Quand Le Soir veut défendre son statut de “journal sérieux”

“Depuis ce vendredi après-midi, la rédaction du Soir est au centre d’une polémique”, nous dit Le Soir dans un post Facebook.

Cette polémique, elle démarre avec ce message de Vinciane Jacquet, “correspondante au Caire du journal Le Soir” selon elle, “journaliste basée au Caire à laquelle nous faisons appel occasionnellement” selon Le Soir.

L’histoire racontée par Le Soir et celle de la journaliste sont quasiment identiques. Les deux confirment qu’une commande a été passée pour un article sur le crash de l’avion d’Egyptair. Les deux confirment que cet article devait parler de la “tristesse” à l’aéroport. Les deux confirment qu’il devait parler des “procédures de sécurité particulières” d’Egyptair. Là où les histoires divergent, c’est sur l’intention : Vinciane Jacquet estime que Le Soir voulait par cette commande un article sensationnaliste, alors que Le Soir insiste que non. “Seuls les faits comptent à nos yeux : nous vous invitons à les lire pour vous forger votre opinion”, nous disent-ils avant de montrer les trois pages du Soir dédiés au crash dans l’édition du 20 mai, où l’on voit s’étaler le titre : “Tout laisse à penser que c’était un attentat“, un titre pas du tout sensationnaliste étant donné que, si l’on en croit par ailleurs le très sérieux journal Le Soir, la “piste terroriste est sérieusement envisagée par l’Egypte et des experts”, mais la France indique que “nous n’avons aucune indication sur les causes”, et la disparition “n’a été revendiquée par aucun groupe djihadiste”. Autrement dit : on en sait rien pour l’instant.

Savoir qui des deux dit la vérité entre Le Soir et Vinciane Jacquet est impossible (et franchement je m’en fout un peu). Mais l’idée que “Le Soir” ne fait pas dans le sensationnalisme, et que “seuls les faits comptent à [leurs] yeux” est risible. Le Soir, et en particulier sa “rédaction en ligne”, a depuis longtemps laissé de côté ce genre de considération éthique.

Sur le site du Soir, on trouve cet article : “Il divorce quelques heures après son mariage à cause de l’addiction aux réseaux sociaux de sa femme“, qui a pour seule source “Gulf News”, un tabloid basé à Dubai connu notamment pour avoir un jour publié un article négationniste (“Aujourd’hui, le monde entier est témoin du fait que l’holocauste Nazie n’était qu’un mensonge, un chantage des Sionistes envers l’humanité“).

Ou encore cet article : “Les passagers d’un avion voyagent aux côtés… d’un cadavre“, dont le but n’est certainement pas d’être sensationnaliste et de pousser les gens à cliquer en voyant la photo d’un cadavre en chaise roulante et un titre qui n’indique en rien qu’il s’agit en fait d’un mannequin pour film d’horreurs (pour ça, il faut aller au bout de l’article).

À moins qu’ils ne préfèrent mettre en avant cet article : “Daniel Craig n’endossera plus le costume de James Bond“, dont la seule source est cette fois-ci le “Daily Mail”, tabloid anglais connu pour fabriquer ses informations et ses sources de toute pièce.

Bon, le Daily Mail est déjà une amélioration par rapport à la fois où ils ont relayés un article de “UFO Sightings Daily” dévoilant une “mystérieuse silhouette sur Mars”.

Messieurs et mesdames de la rédation du Soir : si vous voulez être pris au sérieux comme un journal basé sur les faits, commencez peut-être par revoir votre ligne éditoriale… Vos propres articles font bien plus de tort à votre réputation que la mini-polémique lancée par Vinciane Jacquet.

Black M, Verdun, commémoration de l’intolérance

Il y a encore quelques jours, je n’avais pas la moindre idée de qui était Black M. Qu’un de ses concerts soit annulé ne me fait donc ni chaud ni froid, et c’est vrai que lorsque j’ai au départ vu passer l’information dans la presse, je ne m’en suis pas particulièrement préoccupé. En y regardant de plus près, tout ça pue quand même un peu, et mérite que l’on s’y attarde un instant.

