Vote électronique : vote démocratique ?

Le 25 mai 2014, les belges se rendaient aux urnes pour un triple scrutin législatif, régional et européen. Dans 17 des 19 communes bruxelloises, le système de vote utilisé est électronique, et fonctionne depuis 1994 sans accrocs. Cette fois-ci, cependant, il y a un bug. Les résultats se font attendre, les explications aussi. Quelques jours plus tard, les informations commencent à sortir : environ 2000 votes ont du être annulés car le logiciel comptabilisait mal les voix lorsque l’utilisateur était revenu en arrière pour changer son choix.

Le nouveau journal coopératif “Médor” en a fait le sujet son premier dossier d’investigation. Je n’aime pas trop ce dossier, qui en cherchant à présenter les faits d’une manière plus ludiques, sous forme d’enquête, perd je trouve beaucoup en clarté. Le fait qu’une grande partie de leurs informations techniques viennent d’un “hacker” non-identifié n’aide pas non plus à apporter la crédibilité requise. Mais avec leurs informations, celles publiées par l’association PourEVA (Pour une Éthique de Vote Automatisé), et aussi le code source du système de vote ainsi que l’explication du bug publié par le Ministère de l’Intérieur, on peut se faire une bonne idée de ce qui s’est passé.

  1. Partie technique : le Code et le Bug
  2. Un vote démocratique et sécurisé, c’est quoi ?
  3. Vote électronique, stop ou encore ?

1. Partie technique : le Code et le Bug

L’application de vote automatisé JITES a été développée par la société Stésud, rachetée depuis par le groupe NRB via sa filière Civadis. Ils ne sont pas les seuls en cause : le code est contrôlé de manière indépendante avant chaque élection par PricewaterhouseCooper, qui valide que tout est fonctionnel.

En jetant un coup d’oeil sur le code, on comprend très vite pourquoi l’erreur n’a pas pu être détectée : c’est le bordel complet. Fonctions mal ou pas documentées, conventions inexistantes, et surtout manque total de contrôle de la cohérence des données : avant d’enregistrer le vote sur la carte, rien ne vérifie si il y a un problème potentiel, si il n’y a bien qu’une seule liste sélectionnée, si il n’y a pas de candidats de listes différentes sélectionnés… Bref, que tout est en ordre.

Autre manquement majeur : le code tel qu’il est présenté ne permet pas de facilement créer la batterie de tests automatisés qui seule pourrait garantir qu’un changement effectué dans le code ne change rien au comportement du programme. Ce manque de rigueur peut fonctionner pour des programmes où ce n’est pas grave si une partie des utilisateurs tombent sur des bugs, corrigés au fur et à mesure qu’ils sont trouvés. Pour un système de vote, c’est tout simplement impardonnable. Et c’est ce manque de rigueur qui, visiblement, à permis au fameux bug d’apparaître.

Le bug, donc. Il se situe dans la partie du programme permettant de désélectionner un candidat. Lors des élections précédentes, cela ne pouvait se faire que en appuyant sur le bouton “Annuler”. Nouveauté de 2014 : on peut le faire en ré-appuyant sur la case à côté du nom du candidat. Le ministère de l’intérieur nous explique les circonstances dans lesquelles le problème se produit :

  • un électeur sélectionne une liste ;
  • il sélectionne un ou plusieurs candidat(s) ;
  • ensuite il désélectionne ce ou ces candidat(s) ;
  • il revient au menu des listes ;
  • il choisit une autre liste de parti;
  • il poursuit le processus de vote normal.

jites_candL’écran incriminé (image prise dans le manuel d’utilisation fourni avec les sources)

Le code gérant cet écran se trouve dans un fichier appelé mod_cand.c. On y retrouve une fonction qui, chaque fois qu’on appuie avec le stylo optique sur l’écran, va vérifier l’action à effectuer. Je mets le code ci-dessous pour ceux que ça intéresse.


static int Cand_Check_Selection(int _iX, int _iY)
{
  int i, x1, x2, y1, y2;
  

  if(_iY > 452) /* At the bottom (Validate/Cancel or
                   go back tho the lists) */
  {
    if(giNbCandidSel != 0) /* Almost one candidate selected */
    {
#ifdef EL2014
      if((_iX > 10) && (_iX < 310)) /* Cancel */ { giNbCandidSel = 0; swpas = 0; swnoir = 0; swconf = 0; Cancel_Selection(giCurrentScr,giCurrentList,1); return(0); } if((_iX > 330) && (_iX < 630)) /* Validation */ { if((gshScrutin[giCurrentScr].nom_s == '4') && (Choix_RLg == 'F')) swVLR = 0; ++giCurrentScr; ptfunct = Scrut_Loop; return(1); } #else if((_iX > 10) && (_iX < 310)) /* Validation */ { ++giCurrentScr; ptfunct = Scrut_Loop; return(1); } if((_iX > 330) && (_iX < 630)) /* Cancel */ { giNbCandidSel = 0; swpas = 0; swnoir = 0; swconf = 0; Cancel_Selection(giCurrentScr,giCurrentList,1); return(0); } #endif return(0); } else /* No candidate selected -> go back to the list selection */
    {
      if((_iX > 110) && (_iX < 530))
      {
#ifdef EL2014
        ptfunct = les_listes;
#else        
        ptfunct = List_Display;
#endif      
        return(1);
      }
      else /* Not managed */
        return(0);
    }
  }
  else /* Candidate's areas */
  {
    for(i=0;i<=giCurrentCandid;i++) /* Who has been selected ? (LightPen) */ { x1 = gaiPosc[i][0]; x2 = gaiPosc[i][1]; y1 = gaiPosc[i][2]; y2 = gaiPosc[i][3]; if(i) /* A specific candidate (not the "head of the list") */ { x1 += giXCapture; x2 -= giYCapture; y1 += giYCapture; y2 -= giYCapture; } if((_iX>=x1) && (_iX<x2)) { if((_iY>=y1) && (_iY<=y2)) /* This area */ { if(arcMemoCandid[giCurrentScr][giCurrentList][i] == 0) /* Unselected -> Selected */
          {
            ++giNbCandidSel; /* cfr iSWDeselectC */
            Cand_Select(giCurrentScr,giCurrentList,i);
            Cand_Update(i);
            Cand_Circle(i);
            Cand_Switch(i);
            return(0);
          }
#ifdef EL2014         
          else /* Selected -> Unselected */
          {
            --giNbCandidSel; /* cfr iSWDeselectC */
            if (giNbCandidSel == 0) {
                swpas = swnoir = swconf = 0;
            }
            Cand_Unselect(giCurrentScr,giCurrentList,i);
            Cand_Update(i);
            Cand_Circle(i);
            Cand_Switch(i);
            return(0);
          }
#endif        
        }
      }
    }
    return(0);
  }
}

En français, ça donne :

  • Si on appuie en bas de l’écran et que l’on a déjà sélectionné au moins un candidat : soit on est sur le bouton “Annuler” et on exécute la fonction “Cancel_Selection”, soit on est sur le bouton “Valider” et on passe au scrutin suivant.
  • Si on appuie en bas de l’écran et qu’aucun candidat n’est sélectionné, on revient à l’écran de choix de la liste pour laquelle on veut voter.
  • Si on appuie sur un des candidats et qu’il n’est pas encore sélectionné : on exécute la fonction “Cand_Select” et on ajoute “1” au compteur de nombre de candidats sélectionnés.
  • Si on appuie sur un des candidats et qu’il est déjà sélectionné : on exécute la fonction “Cand_Unselect” et on retire “1” au même compteur.

