Bruxelles : le désordre public

Tous les soirs, entre cent et deux cent personnes se rassemblent au Parc Maximilien autour d’une poignée de bénévoles en gilet fluo. Ils viennent du Soudan, d’Irak, d’Érythrée, d’Égypte, de Libye, de Syrie, d’Éthiopie ou d’ailleurs. Ils sont en Belgique depuis trois jours ou six mois. Ils cherchent à se poser quelque part, souvent en Angleterre, soit parce qu’ils ont entendu que ce serait plus facile, soit parce qu’ils y ont déjà de la famille ou des amis. Quelle que soit la situation dans leur pays d’origine, ils la jugent en tout cas suffisamment grave pour que, de leur point de vue, être à la rue à Bruxelles est préférable à retourner là-bas.

S’ils se rassemblent auprès des bénévoles, c’est parce que la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés leur offre ce que les pouvoirs publics leur refusent : de la nourriture (grâce au boulot fantastique de Belgium Kitchen), un suivi médical, des conseils juridiques (parce que bien souvent ils ne sont même pas au courant qu’ils peuvent demander l’asile en Belgique), et un toit pour la nuit.

Ce toit, ils l’ont grâce au réseau d’hébergeurs rassemblé par la Plateforme. Tous les soirs, une centaine de citoyens viennent se présenter au parc, et repartent avec une, deux, trois personnes, en voiture ou en bus. Tout se passe dans le calme : les bénévoles répartissent les petits groupes, font les présentations, restent jusqu’à une ou deux heures du matin parfois, déterminés à ne laisser personne dormir dehors. Souvent, ils y arrivent ; parfois, tous leurs efforts ne suffisent pas. Ceux qui doivent rester dehors sont déçus, évidemment, mais toujours compréhensifs.

Le travail de la Plateforme n’est pas seulement un exemple d’humanité, c’est aussi un travail d’ordre public. Grâce à eux, des gens qui seraient à la rue sont logés. Des gens qui n’auraient d’autre choix que la mendicité reçoivent nourriture et vêtements. Des gens qui seraient bloqués dans la clandestinité, parfois, retournent dans les procédures légales, correctement informés et conseillés. La Plateforme leur offre aussi l’opportunité d’apprendre l’Anglais, le Français ou le Néerlandais, et augmente leurs chances de pouvoir se revenir dans la légalité.

Hier soir, la police a choisi de perturber l’ordre public. En venant effectuer une rafle en pleine “heure de pointe” de la répartition des invités chez leurs hébergeurs, ils poussent ceux-ci à s’enfuir et à se méfier des lieux de rassemblement, ainsi que des autorités belges.

L’accueil belge – photo prise par un bénévole de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés le 15 octobre 2017

Les coupables de cette situation déplorable se retrouvent à tous les niveaux de pouvoir.

M. Close, responsable des actions de la police sur le territoire de sa commune.

M. Vervoort, qui pourrait mettre en place des structures d’aide et d’hébergement, mais préfère se retrancher derrière la “responsabilité du fédéral” (et le travail de la Plateforme).

M. Francken, probablement à l’origine de l’action d’hier soir, et certainement responsable des expulsions illégales vers le Soudan, et du manque d’accueil et d’information aux arrivants (il prétend que ce n’est pas le cas, mais au vu des infos qu’ils ont lorsqu’ils arrivent à la Plateforme, on a du leur donner les explications en néerlandais…).

M. Michel, qui porte au final la responsabilité des actions de son gouvernement.

Les rafles sont inhumaines et irresponsables. Ces migrant·e·s ont aujourd’hui largement montrés que, intégrés dans un réseau d’aide, ils n’étaient aucunement source de danger ou de désordre pour la société. Les nombreux accueillants peuvent en témoigner. Si, poussés dans la clandestinité, ils le deviennent, la faute en incombera aux pouvoirs publics. Hier soir, ils n’ont défendus ni les migrant·e·s, ni les citoyens belges.

En tout cas, pour tous ceux et celles qui désirent rejoindre le mouvement citoyen pour pallier aux manquements des pouvoirs communaux, régionaux et fédéraux, les moyens d’aider ne manquent pas. Que ce soit avec des dons (via par exemple l’initiative “Deux euros cinquante”), du travail bénévole auprès de la Plateforme, des propositions d’hébergement (ou de chauffeur de et vers les hébergeurs) ou en relayant les informations et en interpellant les politiciens.

Hier soir, l’État a confirmé qu’il n’était pas capable de remplir ses responsabilités. Quand l’État est démissionnaire, les citoyens prennent le relais. Ils se souviendront de quels élus les auront soutenus, et de quels élus auront tout fait pour les en empêcher.