Flat Earth Society : comment prouver que la Terre est plate ?

Nous sommes durant l’été de l’an 1838. À une centaine de kilomètres de Londres, où la reine Victoria vient d’être couronnée, Samuel Rowbotham prend son télescope et patauge dans le canal de Bedford pour réaliser une expérience scientifique révolutionnaire : il veut prouver que la terre est plate, et non sphérique comme l’affirment depuis plus de deux mille ans les hérétiques en tous genres. Pourquoi ce canal ? Parce qu’il coule en ligne droite sur une distance d’environ dix kilomètres. Si la terre est sphérique, un bateau qui s’éloigne dessus devrait progressivement disparaître, caché par la courbure terrestre.

Rowbotham–curvatureLe dispositif expérimental de Rowbotham (Wikipédia).

Rowbotham affirme alors que, contrairement aux prédictions, il peut toujours voir le bateau dans son télescope, même dix kilomètres plus loin. La terre est plate ! Il l’affirme et le publie dans un article puis finalement un livre, Earth Not A Globe. D’autres personnes tentent de reproduire cette surprenante découverte, par différentes méthodes similaires. La plupart n’arrivent pas à reproduire ses résultats. D’autres prétendent eux aussi avoir observé une terre plate. Certains rabats-joies (aussi appelés « scientifiques ») expliquent les résultats divergents par un effet d’optique : la réfraction. Dans certaines conditions climatiques, la réfaraction de la lumière permet de voir l’objet malgré la courbure terrestre (le « rayon lumineux » suit cette courbure et donne à nos yeux l’impression que l’objet est à la même hauteur que notre oeil).

Il n’y avait rien d’anormal là-dedans, la terre est bien plus-ou-moins-sphérique, on ne doit pas réécrire toute la science. Affaire classée ?

Au milieu du vingtième siècle, alors que la course à l’espace bat son plein et que l’on prend les premières photos de la Terre depuis l’espace, Samuel Shenton crée la Flat Earth Society. Cette association qui se réapproprie les thèses de Rowbotham a un certain succès durant la Guerre Froide (profitant sans doute d’une certaine méfiance vis-à-vis des propagandes américaines et russes), avant de progressivement disparaître. Mais en 2004, la magie d’Internet s’opère. Un forum se crée, des gens se rassemblent, et en 2009 la Flat Earth Society est officiellement rétablie avec un site internet présentant ses théories.

Il y a donc en ce moment même dans le monde des gens qui sont en train d’utiliser Internet tout en étant convaincu (et en cherchant à convaincre les autres) que la terre est plate.

flat-earth-map-fergusonCarte de la terre plate selon Orlando Ferguson, 1893. (Wikipedia)

Quelle est la « théorie de la terre plate » à l’heure du GSM, du GPS, de la Station Spatiale Internationale, de Virgin Galactic ? En résumé : la NASA nous ment, toutes les agences spatiales nous mentent, tous les fabricants de satellites et de GPS, tous les astronomes, tous les astronautes, cosmonautes et spationautes nous mentent. La terre est plate, entourée par un gigantesque mur de glace infranchissable (l’Antarctique), le soleil est une sorte de projecteur qui éclaire une partie du disque terrestre à la fois, la « gravité » est due à une accélération constante de ce disque à travers l’espace.

Plus que probablement, la majorité des gens « actifs » dans la Flat Earth Society sont des « Trolls ». Le principal point d’activité est un forum internet, et il est impossible de savoir si les participants de ce forum sont sérieux ou satirisent les positions ridiculement conspirationnistes et pseudoscientifiques des quelques convaincus. Mais des convaincus, il y en a bien. Et sur Internet, quelque soit la croyance farfelue que l’on peut avoir, on trouvera toujours un refuge dans lequel d’autres pourront nous rassurer sur le fait qu’on a raison, que le reste du monde a tort, et que si on nous tourne en ridicule, c’est parce qu’on a peur, ou qu’on nous cache quelque chose.

Homéopathie : science et pseudoscience

La majorité des médecins belges estiment que l’homéopathie n’a pas sa place dans les soins de santé. Pourtant, l’acceptation de l’homéopathie comme moyen de traitement par les consommateurs se généralise : la moitié des belges lui feraient confiance. Les européens en sont particulièrement friands : le leader mondial est Boiron, une société française, dont le chiffre d’affaire en 2014 s’élève à 600 millions d’euros.