C’est donc cette fonction Cand_Unselect qui a été rajoutée pour l’élection de 2014. Ce n’est pas une fonction très compliquée, elle ne fait que quelques lignes :


void Cand_Unselect(int _x, int _y, int _z)
{
  arcMemoCandid[_x][_y][_z] = 0;
  //280613 arcMemoList[_x][_y] = 0;
  //280613 arcMemoScrutin[_x] = 0;
}

La fonction reçoit donc trois chiffres, qui correspondent au scrutin, à la liste, et au candidat à désélectionner. Dans le tableau arcMemoCandid, qui contient pour chaque candidat de chaque liste de chaque scrutin un 0 si le candidat est sélectionné, un 1 sinon, on met la case choisie à 0. C’est simple et direct. Les deux lignes suivantes sont commentées, et ne sont donc pas exécutées : elles désélectionnaient également la liste et le scrutin.

Et c’est là que se situe le problème. Si l’utilisateur désélectionne tous les candidats de la liste, le compteur sera bien mis à zéro. Lorsque l’utilisateur appuie ensuite sur le bas de l’écran pour quitter la liste des candidats, il sera ramené à l’écran des listes sans appeler la fonction Cancel_Selection, et la liste ne sera jamais marquée comme non sélectionnée. Lorsque l’utilisateur sélectionne une autre liste et valide son vote, il y a donc deux listes indiquées comme sélectionnées dans la mémoire. Le bulletin de vote est donc nul.

2. Un vote démocratique et sécurisé, c’est quoi ?

Pour qu’une élection soit réellement démocratique, il faut que chaque citoyen puisse être assuré que son vote est comptabilisé, et que son vote est secret. Pour que ces conditions soient respectées, il importe que, à chaque étape du scrutin, des observateurs puissent contrôler l’absence de fraude. Il y a différents points clés où des erreurs (ou des fraudes) peuvent mettre en doute le résultat des élections :

  • Dans l’isoloir : si le bulletin de vote n’est pas clair ou favorise un ou plusieurs candidats (c’est le cas par exemple aux USA, où les candidats des partis autre que Démocrates et Républicains n’apparaissent pas sur le bulletin de vote, dans beaucoup d’Etats : leur nom doit être rajouté à la main par l’électeur si il veut leur donner une voix).
  • Dans l’urne : si quelqu’un rajoute ou retire des bulletins de l’urne (ou si les données sont modifiées, dans le cas électronique)
  • Lors du comptage au bureau de vote : en ne comptant pas des voix valides, ou en les comptabilisant pour le mauvais partis.
  • Lors du décompte final : en additionnant mal les votes des différents bureaux, pour arriver à un mauvais résultat.

Plus les problèmes apparaissent tard dans le processus, plus il est facile d’y remédier. Si le décompte final est mauvais, on peut refaire les additions. Si le décompte du bureau de vote est mauvais, on peut recompter. Les choses deviennent plus difficiles si ce qui se trouve dans l’urne n’est pas valide. Dans le meilleur des cas, on peut alors identifier les bulletins problématiques et les annuler (c’est ce qui s’est produit avec le bug de 2014). Dans le pire des cas, il faut revoter.

3. Vote électronique, stop ou encore ?

En se basant sur les critères ainsi définis, le vote électronique tel qu’il se passe dans 17 des communes bruxelloises n’est pas démocratique. Il a en effet une lacune énorme et impardonnable : il n’y a aucun moyen pour l’électeur de vérifier que le contenu de la carte magnétique correspond bien à son vote. Il ne peut pas savoir si la machine n’a pas été trafiquée, ou si les données n’ont pas été corrompues entre le moment où il a pu voir son vote sur la machine et le moment où la carte a été éjectée. Les observateurs non plus n’ont aucun moyen de vérifier, pendant le dépouillement, que les bulletins sont correctement comptabilisés. Même si le code était bon (ce qui n’est pas le cas), même si en pratique tout se déroulait parfaitement comme prévu, ce système resterait par nature non-démocratique.

Faut-il alors jeter le vote électronique à la poubelle ? Non ! La solution est simple, et elle est déjà appliquée dans les communes qui ont choisi de mettre en place un système plus moderne. Il s’agit de ne pas stocker le vote sur une carte magnétique, mais sur un papier, sur lequel sera indiqué le vote en toutes lettres de manière lisible, accompagné d’un code barre permettant à un ordinateur de le comptabiliser automatiquement. L’électeur peut vérifier, au moment de son vote, qu’il glisse bien dans l’urne un papier portant le(s) nom(s) qu’il a choisi. Les observateurs peuvent vérifier facilement que le système qui scanne les votes donne bien la même information que celle inscrite en toutes lettres sur le papier. Et en cas de doute ou de problème, on peut toujours tout recompter à la main.

On peut ainsi combiner les avantages du vote électronique (rapidité de comptage, clarté du bulletin de vote…), et la sécurité du vote papier. Il serait dommage que, après le bug de 2014, Bruxelles décide de revenir entièrement en arrière, et retourne au vote papier. Mais si le choix est le vote papier ou le système actuel, c’est le vote papier qui doit primer : le système actuel n’est pas sécurisé, il n’est pas démocratique. Le meilleur choix serait évidemment de passer à un système de vote électronique moderne. Je ne l’ai jamais essayé, mais le système utilisé à Woluwe-Saint-Lambert et Watermael semble un bon candidat…

Flat Earth Society : comment prouver que la Terre est plate ?

Nous sommes durant l’été de l’an 1838. À une centaine de kilomètres de Londres, où la reine Victoria vient d’être couronnée, Samuel Rowbotham prend son télescope et patauge dans le canal de Bedford pour réaliser une expérience scientifique révolutionnaire : il veut prouver que la terre est plate, et non sphérique comme l’affirment depuis plus de deux mille ans les hérétiques en tous genres. Pourquoi ce canal ? Parce qu’il coule en ligne droite sur une distance d’environ dix kilomètres. Si la terre est sphérique, un bateau qui s’éloigne dessus devrait progressivement disparaître, caché par la courbure terrestre.

Rowbotham–curvatureLe dispositif expérimental de Rowbotham (Wikipédia).

Rowbotham affirme alors que, contrairement aux prédictions, il peut toujours voir le bateau dans son télescope, même dix kilomètres plus loin. La terre est plate ! Il l’affirme et le publie dans un article puis finalement un livre, Earth Not A Globe. D’autres personnes tentent de reproduire cette surprenante découverte, par différentes méthodes similaires. La plupart n’arrivent pas à reproduire ses résultats. D’autres prétendent eux aussi avoir observé une terre plate. Certains rabats-joies (aussi appelés “scientifiques”) expliquent les résultats divergents par un effet d’optique : la réfraction. Dans certaines conditions climatiques, la réfaraction de la lumière permet de voir l’objet malgré la courbure terrestre (le “rayon lumineux” suit cette courbure et donne à nos yeux l’impression que l’objet est à la même hauteur que notre oeil).

