Les réfugiés balayés sous le tapis

Theo Francken a décidé de célébrer la rentrée par un grand nettoyage de printemps, avec l’aide des polices de Bruxelles-Capitale/Ixelles au Parc Maximilien et de Bruxelles-Nord (Schaerbeek/Evere/Saint-Josse) à la Gare du Nord.

Il y a beaucoup à dire sur le côté inhumain de ces opérations de police. Sur le fait qu’on doit célébrer lorsque la police permet aux réfugiés de récupérer leurs sacs de couchages et biens personnels au lieu de les jeter à la décharge. Sur l’absurde et inquiétante coopération avec le régime soudanais pour en “rapatrier ses ressortissants”, qui fuient un régime dictatorial coupable de crimes contre l’humanité. Sur l’incapacité des autorités de travailler avec les associations de terrain. Sur les parallèles entre les discours politiques actuels et une certaine session ordinaire de la Chambre des Représentants du 22 novembre 1938 dont un extrait circule largement pour l’instant sur les réseaux sociaux (le PDF complet est disponible sur le site de la Chambre, pour ceux qui veulent lire l’intervention complète de Mme Blume-Grégoire qui offre une vision assez impressionnante de ce qu’on savait déjà, en 1938 (le passage partagé se trouve à la dernière page, le premier orateur est M. Pholien, ministre de la Justice).

Il y a beaucoup à dire, et beaucoup le disent, et peu de gens écoutent. Les avis sont déjà depuis longtemps tranchés : bobo-gauchiste-bienpensant ou facho-raciste-néonazi, chacun a choisi son camp et creusé sa tranchée. (Je suppose qu’il doit y avoir un troisième camp de “je m’en fous et arrêtez de causer des réfugiés tout le temps”, mais forcément on les entend moins)

Au lieu de redire tout ça, je voudrais revenir un instant sur la logique du “nettoyage”. L’objectif principal de M. Francken et du gouvernement fédéral semble être de renvoyer chez eux les “illégaux” et de ne pas créer un “appel d’air” qui amènerait un afflux de réfugiés qu’on serait incapable de gérer. L’objectif, plus local et immédiat, des bourgmestres de Schaerbeek et de Bruxelles-Ville semble être d’enfin se débarrasser de ces douloureuses épines dans le pied que sont les campements “temporaires” du Parc Maximilien et de la Gare du Nord, qui font taches dans la commune et qui sont sources de désagréments pour les riverains forcés de regarder toute cette misère humaine.

Mais si Theo Francken imagine sans doute son nettoyage comme un grand coup de Karcher qui projette les “problèmes” au loin dans leurs pays d’origine, la réalité est plus proche d’un petit coup de balai pour les cacher sous le tapis. Bien sûr, ces opérations de police conduisent à quelques arrestations et quelques expulsions. Mais, surtout, en visant les campements officieux, les zones où les réfugiés se placent si pas dans le cadre de la loi, au moins dans le cadre organisé par les associations d’aide, un cadre où ils sont visibles, où l’on peut leur parler et travailler avec eux sur les différentes options qui s’offrent à eux, on ne fait que les pousser vers la clandestinité. On prend des réfugiés (de fait, si pas selon la loi), et on les transforme réellement en “illégaux”.

Le résultat de ce type de mesure, on peut directement l’observer en regardant le traitement de l’immigration illégale aux États-Unis. Lorsque la police cible spécifiquement les immigrés illégaux, la criminalité augmente. Le processus est assez simple : pour lutter efficacement contre la minorité de criminels dans une communauté, quelle qu’elle soit, il faut que la majorité non-criminelle puisse avoir une relation de confiance avec la police. Sans cette relation de confiance, la criminalité au sein de la communauté est libre de se développer (puisque les victimes n’osent pas se tourner vers la police). C’est mauvais pour la communauté en question (on voit notamment aux États-Unis que les cas de violence conjugale ont tendance à ne plus être signalés par peur de la déportation), et c’est mauvais pour la population en générale (les criminels vont aussi viser des “bons citoyens”, et la police aura plus de mal à les retrouver s’ils sont enfouis dans une communauté clandestine). Par contre, lorsque ces mesures anti-immigrés sont moindres, les immigrés illégaux ont tendance à commettre moins de crimes que la population en général (puisque le risque est pour eux beaucoup plus grand : la déportation et/ou la prison pour un crime qui ne vaudrait peut-être qu’une amende ou une peine avec sursis pour un citoyen légal).