Cet article du Monde fournit un bon résumé de la situation. Black M, chanteur du groupe Sexion d’Assaut, a été choisit en Avril pour chanter lors d’un concert commémoratif à Verdun. Le 10 mai, Fdesouche (l’un des sites d’informations centraux de la fachosphère) dénonce ce choix, en tirant quelques exemples “anti-français”, homophobes (comme si ça les dérangeait…) et “pro-Dieudonné” (là ça les dérange vraiment : Dieudo est un concurrent direct dans le business de la “contre-information”) des chansons du groupe. Marine Le Pen s’est empressée de reprendre le cri d’alarme, accompagnée par le reste de l’extrême-droite française. Au lieu d’ignorer les aboyements des fachos, la mairie pourtant socialiste de Verdun annule le concert le 13 mai. Black M réagit sur Instagram, rappelant que son grand-père “a combattu lors de la guerre 39-45“. Il conclut : “Moi, Alpha Diallo, enfant de la République et fier de l’être, souhaite, par ce communiqué, faire barrière à ces propos haineux.

La première chose dérangeante dans tout ça, c’est que l’influence de l’extrême-droite sur la France soit telle qu’un simple article sur un torchon comme Fdesouche arrive à dicter des décisions à une mairie.

La seconde, c’est l’opportunité manquée que cela représente. Oui, Black M – et le rap en général – a parfois des paroles violentes, exprime une certaine colère. Cette violence et cette colère sont clairement partagées par une partie de la jeunesse française, en particulier chez des jeunes qui “feraient tâche” dans un rassemblement FN… Des jeunes qui devraient être la cible principale de ces actions de mémoire. Les vieux, 14-18 ils connaissent. Ils ont déjà eu des commémorations, adaptées à leurs sensibilités. Alors mettre de la musique “plus digne”, c’est bien joli, mais sensibiliser la jeunesse à coup d’orchestre philharmonique, ça va être compliqué.

Enfin, il y a le côté extrêmement hypocrite de voir le petit-fils d’un combattant français de la seconde guerre mondiale critiqué par des fils et petits-fils de pétainistes et de collabos parce qu’il n’est pas “assez français”, “assez patriote”.

C’est triste de voir la mairie de Verdun céder à la pression frontiste et identitaire. C’est triste de voir que, pour commémorer la première guerre mondiale, le message que l’on passera une nouvelle fois aux jeunes immigrés français, c’est qu’ils ne sont pas ici chez eux, qu’ils ne font pas vraiment partie du pays où ils sont nés, que leur musique est “violente”, que les chanteurs qu’ils écoutent ne sont pas “dignes” de représenter le peuple français.

La charte des migrants

theo-francken

C’est passé relativement inaperçu, entre Zaventem, les Panama Papers, et les vacances de Pâques, mais Theo Francken a sorti il y a quelques jours de son chapeau la “déclaration des primo-arrivants du gouvernement fédéral”.

Il s’agit de la “charte des migrants”, que les primo-arrivants devront signer sous peine de “voir leur titre de séjour refusé ou retiré“. Dans cette charte, les primo-arrivants déclarent s’engager à “veiller à ce que eux-mêmes et leurs enfants éventuels s’intègrent dans la société durant leur séjour en Belgique, et qu’ils y participent activement.”

La suite du document est étrange. Dans son ensemble, il se contente de dire : “en s’installant en Belgique, on accepte de se soumettre à la législation belge”, ce qui n’est pas vraiment controversé (et quelque chose me dit qu’ils devaient déjà signer, à un moment où un autre de la procédure, un document allant dans ce sens…). Ce qui est intéressant, c’est de voir quels points de cette législation belge méritent d’être mentionnés.