Il n’y avait rien d’anormal là-dedans, la terre est bien plus-ou-moins-sphérique, on ne doit pas réécrire toute la science. Affaire classée ?

Au milieu du vingtième siècle, alors que la course à l’espace bat son plein et que l’on prend les premières photos de la Terre depuis l’espace, Samuel Shenton crée la Flat Earth Society. Cette association qui se réapproprie les thèses de Rowbotham a un certain succès durant la Guerre Froide (profitant sans doute d’une certaine méfiance vis-à-vis des propagandes américaines et russes), avant de progressivement disparaître. Mais en 2004, la magie d’Internet s’opère. Un forum se crée, des gens se rassemblent, et en 2009 la Flat Earth Society est officiellement rétablie avec un site internet présentant ses théories.

Il y a donc en ce moment même dans le monde des gens qui sont en train d’utiliser Internet tout en étant convaincu (et en cherchant à convaincre les autres) que la terre est plate.

flat-earth-map-fergusonCarte de la terre plate selon Orlando Ferguson, 1893. (Wikipedia)

Quelle est la “théorie de la terre plate” à l’heure du GSM, du GPS, de la Station Spatiale Internationale, de Virgin Galactic ? En résumé : la NASA nous ment, toutes les agences spatiales nous mentent, tous les fabricants de satellites et de GPS, tous les astronomes, tous les astronautes, cosmonautes et spationautes nous mentent. La terre est plate, entourée par un gigantesque mur de glace infranchissable (l’Antarctique), le soleil est une sorte de projecteur qui éclaire une partie du disque terrestre à la fois, la “gravité” est due à une accélération constante de ce disque à travers l’espace.

Plus que probablement, la majorité des gens “actifs” dans la Flat Earth Society sont des “Trolls”. Le principal point d’activité est un forum internet, et il est impossible de savoir si les participants de ce forum sont sérieux ou satirisent les positions ridiculement conspirationnistes et pseudoscientifiques des quelques convaincus. Mais des convaincus, il y en a bien. Et sur Internet, quelque soit la croyance farfelue que l’on peut avoir, on trouvera toujours un refuge dans lequel d’autres pourront nous rassurer sur le fait qu’on a raison, que le reste du monde a tort, et que si on nous tourne en ridicule, c’est parce qu’on a peur, ou qu’on nous cache quelque chose.

Homéopathie : science et pseudoscience

La majorité des médecins belges estiment que l’homéopathie n’a pas sa place dans les soins de santé. Pourtant, l’acceptation de l’homéopathie comme moyen de traitement par les consommateurs se généralise : la moitié des belges lui feraient confiance. Les européens en sont particulièrement friands : le leader mondial est Boiron, une société française, dont le chiffre d’affaire en 2014 s’élève à 600 millions d’euros.

L’industrie homéopathique, sans être au même niveau que l’industrie pharmaceutique, est donc bien florissante. Est-elle basée sur des traitements réellement efficaces, ou sur du vent ? Entrons dans le vif du sujet…

Un cas concret

L’Oscillococcinum est un “médicament homéopathique utilisé dans la prévention et le traitement des états grippaux“. Il coûte à peu près un euro par dose de un gramme. D’après le Ministère français de l’économie, des finances et de l’industrie, ça le place environ 50% plus cher que sa concurrence. Sa composition : “extraits filtrés de foie et de coeur d’Anas barbariae dynamisé à la 200e K. Excipients (saccharose, lactose).”

Où est le problème ? “extraits filtrés de foie et de coeur d’Anas barbariae dynamisé à la 200e K” signifie, en clair : prendre de l’extrait de foie et de coeur de canard de barbarie et y appliquer 200 dilutions “korsakovienne” successives. La dilution korsakovienne consiste à prendre un flacon contenant le composant actif, à le vider, le remplir d’eau, et le secouer fortement pour mélanger ce qui restait sur les parois avec l’eau. Au bout d’une dizaine de dilutions, il ne reste statistiquement plus aucune molécule du composant actif. Au bout de 200 dilutions, c’est une certitude presque absolue que aucun flacon de ce médicament qui ai jamais été vendu dans le monde ne contient la moindre molécule du composant actif. Reste donc du saccharose et du lactose : autrement dit, du sucre.

canard-barbarieAnas Barbariae, dans son état pre-Oscillococcinum

Mais pourtant ça marche !

La réponse habituelle de l’industrie homéopathique est : ça marche, pleins de gens se traitent avec de l’homéopathie et se sentent mieux après, “l’efficacité thérapeutique est certaine”. Comment expliquer que tant de gens observent les effets de l’homéopathie, si ce n’est qu’un placebo ? Justement. Quand on dit qu’un traitement n’a pas plus d’effet qu’un placebo, la première réaction est souvent de dire : “quoi, ça ne marche pas ? Mais pourtant je connais untel chez qui ça a marché !” On associe “effet placebo” avec “aucun effet”, mais c’est loin d’être le cas. L’effet placebo est bien réel, et offre souvent d’excellents résultats, notamment pour le traitement des douleurs mais aussi pour des troubles immunitaires, hormonaux ou respiratoire (Price et al., A Comprehensive Review of the Placebo Effect: Recent Advances and Current Thought [PDF], Annual Review of Psychology, 2008.)

L’effet placebo dépend de nombreux facteurs, dont le mode d’administration, les attentes du patient, son conditionnement… Il n’est donc pas surprenant en soi que des remèdes homéopathiques puissent avoir un effet. C’est là aussi qu’intervient le traitement personnalisé : une consultation chez un homéopathe va typiquement être plus longue et plus personnelle qu’une consultation chez un médecin, ce qui augmente les chances d’obtenir une bonne réponse au placebo.

Ce n’est pas pour rien que l’homéopathie est particulièrement prescrite pour ces mêmes problèmes où le placebo est le plus efficace : traitement des allergies, des douleurs, des symptômes grippaux…

Et selon les homéopathes, ça marche comment ?

La théorie fondamentale de l’homéopathie est développée au XVIIIème siècle par Samuel Hahnemann. À l’époque, l’invention récente du microscope permet à la médecine de commencer à s’extirper des textes antiques et de la théorie des “humeurs” (dans laquelle le corps humain contient un équilibre entre sang, phlegme, bile jaune et bile noire). L’idée de Hahnemann est assez simple : lutter contre une maladie en ingérant des petites quantités d’une substance provoquant des symptômes similaires. Ce n’est pas une idée particulièrement loufoque à l’époque : on vient alors de découvrir que l’inoculation de petites doses de variole permet de protéger des symptômes les plus graves de la maladie.

