y ajoute une pincée de sexisme et une bonne louche de racisme.

Un autre point commun avec le Brexit, qu’on peut certainement s’attendre à retrouver dans la prochaine campagne électorale française, et qui s’importera certainement en Belgique, c’est la politique du mensonge décomplexé. La seule chose qui compte est de convaincre les électeurs que l’on est « avec eux », et que « les autres » sont l’ennemi. Le programme électoral, la cohérence des discours, la crédibilité personnelle: rien n’a d’importance, dès lors qu’on a réussit à rallier les troupes autour de son drapeau.

Farage et Trump ont montré le chemin. Marine Le Pen, Geert Wilders et le reste des meneurs populistes européens sont certainement en train de prendre des notes.

Burkinophobie

J’ai essayé.

Promis. J’ai essayé de ne pas me plonger (tout habillé) dans les débats stériles sur le fameux « burkini ». N’est-ce pas juste une bêtise de plus, une réaction exagérée face à un problème inexistant ? Après tout, certains maires s’empressent de rejoindre la vague d’interdiction tout en reconnaissant n’avoir jamais vu de burkini sur leurs plages.

Mais voilà, on ne va pas pouvoir ignorer très longtemps ce petit débat Made in France : il s’invite chez nous. Le MR et la NV-A parlent d’étendre l’interdiction au territoire belge, tandis que la bourgmestre de Molenbeek, Françoise Schepmans, rebondit sur l’affaire pour ramener le port du voile en général sous le feu des projecteurs.

Bon, allons-y alors : messieurs et mesdames (mais surtout messieurs) les burkinophobes, expliquez-nous le problème.

Une tenue de plage manifestant de manière ostentatoire une appartenance religieuse, alors que la France et les lieux de culte religieux sont actuellement la cible d’attaques terroristes, est de nature à créer des risques de troubles à l’ordre public (attroupements, échauffourées, etc.) qu’il est nécessaire de prévenir.

L’arrêté municipal de David Lisnard, pour la ville de Cannes, lance le premier argument : éviter des troubles de l’ordre public. Les tensions inter-communautaires sont vives, et il faut donc éviter de montrer son appartenance religieuse. Mais ce qui est au juste interdit n’est pas très clair. La suite de l’arrêté précise :

L’accès aux plages et à la baignade est interdit à compter de la signature du présent arrêté jusqu’au 31 août 2016 à toute personne n’ayant pas une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime.

Donc, en fait, c’est une question de « bonnes moeurs », de « laïcité », « d’hygiène » et de « sécurité ». Le directeur général des services de la Ville de Cannes précise que le but est de prohiber « les tenues ostentatoires qui font référence à une allégeance à des mouvements terroristes qui nous font la guerre », ce qui a le mérite d’être nettement plus clair.

Une femme visiblement malheureuse et opprimée
Une marque d’allégeance à des mouvements terroristes, il paraît. (AFP, via Nice Matin)

S’insérant dans le débat, le premier ministre français Manuel Valls nous explique gentiment pourquoi le burkini est incompatible avec Les Valeurs De La République : « Il y a l’idée que, par nature, les femmes seraient impudiques, impures, qu’elles devraient donc être totalement couvertes ». Il nous explique aussi que « il faut que l’islam, comme les autres religions l’ont fait, accepte la discrétion dans la manifestation des convictions religieuses ».

La discrétion
La discrétion (via www.eglise.catholique.fr)

Donc, si je comprends bien les différents raisonnements : voir des femmes en burkini, ça fait penser aux attentats (puisque le burkini est une « allégeance » à une religion qui est aussi revendiquée par des terroristes, donc c’est pareil), et donc ça met les braves gens en colère, et pour éviter les bagarres et protéger les pauvres femmes musulmanes qui seraient les victimes de cet amalgame, il faut qu’elles retirent leur burkini. C’est pour leur bien. Et c’est aussi pour leur bien parce que le burkini est archaïque et que c’est un symbole de soumission. C’est mal de forcer les femmes à porter le burkini, donc la solution est de forcer les femmes à ne pas porter le burkini.

J’ai mal à la tête. Je n’arrive juste pas à comprendre la gymnastique mentale qui est utilisée pour justifier ces interdictions. Est-ce si difficile de dire : forcer une femme (ou un homme d’ailleurs) à porter l’un ou l’autre vêtement contre sa volonté, c’est mal. Un mari force sa femme à porter le burkini ? Pas bien. Un père force sa fille à porter le burkini ? Pas bien. L’état force une femme à ne pas porter le burkini ? Pas bien. Prétendre que, en interdisant le burkini, les femmes qui le portaient à la plage vont subitement enfiler un maillot bien républicain, et pas juste rester chez elle, c’est (ah!) se voiler la face.

Prétendre, aussi, que la pression sociale et culturelle qui pousse les femmes musulmanes à mettre le voile, ou le burkini, est fondamentalement différente de la pression sociale et culturelle qui dicte en général la façon dont les femmes sont forcées de s’habiller dans notre société est aussi absurde. Il suffit d’écouter ce que les femmes qui portent le burkini nous disent (et oui, elles existent, elles savent parler, elles ne sont pas enfermées dans des donjons par leur mari jaloux, on peut donc même leur laisser la parole). On dira peut-être qu’elles sont « conditionnées » à penser comme ça, qu’on leur a lavé le cerveau. On peut dire pareil d’une femme qui met des tonnes de maquillage, qui se fait siliconer les seins, ou qui porte des hauts-talons : c’est notre société qui met des standards de beauté ridicules, qui pousse les femmes à porter des chaussures inconfortables qui bousillent les articulations, les muscles, les genoux et le dos pour mettre les fesses en valeur.