L’industrie homéopathique, sans être au même niveau que l’industrie pharmaceutique, est donc bien florissante. Est-elle basée sur des traitements réellement efficaces, ou sur du vent ? Entrons dans le vif du sujet…

Un cas concret

L’Oscillococcinum est un « médicament homéopathique utilisé dans la prévention et le traitement des états grippaux« . Il coûte à peu près un euro par dose de un gramme. D’après le Ministère français de l’économie, des finances et de l’industrie, ça le place environ 50% plus cher que sa concurrence. Sa composition : « extraits filtrés de foie et de coeur d’Anas barbariae dynamisé à la 200e K. Excipients (saccharose, lactose). »

Où est le problème ? « extraits filtrés de foie et de coeur d’Anas barbariae dynamisé à la 200e K » signifie, en clair : prendre de l’extrait de foie et de coeur de canard de barbarie et y appliquer 200 dilutions « korsakovienne » successives. La dilution korsakovienne consiste à prendre un flacon contenant le composant actif, à le vider, le remplir d’eau, et le secouer fortement pour mélanger ce qui restait sur les parois avec l’eau. Au bout d’une dizaine de dilutions, il ne reste statistiquement plus aucune molécule du composant actif. Au bout de 200 dilutions, c’est une certitude presque absolue que aucun flacon de ce médicament qui ai jamais été vendu dans le monde ne contient la moindre molécule du composant actif. Reste donc du saccharose et du lactose : autrement dit, du sucre.

canard-barbarieAnas Barbariae, dans son état pre-Oscillococcinum

Mais pourtant ça marche !

La réponse habituelle de l’industrie homéopathique est : ça marche, pleins de gens se traitent avec de l’homéopathie et se sentent mieux après, « l’efficacité thérapeutique est certaine ». Comment expliquer que tant de gens observent les effets de l’homéopathie, si ce n’est qu’un placebo ? Justement. Quand on dit qu’un traitement n’a pas plus d’effet qu’un placebo, la première réaction est souvent de dire : « quoi, ça ne marche pas ? Mais pourtant je connais untel chez qui ça a marché ! » On associe « effet placebo » avec « aucun effet », mais c’est loin d’être le cas. L’effet placebo est bien réel, et offre souvent d’excellents résultats, notamment pour le traitement des douleurs mais aussi pour des troubles immunitaires, hormonaux ou respiratoire (Price et al., A Comprehensive Review of the Placebo Effect: Recent Advances and Current Thought [PDF], Annual Review of Psychology, 2008.)

L’effet placebo dépend de nombreux facteurs, dont le mode d’administration, les attentes du patient, son conditionnement… Il n’est donc pas surprenant en soi que des remèdes homéopathiques puissent avoir un effet. C’est là aussi qu’intervient le traitement personnalisé : une consultation chez un homéopathe va typiquement être plus longue et plus personnelle qu’une consultation chez un médecin, ce qui augmente les chances d’obtenir une bonne réponse au placebo.

Ce n’est pas pour rien que l’homéopathie est particulièrement prescrite pour ces mêmes problèmes où le placebo est le plus efficace : traitement des allergies, des douleurs, des symptômes grippaux…

Et selon les homéopathes, ça marche comment ?

La théorie fondamentale de l’homéopathie est développée au XVIIIème siècle par Samuel Hahnemann. À l’époque, l’invention récente du microscope permet à la médecine de commencer à s’extirper des textes antiques et de la théorie des « humeurs » (dans laquelle le corps humain contient un équilibre entre sang, phlegme, bile jaune et bile noire). L’idée de Hahnemann est assez simple : lutter contre une maladie en ingérant des petites quantités d’une substance provoquant des symptômes similaires. Ce n’est pas une idée particulièrement loufoque à l’époque : on vient alors de découvrir que l’inoculation de petites doses de variole permet de protéger des symptômes les plus graves de la maladie.

Hahnemann
Samuel Hahnemann

L’homéopathie selon Hahnemann repose sur trois principes. Le principe de similitude (datant d’Hippocrate), selon lequel « les semblables sont aptes à guérir les semblables ». Le principe de dilution, pour éliminer le risque de toxicité. Et le principe de dynamisation : secouer le mélange solvant – principe actif pour que le solvant s’imprègne de « l’essence » du remède.

On mesure le plus souvent les dilutions en « Centésimale hahnemannienne » ou « CH ». 1 CH signifie diluer au centième de sa concentration le produit initial. Typiquement, un produit homéopathique moderne aura une dilution allant de 4-5 CH jusqu’à 30 CH. Est-ce beaucoup ? Une dilution à 10 CH correspond à une goutte de produit actif dans le Lac Léman. Une dilution à 23 CH correspond à une molécule de produit actif dans tous les océans du monde. Au delà de 12 CH, on obtient statistiquement moins d’une molécule dans une dose du remède homéopathique.

Comment l’industrie homéopathique justifie-t-elle que ces produits (qui ne contiennent au mieux que quelques traces infinitésimales de produit actif, et bien souvent n’en contiennent pas une seule molécule) ont un effet sur l’organisme ? En parlant de « mémoire de l’eau« . La dynamisation (ou : secouer très fort la bouteille) permettrait de faire en sorte que le solvant garde la « mémoire » du composant actif. La mémoire de l’eau est un concept proposé par Jacques Benveniste. Ses résultats, montrant que l’eau conserve une « empreinte » des éléments avec lesquelles elle a été en contact même lorsque ceux-ci ne sont plus présents en solution, n’ont jamais pu être reproduits et sont généralement considérés comme le fruit d’erreurs expérimentales. L’idée a cependant été reprise avec enthousiasme par les homéopathes, qui y ont vu une justification scientifique du processus de dilution-dynamisation.