Hahnemann
Samuel Hahnemann

L’homéopathie selon Hahnemann repose sur trois principes. Le principe de similitude (datant d’Hippocrate), selon lequel “les semblables sont aptes à guérir les semblables”. Le principe de dilution, pour éliminer le risque de toxicité. Et le principe de dynamisation : secouer le mélange solvant – principe actif pour que le solvant s’imprègne de “l’essence” du remède.

On mesure le plus souvent les dilutions en “Centésimale hahnemannienne” ou “CH”. 1 CH signifie diluer au centième de sa concentration le produit initial. Typiquement, un produit homéopathique moderne aura une dilution allant de 4-5 CH jusqu’à 30 CH. Est-ce beaucoup ? Une dilution à 10 CH correspond à une goutte de produit actif dans le Lac Léman. Une dilution à 23 CH correspond à une molécule de produit actif dans tous les océans du monde. Au delà de 12 CH, on obtient statistiquement moins d’une molécule dans une dose du remède homéopathique.

Comment l’industrie homéopathique justifie-t-elle que ces produits (qui ne contiennent au mieux que quelques traces infinitésimales de produit actif, et bien souvent n’en contiennent pas une seule molécule) ont un effet sur l’organisme ? En parlant de “mémoire de l’eau“. La dynamisation (ou : secouer très fort la bouteille) permettrait de faire en sorte que le solvant garde la “mémoire” du composant actif. La mémoire de l’eau est un concept proposé par Jacques Benveniste. Ses résultats, montrant que l’eau conserve une “empreinte” des éléments avec lesquelles elle a été en contact même lorsque ceux-ci ne sont plus présents en solution, n’ont jamais pu être reproduits et sont généralement considérés comme le fruit d’erreurs expérimentales. L’idée a cependant été reprise avec enthousiasme par les homéopathes, qui y ont vu une justification scientifique du processus de dilution-dynamisation.

Il n’empêche que, à l’heure actuelle, rien dans notre compréhension des mécanismes physiques et chimiques sur lesquels reposent notre science moderne ne permet de voir dans la théorie homéopathique autre chose que de la pseudoscience.

Que nous reste-t-il ?

Comment alors caractériser l’homéopathie ? C’est une méthode de traitement basée sur une science inexacte, qui conduit à la production de remède constitués uniquement d’eau, d’alcool ou de sucre, et dont les résultats, selon les études les plus charitables, nécessitent plus de tests pour déterminer leur efficacité, ou plus généralement sont identiques aux résultats obtenus par placebo. Les agences gouvernementales comme le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (Belgique), le NHS (Royaume-Uni), ou récemment le NHMRC (Australie) sont tous arrivés à la même conclusion.

Peut-on pour autant dire que l’homéopathie ne remplit aucune fonction, voir est dangereuse ? Oui et non. Les remèdes homéopathiques en tant que tels ne sont pas dangereux. Le fait qu’ils n’ont pas de principes actifs joue dans les deux sens : ils ne peuvent faire ni du bien, ni du mal. Lorsque le remède homéopathique est pris comme complément à un médicament réellement actif, il ne peut pas faire de mal, et va aider le patient, via l’effet placebo, dans sa guérison (par exemple : des gouttes homéopathiques pour les yeux ajoutés à un anti-histaminique pour lutter contre des allergies). De même lorsque aucun traitement n’est nécessaire (par exemple : pour “guérir” d’un rhume). Tant que l’homéopathie ne vient pas se substituer à un traitement classique, où est le mal ?

Reste le fait que les produits homéopathiques sont présentés de manière malhonnête. Ils ne sont pas vendus en tant que placebo, mais en tant que médicaments. Ils prétendent avoir des composants actifs, et que ce sont ces composant actifs qui ont un impact sur la santé du patient. Chaque patient a le droit d’être informé sur les différents aspects du traitement qu’il reçoit. Dans le cas de l’homéopathie, ce critère d’information n’est pas rempli. La notice de l’Oscillococcinum parle de posologie, de composants actifs, d’effets secondaires possibles (en cas de réaction au sucre…), sans qu’il soit jamais clair qu’aucune molécule de “coeur et de foie d’Anas Barbariae” ne sera jamais présente dans aucune dose du produit qui sera jamais vendue.

canard-barbarieAnas Barbariae, dans son état post-Oscillococcinum

Au moins ils ne risquent pas de devoir tuer beaucoup de canards…

En finir avec Zaventem

Le Plan Wathelet est mort, vive le plan Wathelet !

Les Bruxellois qui souffraient de la route du virage large à gauche peuvent souffler : ce sont maintenant d’autres Bruxellois qui subiront les nuisances. Les bannières et affiches “Plan Wathelet, Pas Question !”, omniprésentes dans la ville, ont obtenu le changement. Tout comme les affiches “Plan Anciaux = Bruxelles K.O.” en 2004. Comme quoi, les slogans n’ont pas besoin d’être très recherchés… (au moins Anciaux – KO ça rime un peu !)

Et maintenant ? Maintenant on revient à la situation d’avant le Plan Wathelet. En pire, puisque les travaux sur les pistes durant l’été vont concentrer le trafic sur la route du canal, la plus peuplée. Ce n’est pas pour rien que ce plan avait été instauré : la situation antérieure était intenable pour bons nombres de riverains, qui vont sans nul doute commencer dès à présent à donner de la voix.

Depuis des années, les plans de survol se suivent et se ressemblent. Des changements plus symboliques qu’effectifs, des protestations qui, si elles sont basées sur un réel inconfort des riverains, sont malheureusement tellement détournées par des buts purement politiques qu’elles en perdent tout leur sens. Pendant ce temps là, on évite de trop s’attarder sur le fait que le problème de trouver une répartition des vols depuis Zaventem est insoluble, et est fondamentalement lié à la position de l’aéroport, au nord-est de la ville, là où les vents d’ouest dominants forcent les décollages à se dérouler vers le centre-ville.

La question est donc : quand va-t-on enfin déménager l’aéroport a un endroit plus logique ? Différentes solutions réalistes ont été étudiées, et il est clair que le problème n’est ni technique, ni financier. Le coût n’est certainement pas négligeable, mais il est loin d’être prohibitif. Le problème est évidemment, comme toujours en Belgique, avant tout politique et communautaire. Déplacer l’aéroport, c’est s’ouvrir à la possibilité de le mettre en Wallonie, et ainsi priver la Flandre d’un pôle d’activité économique bien rentable.

Alors on va continuer à mettre de côté la sécurité et le confort des Bruxellois, et attendre le prochain “Plan Galant”, qui pourra ne rien solutionner et servir de fer de lance à l’opposition lors des prochaines élections, et rebelote dans quatre ans : “Plan Galant – Pas Content” ? Mais pas de panique, cette fois, on trouvera une solution définitive ! On ne ferait pas un “long virage à gauche”, par exemple, pour disperser les nuisances ?

Oui, le FN est le gagnant des départementales

L’UMP n’appellera à voter ni pour le Front National, avec lequel nous n’avons rien de commun, ni pour les candidats de gauche, dont nous combattons la politique“. Nicolas Sarkozy reprend les devant de la scène pour réaffirmer la destruction complète du Front Républicain.