Si une femme décide de s’habiller en mini-jupe et t-shirt moulant, elle devrait en avoir le droit (et devrait pouvoir le faire sans se faire harceler au passage). Si elle décide de s’habiller en vieux jogging cradingue informe, elle devrait en avoir le droit (sans entendre que c’est dommage, qu’elle pourrait être jolie si elle faisait un petit effort). Si elle décide de s’habiller en robe à froufrous ou en jeans, avec un voile ou un chapeau, avec ou sans soutien-gorge, avec des hauts talons ou des baskets, elle devrait en avoir le droit. Si elle va à la plage seins nus ou en burkini, elle devrait en avoir le droit. Quand l’état essaye de limiter ce choix, il ne défend pas les droits des femmes.

Quand au « trouble de l’ordre public », on entend beaucoup en exemple le cas de la bagarre, en Corse, entre des touristes maghrébins et des corses. Un « témoignage d’une mère de famille corse » circule :

Le tort de nos enfants, aujourd’hui : être en train de regarder de loin de leur rocher, une population musulmane (environ 10 pers) prenant le bain avec des femmes en burkini. (…) Ils ont été insultés car ils regardaient la scène. De là, les agresseurs sont partis dans leur direction armés de haches, couteaux et harpons.

N’est-ce pas là une preuve que l’interdiction est nécessaire, au moins temporairement ? C’est exactement ce que les maires craignaient, non ? Sauf que, maintenant que l’enquête peut se faire dans le calme, il semblerait qu’il n’y ait jamais eu ni Burkini, ni haches, ni couteaux. L’affaire semble se résumer à une famille agressive et désagréable – et, par ailleurs, musulmane – qui aurait provoqué un échange d’insultes, puis de jets de pierre, et au final une bagarre générale. Le « témoignage » initial ne semble pas avoir pu être authentifié par une quelconque source fiable. Une bagarre, donc, que les autorités peuvent certainement traiter avec les lois et règlements existants.

Pour terminer, et parce qu’il est infiniment plus amusant (et facile) de se moquer de l’extrême-droite que de tenter de dénouer les raisonnements foireux mais, je suppose, parfois bien intentionnés des autres : « Le Salon Beige », un blog « par des laïcs catholiques », relaye aujourd’hui l’opinion de Marine Le Pen :

Bien sûr le burkini doit être proscrit des plages françaises, où il n’a strictement rien à faire. C’est une question de laïcité républicaine, d’ordre public, assurément ; mais bien au-delà, c’est de l’âme de la France dont il est question : la France n’enferme pas le corps de la femme, la France ne cache pas la moitié de sa population, sous le prétexte fallacieux et odieux que l’autre moitié craindrait la tentation.

En 2013, ce même Salon Beige s’extasiait sur cette belle image

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…de bonnes soeurs catholiques en train de regarder une compétition de surf.

2016: la DH continue à publier sa Babe du jour

Durant tout le vingtième, et le début du vingt-et-unième siècle, notre société a réalisé des progrès considérables en matière d’égalité des sexes. Nous sommes bien loin du tableau de la femme soumise, un peu cruche, entièrement dépendante de son mari, à peine capable de faire la cuisine et le ménage (et rien d’autre) qu’on peut retrouver dans les anciennes publicités sexistes qu’on trouve à la pelle sur Internet.

Nous sommes aussi très loin d’avoir atteint le point où l’on peut dire que le sexisme, c’est du passé. Entre le harcèlement de rue, les salaires à deux vitesses ou les stéréotypes de genre qui tendent à éloigner les femmes des positions de pouvoir, le moins qu’on puisse dire est qu’il y a du chemin à faire. Beaucoup de ces problèmes sont complexes, et nécessitent un changement de mentalité qui ne se fera pas en un an, ou en dix. Certains de ces problèmes, cependant, devraient être plus simples. Par exemple : l’hyper-sexualisation du corps féminin dans les médias. La femme réduite à une paire de seins et/ou de fesses. En ces jours de Jeux Olympiques, il suffit de regarder la façon dont les caméras suivent, par exemple, le beach-volley féminin, par rapport à leurs homologues masculins.

Pour les journaux, éviter de tomber dans ce piège ne devrait pas être tellement compliqué. Se retenir d’utiliser des images de filles en bikini pour illustrer un article sur un traitement contre le cancer, par exemple, même si ça rapporte des clics et des likes sur Facebook.

Mais c’est peut-être trop demander. Alors, faisons plus simple encore. Jetons un oeil à la DH. Serait-ce trop demander, en 2016, de ne plus avoir, au beau milieu de la page d’accueil de leur site web, un encart intitulé « Babe du jour » ?

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Tous les jours, la DH nous met ainsi à l’honneur une sélection de photos plus ou moins dévêtues que leur comité de rédaction a sûrement du passer consciencieusement en revue pour s’assurer qu’elles répondent toutes aux critères de qualité d’un si grand journal…

Comme dans tout journal « on-line », c’est bien entendu dans la section des commentaires que l’on retrouve les plus belles perles.

dh-babe-comment-1dh-babe-comment-2dh-babe-comment-3Visiblement, le choix éditorial ne fait pas toujours l’unanimité.

Ces commentaires illustrent bien une chose : ce type de contenu, en particulier dans un journal « traditionnel » qui touche un large public, contribue à passer un message que son public semble bien entendre. La femme est là pour montrer son corps aux hommes, et gare à elle s’il n’est pas séduisant.