Autrement dit, pour revenir à la Belgique : lorsque seuls les “vrais” criminels sont dans la clandestinité, c’est plus facile de faire le tri (et de protéger la population) que lorsque tous les réfugiés y sont.

Autrement autrement dit : la politique des rafles et du nettoyage est non seulement inhumaine, mais aussi inefficace tant pour aider et protéger les illégaux que pour aider et protéger les légaux.

Du coup, on pourrait peut-être arrêter et tenter autre chose ?

OneCoin : suite (et sans doute bientôt fin)

Mise à jour 5 novembre 2017 : il semble que Ruja Ignatova ait été arrêtée à Munich.

En avril dernier, j’ai écris un article sur l’arnaque OneCoin, une fausse “crypto-monnaie” à laquelle, de façon tout à fait improbable, l’ex-député Laurent Louis s’est retrouvé lié. Cet article est sans doute le plus lu de ce blog, et tous les jours quelques personnes tombent dessus en cherchant sur Google des informations sur OneCoin. J’espère avoir pu dissuader l’une ou l’autre d’entre elles de tomber dans le panneau.

Si je reparle de OneCoin, c’est parce qu’ils semblent entrer dans la phase finale de leur arnaque, et redoublent donc pour l’instant leurs efforts de promotion dans l’espoir d’attraper quelques derniers pigeons. Et il faut leur reconnaître quelque chose : en tant qu’arnaqueurs, ils sont assez forts.

Leur grande annonce, faite sur YouTube par leur “guru” Ruja Ignatova, et diffusée sur des sites de marketing de réseau et sur les réseaux sociaux : OneCoin va être cotée en bourse au second trimestre 2018, et une boutique en ligne va ouvrir très bientôt où l’on pourra dépenser ses OneCoins pour de vrais chez des vendeurs, prouvant ainsi aux vils détracteurs qui osent l’appeler une “fausse crypto-monnaie” (oups) qu’ils ne sont que des jaloux.

Tout à la fin de la vidéo, après que Mme Ingnatova nous ait dit au revoir, un message annonce par ailleurs ceci :

Ce message bien lourd en jargon, comme la plupart des communications OneCoin, est la clé pour comprendre l’arnaque qui est en train de se dérouler. Tout le bazar est assez bien expliqué dans cet article sur le site behindmlm.com, mais voilà l’idée en gros :

OneCoin a un problème. Comme la monnaie n’existe pas (on peut l’assimiler à juste des points sur leur site web), sa valeur est donnée de façon purement arbitraire par la société OneLife qui gère le truc. OneLife ne gagne des sous que si les gens continuent à acheter des points, et ils en perdent si les gens échangent leurs points contre de l’argent réel. Pour pousser les gens à garder leurs points, OneLife en augmente régulièrement la valeur, comptant sur le fait que c’est difficile de quitter tant qu’on est sur la “pente ascendante”.

La valeur a atteint un point où elle devient dangereusement haute pour OneLife : si trop de gens décident de “retirer leur mise” d’un coup, ça va leur coûter des sous. Le seul endroit où il est possible d’échanger ses points contre de l’argent est le site xcoinx.com.

Solution, donc : fermer ce site d’échange. C’est fait : il est maintenant “en maintenance”. Plus personne, pour l’instant, ne peut donc échanger ses OneCoins (c’est à dire ses points sans valeurs) contre des euros ou des dollars. Évidemment, juste faire ça ce serait suspect. Arrive donc la phase 2 : l’IPO.

L’Initial Public Offer, c’est la mise en bourse d’actions pour la société. Mettre la société en bourse n’est pas vraiment quelque chose qu’une société pas-très-légale comme OneLife peut vraiment faire. Ils donnent donc une date éloignée (fin 2018).