Il confirme ainsi le seul gagnant des départementales françaises : le Front National. Oui, le FN n’a pas fait “le score attendu”. Ils ne sont pas le premier parti de France. Le fait même que ce soit une cause de réjouissance, qu’on puisse prendre comme une “bonne nouvelle” un score de 25% de l’extrême-droite, montre que le pari de Marine Le Pen est réussit. En 2002 les 17% de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle, qui le propulsaient au second tour, étaient un “séisme politique”. Les français sortaient dans les rues pour affirmer au monde entier que non, ils n’étaient pas tous comme ça, qu’ils avaient honte de ce score. Treize ans plus tard, on est soulagé lorsque le FN n’arrive pas en tête. La présence de Le Pen au second tour à la prochain présidentielle est discutée comme d’un fait acquis.

Quand à sa victoire, ce n’est plus une impossibilité. Si le second tour est entre le PS et le FN, si l’UMP continue à légitimer ce dernier en refusant d’appeler à voter contre… Ce sont des grands “si”, mais pas des “si” impossibles. Pour l’instant, le PS est le favori pour se retrouver dans le rôle du parti déchu, et il appellera sans doute à voter Sarko (tout en grinçant des dents). Et le “ni-ni” des élections locales est plus probablement une lâche stratégie politique plutôt que le reflet de l’opinion des militants (et des élus) de l’UMP. Il y a seulement quelques années, j’aurais trouvé absolument ridicule l’idée que le FN puisse un jour gagner les présidentielles. Je pense toujours que c’est peu probable, mais ce n’est certainement plus une idée ridicule…

Pour la France, une victoire du FN serait désastreuse. Pour l’Europe, ce serait bien pire. Parce que là où Syriza rejette la politique actuelle de l’Union Européenne, en particulier bien sûr la politique économique d’austérité, le Front National rejette en bloc l’entièreté de la proposition européenne. Le Front National ne veut pas d’une union, d’une entraide, d’une ouverture des frontières, de tout ce qui a permis à l’Europe de connaître une paix et une prospérité sans précédent dans son histoire. Car l’histoire Européenne, c’est avant tout une histoire de nationalismes démesurés, une histoire de guerres territoriales et religieuses, une histoire vers laquelle le Front National et les autres partis qui, partout en Europe, portent ces mêmes valeurs, semblent vouloir nous replonger. Le Front National voudrait que l’Union Européenne ne soit qu’une parenthèse de l’histoire, quelques années durant lesquelles les frontières ont été ouvertes, dans laquelle les peuples ont pu se mélanger, se rencontrer, voyager en toute liberté. Apparemment, pour eux, c’est une mauvaise chose.

Pourquoi votre ordinateur ne fonctionne pas.

Vous regardez l’écran de votre ordinateur avec frustration. Il a planté, encore une fois. Il est lent. Il est inutilisable. Il lui faut dix minutes pour s’allumer. Les pages web mettent tellement de temps à charger que vous avez le temps de boire un café entre chaque e-mail ouvert. Vous pensez à le jeter par la fenêtre, ou encore mieux sur la tête de l’esprit tordu qui l’a conçu, et qui n’a pas pu faire en sorte que, tout simplement, ça marche. Est-ce vraiment si compliqué ? Est-ce vraiment trop demander ? Oui. Pourquoi ?

spinning-beachballNon, c’est bon, j’ai le temps…

Réaliser un programme informatique, c’est comme préparer un grand repas (pas vraiment en fait, mais on va faire comme si). Lorsque vous préparez votre menu, vous n’allez pas tout faire à partir de zéro. Vous n’allez pas planter et récolter les légumes, traire les vaches, élever les cochons, moudre le blé. Non : vous allez sélectionner les ingrédients dont vous avez besoin, et essayer de les mettre ensemble au mieux. Vous allez les préparer, les découper, les combiner, les assaisonner, jusqu’à obtenir le résultat voulu : des plats équilibré, un menu construit et cohérent, réfléchi. Vous vous imaginez dans votre tête le client dégustant chaque pièce de nourriture dans le bon ordre, tel que vous l’avez préparé.

Ça, c’est la théorie. Ensuite, le vrai travail commence. Il y a beaucoup à faire, vous vous entourez d’une équipe de cuisiniers. Chacun insiste pour travailler avec sa marque de couteau, sa poêle fétiche. L’un veut que les tomates soient coupées dans un sens, l’autre refuse de les servir comme ça. On s’engueule un peu, mais au final tout le monde s’y met. Les préparatifs avancent, tout prend forme. Vous serez prêt à servir dans une heure.

Le patron du restaurant arrive : “Ah oui, j’ai oublié de vous prévenir, le client adore le chocolat. Je lui ai promis qu’il y en aurait dans chaque plat. Vous allez faire ça bien, je vous fait confiance !”

Vous n’avez pas le temps de réagir qu’il est déjà parti. Vous voyez la catastrophe arriver : vous n’avez même pas de chocolat ! Vous trouvez vite un fournisseur qui est prêt à vous en donner, mais il n’accepte de vous le vendre que si vous achetez aussi ses pommes. Votre pâtissier râle, parce que ce n’est pas ses pommes habituelles, mais il finit par accepter. Vous accommodez tant bien que mal le reste du repas pour ajouter des morceaux de chocolat partout sans trop détruire le reste. Vous voyez bien que ce ne sera pas aussi bon que vous l’aviez prévu, mais bon, tant pis, si c’est pour satisfaire le client… Le service démarre. Quelques minutes plus tard, on vous appelle en salle. Il y a un problème. Vous craignez le pire : est-ce qu’un cheveu s’est glissé dans la soupe ? Est-ce qu’un morceau de viande était de mauvaise qualité ?

Le client vous montre son assiette du doigt. “Ce n’est vraiment pas bon, le Ketchup masque complètement le goût de tout le reste.” Le vide se fait dans votre cerveau. Vous n’avez pas mis de ketchup. Vous voyez une bouteille sur la table. Vous demandez poliment : “pourquoi avez-vous ajouté du Ketchup ?” Immédiatement, il se braque : “Je n’ai rien ajouté du tout ! C’était comme ça !”. Vous soupirez, reprenez le Ketchup et l’assiette, en ramenez une autre. Cette fois-ci, vous restez dans les parages pour vérifier qu’il n’ajoute rien. Peine perdue : dès que vous détournez le regard, un paquet de sauce, du sel, du poivre ou de la sauce piquante arrivent comme par magie entre ses mains.

Le repas touche à sa fin. Il vous rappelle une dernière fois. “C’était pas mal du tout. Par contre, pourquoi avez-vous mis du chocolat partout ?”

chocolate-pizzaMiam! (via lovethispic.com)

Est-ce vraiment si compliqué, donc ? Oui. Chaque fois que vous utilisez votre ordinateur, vous vous reposer sur des dizaines, des centaines d’applications différentes, conçues par des équipes de parfois plusieurs centaines de personnes qui n’ont chacun qu’une vision partielle du produit qu’ils sont en train de développer. Des programmes qui se reposent sur des technologies datant d’il y a entre un mois et cinquante ans, qui n’ont jamais été conçus pour fonctionner ensemble mais qui ont été bricolés pour que “ça marche” — la plupart du temps.