Par exemple, le “Titre II” de la constitution belge dénombre un certain nombre de “droits et libertés” fondamentaux :

  • (Art. 10) “L’égalité des femmes et des hommes est garantie.”
  • (Art. 11) “La loi et le décret garantissent notamment les droits et libertés des minorités idéologiques et philosophiques
  • (Art. 11bis) “La loi (…) garantit aux femmes et aux hommes l’égal exercice de leurs droits et libertés.”
  • (Art. 12) “La liberté individuelle est garantie. (…) Hors le cas de flagrant délit, nul ne peut être arrêté qu’en vertu de l’ordonnance motivée du juge, qui doit être signifiée au moment de l’arrestation, ou au plus tard dans les vingt-quatre heures.”
  • (Art. 15) “Le domicile est inviolable; aucune visite domiciliaire ne peut avoir lieu que dans les cas prévus par la loi et dans la forme qu’elle prescrit.”
  • (Art. 19) “La liberté des cultes, (…) ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sont garanties”
  • (Art. 22) “Chacun a droit au respect de sa vie privée et familiale”
  • (Art. 22bis) “Chaque enfant a droit au respect de son intégrité morale, physique, psychique et sexuelle.”
  • (Art. 23) “Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. (…) Ces droits comprennent notamment :”
    • “le droit au travail et au libre choix d’une activité professionnelle (…)”
    • “le droit à la sécurité sociale
    • “le droit à un logement décent
  • (Art. 24) “L’enseignement est libre. (…) Chacun a droit à l’enseignement dans le respect des libertés et droits fondamentaux”
  • (Art. 25) “La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie”
  • (Art. 26) “Les Belges ont le droit de s’assembler paisiblement et sans arme”
  • (Art. 27) “Les Belges ont le droit de s’associer; ce droit ne peut être soumis à aucune mesure préventive.”
  • (Art. 28) “Chacun a le droit d’adresser aux autorités publiques des pétitions signées par une ou plusieurs personnes.”
  • (Art. 29) “Le secret des lettres est inviolable.”
  • (Art. 30) “L’emploi des langues usitées en Belgique est facultatif; il ne peut être réglé que par la loi, et seulement pour les actes de l’autorité publique et pour les affaires judiciaires.”

Ça fait beaucoup, évidemment. Dans la déclaration des primo-arrivants, le texte est donc un peu résumé :

Dans ce pays, chacun jouit des libertés fondamentales telles que prévues dans la constitution. Ces libertés sont : la liberté d’opinion (…), la liberté d’association (…), la liberté de culte (…), la liberté de vivre son orientation sexuelle (…).

Bizarrement, le “domicile inviolable”, la “liberté individuelle” (dont le droit de ne pas se faire arrêter sans raison) et le fait que “l’emploi des langues usitées est facultatif” ne s’y retrouve pas. L’égalité homme-femme est reprise plus loin dans le document. Sans doute qu’ils n’ont juste pas trouvé de moyen de le formuler comme “la liberté de…”, et donc ont décidés d’en faire un point à part. La liberté de la presse n’est pas non plus reprise : sans doute que le gouvernement ne veut pas trop rappeler aux médias qu’ils ont le droit d’être critiques.

On retrouve ensuite, en vrac, la liberté pour “toute personne majeure de choisir librement une profession, un lieu de résidence, un partenaire”, les obligations parentales, le fait que “les garçons et les filles ne peuvent être contraints de se marier”, l’interdiction de “tout acte de violence envers son conjoint ou enfant”, la condamnation par la Belgique de “tout acte de terrorisme” et, bien sûr, puisqu’on est dans un document NV-A, le fait que “la connaissance de la langue de la région” (ce qui explique “l’oubli” de l’article 30 dans la petite présentation de la constitution…)

Tout cela sous-entend bien sûr que les migrants ont une fâcheuse tendance à être des gens violents et des terroristes qui abandonnent leurs enfants (sinon pourquoi le rappeler spécifiquement, puisque ça fait déjà partie de nos lois ?)

