Agir face à des terroristes selon La Libre

Quelle attitude adopter face à des terroristes ? C’est la question à laquelle La Libre tente de répondre via un « expert en sécurité », Stany Ledieu.

À la lecture du premier conseil (« faire le mort »), je me suis posé quelques questions. N’avais-je pas lu il y a quelques jours que les services anglais de lutte anti-terrorisme conseillaient exactement le contraire ? Le deuxième point dit tout de même que fuir est une bonne option. Le troisième point est… nettement plus original :

Un homme pointe une arme sur vous. « Vous ne prenez pas de risque à dire « Allahou Akbar » [« Dieu est [le] plus grand » , en arabe.] C’est l’option de la dernière chance. Au Bataclan, les djihadistes ont épargné certaines personnes » , rappelle Stany Ledieu.

Apparemment, les djihadistes sont paralysés par le mot magique « Allahou Akbar », et ne sont pas du tout suspect quand ça vient de la bouche d’un mec tout pâle qui boit des bières dans un concert de métal…

Bon, du coup, qui est ce fameux « expert en sécurité » ? Visiblement, il dirige une société de coaching / consultance en sécurité, SL Consultance. C’est plutôt bon signe. C’était aussi la tête de liste aux élections de 2014 de Vox Populi Belgica. Si vous ne connaissez pas, c’est normal, ils ont fait 0,1% des voix à Namur, soit 300 voix pour M. Ledieu.

Leur programme se trouve encore sur leur site web. On y trouve le bien-être animal, le développement durable… Jusque là, tout va bien… Et puis, « Belgica s’expurge de l’Islam ». Ah oui, quand même…

La politique de Vox Populi Belgica concernant l’islam tient en deux phases :
Phase 1 : Promotion active à l’apostasie des musulmans présents en Belgique
Phase 2 : déchéance de la nationalité belge des musulmans

Comment vont-ils faire ça ?

Durant 3 ans, avec amour et compassion, nous allons expliquer aux musulmans présents sur notre territoire que l’islam n’a plus sa place en Belgique. […] Au terme de cette période, tout qui affirme publiquement adhérer à l’idéologie islamique se verra immédiatement privé de la nationalité belge. »

Et sa continue comme ça sur des pages et des pages d’une diarrhée verbale, avec des beautés telles que :

L’ouvrage intitulé « Qawateh el adella » par Ibn abd el Gabbar el Samaany, volume 2 page 111, citation du passage : « Le coït avec le cadavre d’une femme ou avec une bête est halal. »

Je suis sûr que tous les musulmans vivent par les paroles de Ibn abd el Gabbar el Samaany…

Bref, loin de moi l’envie de critiquer la crédibilité des sources de La Libre Belgique… Mais quand même, peut-être que donner la parole à des islamophobes primaires, dans le contexte actuel, n’est pas la meilleure manière de diffuser des bons conseils aux citoyens.

Les réfugiés climatiques

Pendant que les européens se retranchent derrières leurs frontières et leurs barrières en espérant que, si ils se cachent les yeux et se bouchent les oreilles suffisamment fort, les migrants retourneront chez eux, les dirigeants mondiaux s’apprêtent à ne prendre aucune action contre le réchauffement climatique lors de la conférence « COP21 » à Paris.

migration-climatiqueImage : IOM

Quel rapport entre les changements climatique et la crise humanitaire des migrants à laquelle l’Europe répond si mal ? Simplement ceci : si rien n’est fait pour stopper le réchauffement, la « crise » migratoire actuelle risque de sembler bien bénigne par rapport à ce qui nous attend dans les années à venir. Une étude de 2007 de l’ONG britannique « Christian Aid » estimait qu’il y aurait « 1 milliard de migrants climatiques » d’ici 2050. Le chiffre n’est sans doute pas très précis ni très fiable (d’autres parlent plutôt de « seulement » 200 millions), mais le fond du raisonnement est assez évident : le réchauffement climatique amène à des déplacements de population par des causes directes (inondations, ouragans, sécheresses…) et indirectes (appauvrissement des ressources conduisant à plus de conflits).

Pour tous les politiciens et les trop nombreux citoyens européens qui désirent absolument endiguer le flux de migrants : redirigez vos efforts ! Plutôt que de construire des barrières et de recruter des douaniers, luttez pour le climat. Militez pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Investissez dans le développement durable. L’effet sera sans doute moins visible à court terme, mais vous obtiendrez de bien meilleurs résultats à long terme. Vous pourrez ainsi préserver la semble-t-il précieuse « identité chrétienne » de l’Europe. Et, accessoirement, vous aurez vraiment contribué à rendre le monde meilleur.

Le grand exploit européen

Les médias et les politiciens européens ont réalisés un grand exploit, qui mérite toute notre admiration. Ils ont réussit à prendre une crise majeure ; une crise qui touche des millions de personnes en Syrie, en Irak, en Afghanistan ; une crise qui a fait des centaines de milliers de morts, qui a forcé des populations entières à quitter leur vie et leur foyer… et à faire de nous les victimes.

Nous, pauvres européens qui allons devoir, horreur ultime, peut-être mettre temporairement la main à la poche pour sortir quelques euros supplémentaires par personne pour accueillir les réfugiés.

Nous, pauvres européens forcés de regarder la misère en face, et de côtoyer des gens différents.

Nous, pauvres européens, qui risquons de voir quelques mosquées supplémentaires construites sur nos terres chrétiennes.

À entendre nos médias et nos politiciens, on pourrait penser que la cible principale du Daesh, c’est nous. Que ces réfugiés sont un moyen trouvé par l’État Islamique pour envahir et affaiblir l’Europe. Parce qu’il est apparemment trop dur d’imaginer que tout ça, toute cette crise, puisse ne pas être centrée autour du monde occidental. D’admettre que nous ne sommes que des personnages secondaires de la tragique histoire qui se déroule au Proche-Orient et au Moyen-Orient.

Nous devons apparemment nous convaincre que nous vivons un grand conflit entre le monde occidental et les terroristes islamistes. La « Guerre contre le Terrorisme » des États-Unis et de ses alliés européens contre Al Qaeda, Boko Haram, l’État Islamique, et toute ces organisations beaucoup trop compliquées à différencier les unes des autres. Ce grand conflit, cependant, n’existe que dans la tête des occidentaux. Pour le Daesh, pour Al Qaeda, l’occident n’est qu’un adversaire symbolique, un moyen de rallier les populations locales survolées en permanence par des drones américains qui semblent frapper autant les civils que les leaders terroristes.

Le réel adversaire du Daesh et d’Al Qaeda, c’est l’Islam. La majorité de leurs victimes, des musulmans. La lutte qui se déroule est avant tout une lutte entre la vision déformée de l’Islam défendue par l’Etat Islamique, et celle des autres, ceux qui restent pour se battre, ceux qui fuient, ceux qui essaient de survivre au milieu du chaos, ceux qu’on se permet de juger depuis notre position bien confortable en leur disant qu’ils ne « condamnent pas assez » l’islamisme radical. Ceux qu’on laisse mourir dans la méditerranée, qu’on laisse macérer dans des camps au pieds des clôtures érigées à la hâte, et à qui on enseigne, une fois arrivé sur notre territoire, les délices des procédures administratives locales au bout desquelles on leur informera que leur pays en guerre n’est pas si dangereux que ça, et qu’ils pourraient quand même y retourner plutôt que de déranger les pauvres belges qui veulent faire leur jogging en paix sans voir des gens bronzés.