Les interactions entre les différents programmes se passent dans équilibre fragile. À chaque mise à jour, cet équilibre peut être brisé : une application est modifiée, une autre cesse de fonctionner. Pas de chance : ses développeurs ont fait faillite, il n’y aura pas de correction. La solution : ne rien mettre à jour ? Félicitations, vous vous rendez plus vulnérable à des failles de sécurité qui sont découvertes tous les jours, dans tous les programmes un peu populaires.

Alors quand votre ordinateur plante, où quand il devient lent, on vous dit : redémarrez. Désinstallez un maximum de programmes. Nettoyez la mémoire. Retirez les Malwares, les Spywares, les Virus. Redémarrez encore. À chaque redémarrage, les millions de rouages qui font tourner l’ordinateur se remettent dans une position plus ou moins cohérente, plus ou moins connue. Dès que les programmes se mettent en marche, dès que les rouages tournent, ils commencent à bouger, à se gêner les uns les autres, jusqu’à ce qu’ils se bloquent à nouveau. Si vous faites bien attention, si vous prenez soin de votre ordinateur, que vous n’installez pas de programmes superflus, que vous prenez garde à ce que vous téléchargez, aux pages web que vous visitez, vous pouvez reculer l’échéance. Mais lorsque l’inévitable fini par arriver, que vous devez une nouvelle fois changer d’ordinateur, sachez que ce n’est pas uniquement de votre faute (même si vous avez peut-être accélérés sa déchéance) : voyez-y le résultat des tentatives de milliers d’informaticiens, partout dans le monde, de garder un minimum de cohérence dans ce fouillis de technologies. Tentatives, aussi, de se convaincre qu’ils comprennent encore comment fonctionne vraiment le programme qu’ils viennent d’écrire.

Et pourtant, elle chauffe

Lorsque Jim Inhofe, sénateur de l’Oklahoma, a pris la parole jeudi dernier devant le Sénat américain, il avait une idée en tête : montrer à ses collègues, au peuple américain, peut-être au monde entier, que le réchauffement climatique n’est qu’une fantaisie née de l’imagination des scientifiques en quête de subsides. Son argumentation, dans la vidéo ci-dessous, est concise et irréfutable.


James “Jim” Inhofe face au Sénat américain (CSPAN via YouTube)

On entend sans arrêt que 2014 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée“, nous dit-il. Il démontre le contraire : “Savez-vous ce que c’est ? C’est une boule de neige, ramassée juste ici dehors. Donc il fait très, très froid dehors“. Imparable. Apparemment, les mesures réalisées par des équipements météorologiques et par des satellites sur l’ensemble du globe à longueur d’année peuvent être jetées à la poubelle, parce qu’il y a de la neige à Washington DC.

La vidéo ne fait que 30 secondes, mais elle résume bien tout ce qu’il reste comme argument à ceux qui, contre toute la communauté scientifique, contre le consensus académique, résistent encore et toujours à l’inévitable conclusion que oui, la Terre se réchauffe anormalement vite, que oui, l’être humain en est la cause via les émissions de gaz à effet de serre, que oui, il faut réduire ces émissions, rapidement, ou subir des conséquences désastreuses tant sur le plan économique que sur le plan humain.

Visiblement, Jim Inhofe a du mal avec le concept des saisons, et avec le concept de “climat planétaire” en opposition à la météo locale. Mais ne craignons rien : je suis sûr qu’il n’a pas d’influence sur les décisions en matière d’environnement, n’est-ce pas ?

À ce propos… James “Jim” Inhofe n’est pas que le représentant de l’Oklahoma au sénat. Il y préside le comité chargé de l’environnement et des travaux publics. À ce titre, il a donc une énorme influence sur la politique américaine en matière de réduction des émissions de carbone, et du développement de l’énergie durable.

Il y a quelques mois, Barack Obama, dans un discours à l’ONU, répétait l’importance d’une action coordonnée pour lutter contre le réchauffement climatique. Visiblement, la participation des États-Unis à cet effort n’est pas tout à fait assurée…

J’ai lu l’an dernier…

Et si on parlait un peu de culture, dans ce monde de brutes ?

J’adore lire. Avant, du temps ousque j’avais le temps, je pouvais y passer après-midi et soirées, peut-être même encore plus que devant l’ordinateur (et puis l’ordinateur il fallait le partager). Maintenant, je me réserve encore mon trajet en train pour aller et revenir du boulot. À raison de deux fois vingt minutes tous les jours, on peut quand même pas mal avancer.

J’aimerais un peu profiter de cette technologie merveilleuse que d’aucuns appellent “Internet” pour partager certaines de ces lectures. Conseiller des bons livres, et lire les conseils des autres, c’est toujours un bon moyen de découvrir de nouvelles choses.

Pour ouvrir le sujet, avant d’essayer d’en faire un truc régulier (“ce que j’ai lu récemment qui est cool”), je me suis penché sur les livres que j’ai découvert l’an dernier. Grâce au fait que je lis maintenant quasiment exclusivement sur Kindle, c’est assez facile de se refaire une liste. Voici donc en exclusivité mondiale mon “Top 10 des livres que j’ai lu en 2014”. Le classement est purement subjectif, et si je tentais de refaire l’exercice dans une semaine je ne serais probablement pas d’accord avec moi-même sur l’ordre obtenu, ou sur les livres sélectionnés.

The_Martian_2014
The Martian (Andy Weir)