Et bien entendu, comment ce gouvernement pourrait-il laisser passer une belle occasion de tirer sur les “assistés” du pays ? Le dernier point est bien sûr que “dans ce pays, les citoyens et les familles doivent pourvoir eux-mêmes à leur propre subsistance.” Bienvenue en Belgique : ici, c’est chacun pour soi, et tout ce que vous avez entendu sur notre sécurité sociale (parce que c’est bien sûr juste pour ça que vous venez chez nous) ne s’applique pas à vous !

Le grand jeu de la récupération politique

Une tragédie nationale, ça veut dire quoi ? De la solidarité, des hommages, de l’émotion… mais surtout, une belle opportunité de récupération politique pas chère. C’est vrai, ce serait dommage de laisser passer plus de quelques heures avant de commencer à tenter de marquer des points.

En France, du côté des Républicains :

sarkoSarkozy, cherchant à faire oublier ses problèmes judiciaires

 

Parce que quand des terroristes bruxellois font des attentats à Bruxelles, c’est clairement un problème de frontières.

Évidemment, les socialistes français veulent aussi montrer qu’ils en ont dans le pantalon, en utilisant une belle rhétorique guerrière qui fait un petit peu penser aux discours de Bush en 2001.

Il faut dire que le ton avait été donné d’entrée de jeu. Les premiers mots de Charles Michel après les attentats : “Ce que nous redoutions, s’est réalisé“. On vous l’avait bien dit qu’il fallait continuer à mettre des militaires et des policiers partout !

Mischael Modrikamen via “Le Peuple” gagne sans doute le prix de la meilleure manière de marquer son respect pour les victimes :

À chaque fois qu’un évènement important se produit, une question essentielle est bien sûr : qu’en pense Laurent Louis ? C’est aussi une question rhétorique. La réponse est toujours : c’est la faute des juifs :

Comme vous le savez, je n’ai jamais caché que je pensais que les attentats qui ont été perpétrés aux Etats-Unis et en Europe depuis le 11 septembre 2001 étaient (…) en réalité perpétrés par nos gouvernements pour servir des intérêts politico-économiques avec en toile de fond la déstabilisation du monde arabe, le développement de l’islamophobie dans le monde, la concrétisation du projet du Grand Israël et in fine la mise en place d’un nouvel ordre mondial

De retour côté Français, le FN est presque aussi prévisible :

Bon, c’est pas grave que les terroristes n’ont, à nouveau, rien à voir avec les migrants. Ils ont tous des noms qui sonnent pareils, donc c’est tous les mêmes. CQFD.

La Belgique est fort touchée, mais heureusement elle peut compter sur un soutien de taille : Donald J. Trump !

Dis nous en plus, Donald, comment vas-tu arrêter cette folie ?

Ah, oui, bête question.

Et pour ceux qui s’entêtent à penser que, peut-être, ce serait plus productif de travailler sur l’éducation au vivre-ensemble…

Une logique imbattable.

Le vote français expliqué

Après les élections, le rôle des médias est de simplifier au maximum la situation, parce qu’on est trop bête pour comprendre quelque chose de plus compliqué que “le FN profite de la crise des migrants” ou “c’est un vote anti-Hollande” ou “c’est la faute des abstentionnistes“. Alors moi aussi je veux jouer : voici mon explication extrêmement simpliste et arbitraire du vote français ! Avec des dessins, parce que je suis pédagogue comme ça. Sauf que les dessins c’est des graphes, parce que je suis un sale geek.