Il n’empêche que, à l’heure actuelle, rien dans notre compréhension des mécanismes physiques et chimiques sur lesquels reposent notre science moderne ne permet de voir dans la théorie homéopathique autre chose que de la pseudoscience.

Que nous reste-t-il ?

Comment alors caractériser l’homéopathie ? C’est une méthode de traitement basée sur une science inexacte, qui conduit à la production de remède constitués uniquement d’eau, d’alcool ou de sucre, et dont les résultats, selon les études les plus charitables, nécessitent plus de tests pour déterminer leur efficacité, ou plus généralement sont identiques aux résultats obtenus par placebo. Les agences gouvernementales comme le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (Belgique), le NHS (Royaume-Uni), ou récemment le NHMRC (Australie) sont tous arrivés à la même conclusion.

Peut-on pour autant dire que l’homéopathie ne remplit aucune fonction, voir est dangereuse ? Oui et non. Les remèdes homéopathiques en tant que tels ne sont pas dangereux. Le fait qu’ils n’ont pas de principes actifs joue dans les deux sens : ils ne peuvent faire ni du bien, ni du mal. Lorsque le remède homéopathique est pris comme complément à un médicament réellement actif, il ne peut pas faire de mal, et va aider le patient, via l’effet placebo, dans sa guérison (par exemple : des gouttes homéopathiques pour les yeux ajoutés à un anti-histaminique pour lutter contre des allergies). De même lorsque aucun traitement n’est nécessaire (par exemple : pour « guérir » d’un rhume). Tant que l’homéopathie ne vient pas se substituer à un traitement classique, où est le mal ?

Reste le fait que les produits homéopathiques sont présentés de manière malhonnête. Ils ne sont pas vendus en tant que placebo, mais en tant que médicaments. Ils prétendent avoir des composants actifs, et que ce sont ces composant actifs qui ont un impact sur la santé du patient. Chaque patient a le droit d’être informé sur les différents aspects du traitement qu’il reçoit. Dans le cas de l’homéopathie, ce critère d’information n’est pas rempli. La notice de l’Oscillococcinum parle de posologie, de composants actifs, d’effets secondaires possibles (en cas de réaction au sucre…), sans qu’il soit jamais clair qu’aucune molécule de « coeur et de foie d’Anas Barbariae » ne sera jamais présente dans aucune dose du produit qui sera jamais vendue.

canard-barbarieAnas Barbariae, dans son état post-Oscillococcinum

Au moins ils ne risquent pas de devoir tuer beaucoup de canards…

En finir avec Zaventem

Le Plan Wathelet est mort, vive le plan Wathelet !

Les Bruxellois qui souffraient de la route du virage large à gauche peuvent souffler : ce sont maintenant d’autres Bruxellois qui subiront les nuisances. Les bannières et affiches « Plan Wathelet, Pas Question ! », omniprésentes dans la ville, ont obtenu le changement. Tout comme les affiches « Plan Anciaux = Bruxelles K.O. » en 2004. Comme quoi, les slogans n’ont pas besoin d’être très recherchés… (au moins Anciaux – KO ça rime un peu !)

Et maintenant ? Maintenant on revient à la situation d’avant le Plan Wathelet. En pire, puisque les travaux sur les pistes durant l’été vont concentrer le trafic sur la route du canal, la plus peuplée. Ce n’est pas pour rien que ce plan avait été instauré : la situation antérieure était intenable pour bons nombres de riverains, qui vont sans nul doute commencer dès à présent à donner de la voix.

Depuis des années, les plans de survol se suivent et se ressemblent. Des changements plus symboliques qu’effectifs, des protestations qui, si elles sont basées sur un réel inconfort des riverains, sont malheureusement tellement détournées par des buts purement politiques qu’elles en perdent tout leur sens. Pendant ce temps là, on évite de trop s’attarder sur le fait que le problème de trouver une répartition des vols depuis Zaventem est insoluble, et est fondamentalement lié à la position de l’aéroport, au nord-est de la ville, là où les vents d’ouest dominants forcent les décollages à se dérouler vers le centre-ville.

La question est donc : quand va-t-on enfin déménager l’aéroport a un endroit plus logique ? Différentes solutions réalistes ont été étudiées, et il est clair que le problème n’est ni technique, ni financier. Le coût n’est certainement pas négligeable, mais il est loin d’être prohibitif. Le problème est évidemment, comme toujours en Belgique, avant tout politique et communautaire. Déplacer l’aéroport, c’est s’ouvrir à la possibilité de le mettre en Wallonie, et ainsi priver la Flandre d’un pôle d’activité économique bien rentable.

Alors on va continuer à mettre de côté la sécurité et le confort des Bruxellois, et attendre le prochain « Plan Galant », qui pourra ne rien solutionner et servir de fer de lance à l’opposition lors des prochaines élections, et rebelote dans quatre ans : « Plan Galant – Pas Content » ? Mais pas de panique, cette fois, on trouvera une solution définitive ! On ne ferait pas un « long virage à gauche », par exemple, pour disperser les nuisances ?