  1. The Martian (Andy Weir, 2011)
    • En bref : des astronautes sont en mission sur Mars. Une tempête les force à évacuer. Un homme reste derrière, laissé pour mort par les autres. Seul sur la planète, il doit réussir à survivre, à communiquer à la Terre qu’il est bien vivant… et avec eux trouver une solution pour se sortir de là.
    • Les + / Les – : une passionnante variation sur le thème du “naufragé sur une île déserte”. Plein de suspense, drôle, même relativement scientifiquement plausible. Ce n’est pas un livre qui va révolutionner la littérature, il n’y a pas de hautes considérations philosophiques, mais c’est un livre qu’on ne repose pas une fois qu’on l’a ouvert.
    • L’auteur : The Martian est le premier roman d’Andy Weir. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est un début réussi. Publié d’abord gratuitement sur son site, puis en format Kindle, puis finalement sur papier, c’est maintenant un best-seller bientôt adapté au cinéma par Ridley Scott, avec Matt Damon dans le rôle principal.
  2. The Guns of August: The Outbreak of World War I (Barbara W. Tuchman, 1962)
    • En bref : essai historique retraçant les quelques mois qui ont précédé la première guerre mondiale, ainsi que les premiers mois de celle-ci, jusqu’à ce qu’elle s’enlise dans une guerre de position qui durera pendant quatre ans.
    • Les + / Les – : ce n’est pas de la fiction, mais ça se lit comme un roman. On suit les tractations diplomatiques, le jeu des alliances, les erreurs stratégiques et politiques, qui ont conduit les pays européens à la ruine, et qui ont fait chuter les empires… On suit aussi les premiers moments de la guerre, quand tout le monde est persuadé que la victoire est proche, quand tous les généraux voient leurs grandes stratégies s’effondrer face aux nouvelles réalités de la guerre dans ce monde moderne. On dit du bien des belges, aussi.
    • L’auteur : Barbara Tuchman, historienne. Elle écrit “The Guns of August” en 1962, et enchaînera avec d’autres essais aux sujets tout aussi guerriers. Elle est décédée en 1989.
  3. Jesus Land: A Memoir (Julia Scheeres, 2005)
    • En bref : auto-biographie de Julia Scheeres qui, adolescente, a été envoyée par ses parents ultra-religieux dans une école de redressement en République Dominicaine avec son frère adoptif, David.
    • Les + / Les – : ce livre met en avant avec une brutale honnêteté la réalité des “écoles de redressement chrétiennes”, dans lesquelles les parents peuvent envoyer leurs enfants “turbulents” pour leur apprendre la discipline et les ramener dans le droit chemin. Spoiler : ça ne marche pas des masses, et ce n’est pas extrêmement bénéfique pour les enfants en question. C’est parfois rude à lire, et ce n’est pas le livre pour se mettre de bonne humeur le matin.
    • L’auteur : Jesus Land est son premier livre. Elle a depuis écrit un essai sur le camp de Jonestown, un village/secte en Guyane dont le chef, Jim Jones, a massacré tous les résidents.
  4. The Ocean at the End of the Lane (Neil Gaiman, 2013)
    • En bref : un conte fantastique dans lequel un homme, de passage dans son village natal, redécouvre son passé et replonge dans des évènements surnaturels.
    • Les + / Les – : on se laisse facilement emporter dans cette histoire bien ficelée, aux personnages parfois un peu trop caricaturaux (mais on dira que c’est fait exprès). Adeptes du réalisme s’abstenir…
    • L’auteur : Neil Gaiman est un auteur à succès de romans, nouvelles et comics, toujours dans le domaine du fantastique et/ou de l’horreur.
  5. Edge of Eternity (Ken Follett, 2014)
    • En bref : troisième volet de la trilogie “Siècle”, Edge of Eternity retrace, à travers la vie de quelques familles, les grands événements en Europe, en Russie et en Amérique depuis la construction jusqu’à la chute du Mur de Berlin.
    • Les + / Les – : du pur Ken Follett. L’intrigue est bien construite, l’action tient bien la route, c’est historiquement bien recherché, et on ne ressent pas du tout la longueur du bouquin. Mais comme souvent avec lui, c’est fort prévisible (et pas seulement parce que c’est historique) et les personnages sont souvent fort caricaturaux.
    • L’auteur : Ken Follet est vaguement connu, parait-il. D’abord par ses romans d’espionnage, puis par “Les Piliers de la terre” et sa suite “Un monde sans fin”.
  6. Les Bienveillantes (Jonathan Littell, 2006)
    • En bref : mémoires fictives d’un officier SS durant la seconde guerre mondiale.
    • Les + / Les – : comment en arrive-t-on à devenir un officier SS, et à participer à l’élimination massive de populations civiles ? Par quel processus mental arrive-t-on à rationaliser sa participation à la Shoah ? Le narrateur n’est pas un nazi convaincu, mais il se retrouve progressivement à coordonner des actions de meurtre de masse. Le livre est dérangeant. On est tiraillé entre la tendance naturelle à essayer de s’identifier au narrateur, et la répulsion face à ses actions et ses cheminements mentaux. Le roman de Jonathan Littell propose un voyage peu ragoûtant à travers la vie d’un SS. Parfois on est plongé dans le livre. Parfois on a envie de le jeter à la poubelle. On ne reste en tout cas pas indifférent.
    • L’auteur : Prix Goncourt 2006 avec Les Bienveillantes, Littell a d’abord écrit un roman de science-fiction en anglais (Bad Voltage) avant de passer à la langue de Voltaire, avec nettement plus de succès.
  7. The Road (Cormac McCarthy, 2006)
    • En bref : un homme et son fils marchent sur une route dans un monde post-apocalyptique, à la recherche d’un endroit sûr. Ils doivent survivre, et tenter de garder leur humanité, dans un monde où le chacun pour soi est devenu la norme, où le vol, la violence, le cannibalisme sont devenus la loi.
    • Les + / Les – : le roman laisse de côté toutes les questions sur comment et pourquoi on en est arrivé là, sur ce qui a ravagé le monde, et reste toujours centré uniquement sur les deux personnages principaux. On suit leur combat, pour rester eux-mêmes et pour survivre. C’est difficile de ne pas accrocher. On reste tout le temps dans le flou de l’action : un choix qui nous rend plus proche des personnages, mais qui laisse parfois un peu sur sa faim si on aime bien avoir de temps en temps une vision plus large de ce qu’il se passe.
    • L’auteur : Cormac McCarthy est un écrivain et scénariste américain, qui collectionne les récompenses diverses, et a déjà pu adapter pas mal de ses oeuvres au cinéma, notamment The Road (par John Hillcoat avec Viggo Mortensen) et No Country for Old Men (par les frères Coen avec Tommy Lee Jones, Josh Brolin et Javier Bardem).
  8. Une journée d’Ivan Denissovitch (Alexandre Soljénitsyne, 1962)
    • En bref : le titre est assez juste. Il s’agit bien d’une journée d’Ivan Denissovitch. Plus particulièrement, une journée passée dans un Goulag.
    • Les + / Les – : ce livre a eu une portée historique non négligeable, en révélant au monde la réalité déprimante des Goulags de Staline. Une tranche de vie assez particulière, et une fenêtre intéressante sur le passé.
    • L’auteur : Soljénitsyne a lui-même connu le Goulag, pour avoir critiqué Staline (qui semble-t-il n’aimait pas beaucoup ça) juste après la seconde guerre mondiale. Depuis, il a écrit, sur son expérience et sur la vie en Russie soviétique. Il obtient le Prix Nobel de littérature en 1970.
  9. Dora Bruder (Patrick Modiano, 1997)
    • En bref : Patrick Modiano part à la recherche de Dora Bruder, juive disparue en 1941. À partir d’un avis de recherche dans un vieux journal, il tente de retracer ce qu’a pu être la vie et l’expérience de Dora Bruder sous l’occupation, à travers les quelques traces écrites jusqu’à sa déportation à Auschwitz en 1942.
    • Les + / Les – : un exercice intéressant d’enquête à plus de cinquante ans d’écarts. Les parallèles avec la jeunesse de l’auteur rendent l’histoire plus personnelle, mais sont parfois un peu distrayants.
    • L’auteur : Patrick Modiano a obtenu le Prix Nobel de littérature en 2014. Il parle surtout de l’Occupation et de la mémoire.
  10. No Country for Old Men (Cormac McCarthy, 2005)
    • En bref : à la frontière USA-Mexique, où les cartels de drogue créent un climat de violence, un Sheriff enquête sur un deal qui a tourné au drame. Autour de ça, un vétéran du Vietnam et un tueur à gage sont engagés dans une poursuite sans relâche autour d’une valise remplie d’argent.
    • Les + / Les – : la narration est parfois un peu confuse, mais on ne s’ennuie pas, et le trio de personnage offre une traque passionnante dans un décor tout à fait adapté à une traque passionnante.
    • L’auteur : toujours Cormac McCarthy. Il n’a pas changé depuis toute à l’heure.