Placer l’électorat sur un axe “Gauche-Droite”, c’est dépassé. Il faut rajouter une dimension, ça fait plus joli sur les dessins. Moi, j’ai rajouté un axe “J’men fout pas / J’men fout”.

votefrancais_axes

Après, il faut placer des gens sur ce graphe. En haut à gauche, il y a les communistes purs et durs, les convaincus, ceux qui chantent l’Internationale sous la douche. En haut à droite, les vrais fachos, qui se raseraient la moustache au carré si ils avaient passé la puberté. Entre les deux, on a les gros blocs : La Gauche, le Centre et la Droite, avec des gens plus ou moins convaincus / intéressés.

votefrancais_groupes

Le “status quo” des élections passées, c’est que globalement le bas du graphique ne vote pas (puisqu’ils s’en foutent). L’extrêment-gauche se répartit en douze factions différentes qui feraient un score raisonnable si ils arrivaient à se mettre ensemble deux minutes sans se taper dessus. Les fachos ne votent pas parce que la démocratie c’est pour les tapettes et les juifs. Le PS et l’UMP/Les Républicains se répartissent le reste, moins les trois derniers électeurs fidèles de François Bayrou.

votefrancais_normal

Qu’est-ce qui a changé en 2015 ? Marine Le Pen a-t-elle réussit à convaincre les français que le retour au moyen-âge est l’avenir de la France ? Mon explication :

  • Sarko pourchasse le vote du FN. Du coup, ses électeurs centristes sont dégoûtés, et ses électeurs racistes se disent que, quitte à ce que le discours et les thèmes de campagne soient les mêmes, autant directement voter pour l’original.
  • Le PS pourchasse les votes Républicains en jouant aux machos va-t-en-guerre, parce que Hollande en a marre qu’on le traite de mou du bide. Résultat : les électeurs de gauche ne veulent pas cautionner la guerre et la dérive ultra-sécuritaire et restent chez eux. Il ne gagne pas d’électeurs de droite, parce qu’il faut pas déconner, ils vont jamais voter PS.
  • Les communistes continuent à répartir leurs voix entre pleins de petits partis, parce qu’on ne peut pas compromettre ses opinions pour un objectif électoral.
  • Les centristes restent chez eux, parce que de toute façon tout le monde dit de la merde, et qu’ils vont quand même pas aller voter Bayrou.
  • Les fachos voient soudainement que le FN a une chance d’arriver au pouvoir. Du coup, ils se disent que la démocratie, c’est drôle en fait quand on gagne, et ils viennent voter. Malheureusement, ils ont quand même vaguement appris à lire parce que l’Éducation Nationale n’est pas si mauvaise que ça, et ils arrivent à trouver la case FN.

votefrancais_2015

Et paf, ça fait des fachos au pouvoir. Merci Sarko pour avoir rendu le discours FN acceptable, merci Hollande pour mettre la priorité sur la sécurité et l’armée, des thèmes toujours très gagnants pour la gauche, merci les abstentionnistes pour tout l’intérêt que vous portez à votre avenir… Ce n’est sans doute que lorsqu’on vous retirera le droit de vote, et la liberté d’expression, que vous vous rendrez compte que vivre dans une démocratie européenne, ce n’était pas si mal que ça.

Agir face à des terroristes selon La Libre

Quelle attitude adopter face à des terroristes ? C’est la question à laquelle La Libre tente de répondre via un “expert en sécurité”, Stany Ledieu.

À la lecture du premier conseil (“faire le mort”), je me suis posé quelques questions. N’avais-je pas lu il y a quelques jours que les services anglais de lutte anti-terrorisme conseillaient exactement le contraire ? Le deuxième point dit tout de même que fuir est une bonne option. Le troisième point est… nettement plus original :

Un homme pointe une arme sur vous. “Vous ne prenez pas de risque à dire “Allahou Akbar” [“Dieu est [le] plus grand” , en arabe.] C’est l’option de la dernière chance. Au Bataclan, les djihadistes ont épargné certaines personnes” , rappelle Stany Ledieu.