Cher M. Vervoort

Cher M. Vervoort,

En comparant la politique de retrait de nationalité proposée par la majorité gouvernementale avec la politique des nazis, vous avez commis une faute. Vous avez commis une faute vis-à-vis des membres de ce gouvernement (en tout cas de ceux qui n’aiment pas être associés à des nazis), et vous avez à juste titre retiré vos propos.

Vous n’auriez jamais du tenir ces paroles. Retirer la nationalité belge aux djihadistes n’est pas une mesure fasciste. Et les parallèles avec le régime nazi n’ouvrent jamais le débat, comme vous déclarez avoir voulu faire. Il n’y a au contraire pas de moyen plus rapide de clore un débat : soit le parallèle est justifié, et il n’y a pas de débat à avoir (les nazis ne sont pas connus pour être les gens les plus ouverts d’esprit et les plus réceptifs aux idées contraires), soit il n’est pas justifié et il ne peut que causer une indignation logique.

Ce n’est pas une mesure fasciste ou nazie, c’est une mesure bête.

C’est une mesure bête, populiste, et contre-productive. C’est une mesure qui divise au lieu de rassembler, c’est une mesure qui proclame que, aux yeux du gouvernement, aux yeux de l’Etat, certains citoyens sont plus citoyens que les autres.

C’est une mesure qui joue sur l’idée, toujours dangereuse, qu’être belge est une vertu et un privilège, que devenir Belge se mérite si on s’appelle Mohammed et que nos parents sont immigrés, mais que c’est un acquis si on est un “vrai” Belge, bien pâlot comme il faut. C’est une mesure qui fragilise l’unité de notre pays, pour marquer quelques points politiques.

C’est avant tout une mesure qui n’aidera pas à lutter contre la radicalisation et le djihadisme. Au lieu de miser sur l’intégration et l’éducation, au lieu de donner aux jeunes radicalisés des raisons de croire que le système belge est plus démocratique, plus juste, plus tolérant, on leur montre une Belgique qui pratique l’exclusion.

M. Vervoort, vous deviez certainement des excuses aux membres du gouvernement et à ceux qui les soutiennent. Mais vous devez aussi des excuses à tous ceux qui trouvent ces mesures nauséabondes, et qui voient maintenant leurs arguments diminués, parce qu’une nouvelle fois la majorité pourra se présenter comme une pauvre victime assaillie par des critiques infondées, et pourra ignorer au passage les victimes toujours plus nombreuse de leurs actions politiques.

Bockstael et l’échec de l’éducation à la mixité

Le Vif titre : L’Athénée Émile Bockstael “judenfrei”. Fuyant un antisémitisme croissant, les étudiants juifs de l’école se sont progressivement enfuis vers les athénées juives. Et en tant qu’ancien étudiant de Bockstael, c’est quelque chose qui m’attriste, mais ne me surprend pas.

Petit retour en arrière dans le temps : en cinquième et sixième secondaire, je suis le cours de religion israélite. Nous sommes quelques uns à avoir fui les cours de morale (peu intéressant et mauvais pour la moyenne) et les cours de religion catholique (soporifiques et aux salles trop remplies) pour se réfugier là. On est six ou sept, dont sans doute trois ou quatre “vrais” juifs. De temps en temps, lors des cours de gymnastique où nous sommes rassemblés à plusieurs classe, ou encore au détour d’un couloir, j’entends des réflexions. “Ça sent le juif, ici, non ?

Ces rares incidents me passent un peu au-dessus de la tête et, avec mon aversion totale pour la confrontation, je ne réagis pas. Personne d’autre ne réagit, d’ailleurs. Les réflexions viennent quasiment toujours de la même personne, doubleur récidiviste connu dans l’école pour être un fouteur de merde. Ça m’amuse même un peu, après un certain temps, qu’il semble n’avoir toujours pas compris que je n’étais même pas juif.

Si la remarque ne me touche pas directement, elle me met quand même mal à l’aise. Parce qu’elle est chargée d’une haine réelle, que je ne comprends pas. Je n’ai sans doute pas échangé plus de trois mots avec lui dans toutes mes études. Je ne m’attarde pas à penser, à l’époque, que ça doit être plus difficile pour les “vrais” étudiants juifs. Si ils sont la cible de plus de remarques, je ne le vois pas. Mais je ne doute pas que ça devait être le cas. Et si j’avais du faire face à des remarques comme celle-là de manière répétée, venant de plusieurs personnes, au sein même de ma classe, sans être jamais défendu, je ne serais sans doute pas resté non plus.

aebL’Athénée Émile Bockstael, à Laeken (photo via DHNet)

Dix ans on passé et le processus est maintenant, d’après le Vif, terminé. Il n’y a plus d’étudiants juifs à Bockstael, et c’est un échec complet de notre système éducatif. Bien que ce soit certainement une extrême simplification d’un problème complexe, je ne peux pas m’empêcher d’y voir le résultat de l’absurdité totale de la vision ségrégationniste de l’enseignement “philosophique” tout au long de la scolarité.

Je cite le document “Les cours de morale et de religion – Des lieux d’éducation” du ministère de la communauté française. (via enseignement.be) :

“Le décret Missions (1997) de la Communauté française a assigné quatre objectifs généraux à l’école : développer la personne de chaque élève, rendre les jeunes aptes à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle, les préparer à être citoyens responsables dans une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures, assurer à tous les des chances égales d’émancipation sociale. Ce décret a ouvert une dimension essentielle : éduquer à la citoyenneté démocratique en termes de compétences. Les programmes des cours de morale et de religion relèvent ce défi et apportent ainsi une contribution spécifique à la poursuite de ces missions.”

L’absurdité de la démarche me saute aux yeux. Séparer les élèves selon leur orientation religieuse (ou plutôt, selon l’orientation religieuse de leurs parents) pour leur apprendre à s’ouvrir aux autres ? Et si on ouvrait la porte pour aller le voir, l’autre, dans la classe d’à côté, celui qui est supposé aussi apprendre l’ouverture ? On “apprend” pas le pluralisme, on le vit. Voir le pluralisme chacun de son côté par la théorie est à peu près aussi utile que de lire un livre de cuisine pour rassasier sa faim.

On entend régulièrement parler de remplacer les cours de religion et de morale par des cours d’éducation civique. Vu le climat de méfiance et de tension inter-culturelles qui se développe pour l’instant en Belgique, en Europe et dans le monde, il est plus que temps de ne pas faire qu’en parler… Et, par pitié, ne faisons pas l’erreur de tomber dans le modèle français, en sortant totalement la religion de la sphère scolaire. Fermer les yeux et prétendre que les différences n’existe pas ne va aider à améliorer la situation.