Apparemment, les djihadistes sont paralysés par le mot magique “Allahou Akbar”, et ne sont pas du tout suspect quand ça vient de la bouche d’un mec tout pâle qui boit des bières dans un concert de métal…

Bon, du coup, qui est ce fameux “expert en sécurité” ? Visiblement, il dirige une société de coaching / consultance en sécurité, SL Consultance. C’est plutôt bon signe. C’était aussi la tête de liste aux élections de 2014 de Vox Populi Belgica. Si vous ne connaissez pas, c’est normal, ils ont fait 0,1% des voix à Namur, soit 300 voix pour M. Ledieu.

Leur programme se trouve encore sur leur site web. On y trouve le bien-être animal, le développement durable… Jusque là, tout va bien… Et puis, “Belgica s’expurge de l’Islam”. Ah oui, quand même…

La politique de Vox Populi Belgica concernant l’islam tient en deux phases :
Phase 1 : Promotion active à l’apostasie des musulmans présents en Belgique
Phase 2 : déchéance de la nationalité belge des musulmans

Comment vont-ils faire ça ?

Durant 3 ans, avec amour et compassion, nous allons expliquer aux musulmans présents sur notre territoire que l’islam n’a plus sa place en Belgique. […] Au terme de cette période, tout qui affirme publiquement adhérer à l’idéologie islamique se verra immédiatement privé de la nationalité belge.”

Et sa continue comme ça sur des pages et des pages d’une diarrhée verbale, avec des beautés telles que :

L’ouvrage intitulé « Qawateh el adella » par Ibn abd el Gabbar el Samaany, volume 2 page 111, citation du passage : « Le coït avec le cadavre d’une femme ou avec une bête est halal. »

Je suis sûr que tous les musulmans vivent par les paroles de Ibn abd el Gabbar el Samaany…

Bref, loin de moi l’envie de critiquer la crédibilité des sources de La Libre Belgique… Mais quand même, peut-être que donner la parole à des islamophobes primaires, dans le contexte actuel, n’est pas la meilleure manière de diffuser des bons conseils aux citoyens.

Les réfugiés climatiques

Pendant que les européens se retranchent derrières leurs frontières et leurs barrières en espérant que, si ils se cachent les yeux et se bouchent les oreilles suffisamment fort, les migrants retourneront chez eux, les dirigeants mondiaux s’apprêtent à ne prendre aucune action contre le réchauffement climatique lors de la conférence “COP21” à Paris.

migration-climatiqueImage : IOM

Quel rapport entre les changements climatique et la crise humanitaire des migrants à laquelle l’Europe répond si mal ? Simplement ceci : si rien n’est fait pour stopper le réchauffement, la “crise” migratoire actuelle risque de sembler bien bénigne par rapport à ce qui nous attend dans les années à venir. Une étude de 2007 de l’ONG britannique “Christian Aid” estimait qu’il y aurait “1 milliard de migrants climatiques” d’ici 2050. Le chiffre n’est sans doute pas très précis ni très fiable (d’autres parlent plutôt de “seulement” 200 millions), mais le fond du raisonnement est assez évident : le réchauffement climatique amène à des déplacements de population par des causes directes (inondations, ouragans, sécheresses…) et indirectes (appauvrissement des ressources conduisant à plus de conflits).

Pour tous les politiciens et les trop nombreux citoyens européens qui désirent absolument endiguer le flux de migrants : redirigez vos efforts ! Plutôt que de construire des barrières et de recruter des douaniers, luttez pour le climat. Militez pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Investissez dans le développement durable. L’effet sera sans doute moins visible à court terme, mais vous obtiendrez de bien meilleurs résultats à long terme. Vous pourrez ainsi préserver la semble-t-il précieuse “identité chrétienne” de l’Europe. Et, accessoirement, vous aurez vraiment contribué à rendre le monde meilleur.

Droit de grève et récupération politique

Charles Michel et le MR veulent instaurer le “droit au travail”. Kris Peeters et le CD&V pensent qu’il faut moderniser le droit de grève, tandis que la N-VA veut proposer une loi donnant une personnalité juridique aux syndicats. Tout cela est certainement le fruit d’une juste colère face au malheureux décès d’une touriste danoise, et pas du tout une récupération politique cynique visant à fragiliser les syndicats…

Il est vrai que la législation autour du droit de grève est presque inexistante, et repose principalement sur la jurisprudence. Poser un cadre juridique plus clair est un objectif valable. Poser ce cadre maintenant, en vitesse, ressemble plutôt à une punition envers les syndicats. Le sujet est épineux, et mérite mieux que des mesures irréfléchies qui ne feraient que jeter de l’huile sur le feu.

Si des actes illégaux ont été commis durant le mouvement de grève, ils ont été commis par des individus. Faut-il juger ces individus ? Pourquoi pas. Rendre le syndicat en lui-même responsable juridiquement des actions de chacun des grévistes, par contre, rendrait tout simplement impossible la tenue de grèves dans le futur. Aucun syndicat ne pourra jamais garantir l’absence de débordements lors de leurs actions.

La majorité gouvernementale semble vouloir réduire la grève à un acte de protestation symbolique, qu’ils pourront ignorer comme ils ignorent les manifestations de masse. Une grève, pour eux, ne devrait pas avoir d’impact sur le citoyen. Les trains devraient continuer à rouler, chacun devrait pouvoir joindre son lieu de travail, le trafic ne devrait pas être perturbé, les patrons et actionnaires ne devraient pas voir leurs revenus diminuer. Le droit de grève, oui, à condition que cette grève soit invisible.

Ce mépris du gouvernement envers les syndicats et, de manière générale, envers les citoyens qui protestent contre leurs mesures, est inquiétant. Bien sûr, ce gouvernement a été démocratiquement élu. Cela n’a jamais constitué, en Belgique, un passe-droit pour faire tout ce qu’il veut. La concertation sociale fait partie du jeu démocratique. Lorsque celle-ci n’a pas lieu ou est complètement ignorée, le droit de grève fait alors aussi partie du jeu démocratique. S’attaquer à ce droit est un jeu dangereux. C’est un signal de plus que le gouvernement n’est pas prêt à entendre les syndicats. Ce qui ne peut qu’entraîner des grèves supplémentaires, avec les débordements probables et inévitables que cela implique.

Réfugiés : une crise ou une opportunité ?

Qu’allons nous faire de tous ces migrants qui ont l’audace de venir s’échouer, vivants ou morts, sur nos côtes ? À lire les journaux européens, c’est la seule réelle conséquence de la guerre qui fait rage en Syrie, en Iraq ou en Afghanistan. Sans doute que le Daesh distribue des prospectus vantant la sécurité sociale belge, et expliquant aux chômeurs de “tous ces pays là” que si ils viennent chez nous, ils n’auront qu’à voter socialiste pour vivre comme des princes saoudiens.

Tout ce qui nous intéresse, nous autres, pauvres européens envahis, c’est de savoir quelle va être la facture. On ne peut pas à la fois s’occuper des grecs ou de nos sans abris, et des réfugiés étrangers. Bon, d’accord, on ne s’occuper pas vraiment des grecs, et à peine de nos sans abris, mais on en parle régulièrement, donc ça compte.

Donc : combien ça va nous coûter ? La bonne nouvelle, c’est qu’on a le choix ! La mauvaise, c’est qu’on va probablement faire le mauvais.

protection-migrantsPhoto AFP via RTBF.be

Le choix, il est simple. Soit on laisse les réfugiés dans la misère et l’illégalité, et on leur fait rejoindre le rang des “assistés”, comme on dit. On considère que, comme ils sont sales et fatigués et basanés, ils ne peuvent certainement pas amener grand chose de productif à notre belle société blanche et chrétienne. On paye pour leur assurer une subsistance dérisoire, et on se plaint ensuite que ce sont des voleurs et des fainéants.

Soit on leur donne une chance. On leur fait profiter sans condition de toutes les aides, déjà bien trop maigres, auxquelles les belges, les vrais, ont droit. On leur laisse la chance de trouver un logement, de reconstruire leur famille, et de pouvoir chercher à s’intégrer dans la société sans avoir en permanence la crainte d’être renvoyé “là-bas”. Parce que, comme le dit Théo Francken, “L’immigration est positive et elle doit être un atout. Nous sommes au centre de l’Union européenne et un pays sans immigration est désastreux” (en passant sur la suite de la citation, celle qui parle “d’intégration forcée”…)

Avec ce (relativement modeste) afflux de migrants, l’Europe est face à une énorme opportunité. Celle de, pour une fois, ne pas complètement foirer l’accueil d’une population immigrée. De ne pas encore créer une classe défavorisée, où on laissera mûrir la rancoeur vis-à-vis d’un système inégal. Celle de réaliser que, sans immigration, l’Europe est condamnée à n’être plus qu’une région vieillissante, refermée sur elle-même, avec un passé peu glorieux et un avenir inexistant.

Le soi-disant assaut des migrants

Pour une fois, au lieu de dire du mal du Soir, je vais dire du mal de RTL, et son reportage du 20 août : “D’où viennent les réfugiés et que coûtent-ils à la Belgique? Le point en direct

En particulier, je voudrais m’arrêter sur cette magnifique image :

migrants-rtl

Le reportage vient juste après un “témoignage de migrants”, dans lequel on laisse brièvement la parole à deux réfugiés Syriens, avant d’enchaîner sur : “Voyons maintenant concrètement en chiffre qui sont ses migrants”. Quels chiffres va-t-on nous montrer ? Ceux qui ceux qui montrent que le flux de migrants touche principalement les pays limitrophes des zones de combat, et que notre contribution à l’effort humanitaire est actuellement relativement dérisoire ? Qu’on trouve en tête des pays qui reçoivent cet afflux migratoire le Pakistan, le Liban, l’Iran et la Turquie ?

Non, bien sûr. Ce qu’on voit, c’est le fameux “assaut de migrants”. La Syrie, l’Iraq, l’Iran et l’Afghanistan envahissent la pauvre petite Belgique qui n’a rien demandé à personne. Ces connaissent des “difficultés soit avec le terrorisme, soit avec les populations”, nous explique Frédéric Delfosse, qui mérite là le prix de l’euphémisme. Plus de 220.000 morts en Syrie depuis 2011, c’est vrai que c’est une “difficulté”. Voir sa famille massacrée, son village détruit, sa ville bombardée, c’est vrai, ce n’est pas toujours facile, les pauvre.

Évidemment c’est difficile pour nous aussi. On est obligé de les prendre en charge. Pauvre de nous. Et ça nous coûte 35 euros par jour et par réfugié ! C’est “deux fois moins qu’aux Pays-Bas”, nous précise-t-on. “Notre pays ne s’en sort pas trop mal.” C’est vrai, ce serait quand même une catastrophe si on dépensait plus. On s’en sort pas trop mal : ils n’auront vraiment que le minimum nécessaire à la survie.

Merci donc, RTL, de montrer les faits de façon totalement impartiale. De ne pas transformer un conflit dramatique qui ravage toute une région du monde en un problème logistique pour la Belgique. De ne pas réduire les vies chamboulées des dizaines de milliers de personnes qui arrivent finalement à notre porte au terme d’un périple pour nous inimaginable à quelques chiffres sortis de leurs contextes.

Ces trente-cinq euros par jour ne sont pas un coût, mais un investissement. Nous devons investir dans un monde ouvert, où les personnes, les idées et les biens peuvent circuler librement. Une Europe refermée sur elle-même n’a pas d’avenir.