Le coup de génie : proposer aux gens qui “possèdent” des OneCoins de les échanger contre des OFC : des certificats qui leur donneront droit à des actions quand la société sera en bourse. Autrement dit : échanger des points sans valeurs contre d’autres points sans valeur, en donnant l’impression qu’il s’agit d’un pas en avant vers un futur pactole. En réalité, avoir ces certificats au lieu des OneCoin ne sert absolument à rien… si ce n’est que c’est autant de OneCoin qui ne pourront pas être dépensés dans le “nouveau site d’e-commerce”.

C’est la deuxième partie de l’annonce, celle qui est supposée vraiment légitimer le tout : enfin, le OneCoin pourra être utilisé pour acheter des vraies choses ! Ils ont déjà, disent-ils, des milliers de vendeurs prêts à l’accepter sur cette boutique en ligne qui va “rivaliser Groupon” : DealShaker. Les deals seront payés dans une combinaison de OneCoin et… d’euros. Et OneCoin prend en commission 50% de la valeur en euros (bizarrement, ils ne prennent rien sur la valeur en OneCoin). Vu que les vendeurs n’ont pas d’autre choix pour utiliser les OneCoin ainsi reçus que de les réinjecter dans ce réseau fermé, le résultat est assez exceptionnel (pour OneLife) : si ce système est un jour activé, les propriétaires de OneCoin vont juste pouvoir s’acheter des trucs entre eux, en versant à chaque fois une commission à OneLife. Et pendant qu’ils font ça, ils ne se plaignent pas de ne pas pouvoir les échanger contre des euros.

Évidemment, c’est aussi sans doute le début de la fin. Ils trouveront certainement une excellente raison pour retarder l’IPO, mais ils finiront par devoir faire ce que toutes les arnaques du même genre finissent par faire : prendre l’argent, fermer tout, et se barrer en courant. En laissant derrière eux des pauvres gens ruinés, et des riches gens prêt à découvrir que “gagner de l’argent sans devoir payer de taxe via du marketing de réseau” n’est pas vraiment un concept très bien reconnu par la justice.

2016: la DH continue à publier sa Babe du jour

Durant tout le vingtième, et le début du vingt-et-unième siècle, notre société a réalisé des progrès considérables en matière d’égalité des sexes. Nous sommes bien loin du tableau de la femme soumise, un peu cruche, entièrement dépendante de son mari, à peine capable de faire la cuisine et le ménage (et rien d’autre) qu’on peut retrouver dans les anciennes publicités sexistes qu’on trouve à la pelle sur Internet.

Nous sommes aussi très loin d’avoir atteint le point où l’on peut dire que le sexisme, c’est du passé. Entre le harcèlement de rue, les salaires à deux vitesses ou les stéréotypes de genre qui tendent à éloigner les femmes des positions de pouvoir, le moins qu’on puisse dire est qu’il y a du chemin à faire. Beaucoup de ces problèmes sont complexes, et nécessitent un changement de mentalité qui ne se fera pas en un an, ou en dix. Certains de ces problèmes, cependant, devraient être plus simples. Par exemple : l’hyper-sexualisation du corps féminin dans les médias. La femme réduite à une paire de seins et/ou de fesses. En ces jours de Jeux Olympiques, il suffit de regarder la façon dont les caméras suivent, par exemple, le beach-volley féminin, par rapport à leurs homologues masculins.

Pour les journaux, éviter de tomber dans ce piège ne devrait pas être tellement compliqué. Se retenir d’utiliser des images de filles en bikini pour illustrer un article sur un traitement contre le cancer, par exemple, même si ça rapporte des clics et des likes sur Facebook.

Mais c’est peut-être trop demander. Alors, faisons plus simple encore. Jetons un oeil à la DH. Serait-ce trop demander, en 2016, de ne plus avoir, au beau milieu de la page d’accueil de leur site web, un encart intitulé “Babe du jour” ?

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Tous les jours, la DH nous met ainsi à l’honneur une sélection de photos plus ou moins dévêtues que leur comité de rédaction a sûrement du passer consciencieusement en revue pour s’assurer qu’elles répondent toutes aux critères de qualité d’un si grand journal…

Comme dans tout journal “on-line”, c’est bien entendu dans la section des commentaires que l’on retrouve les plus belles perles.

dh-babe-comment-1dh-babe-comment-2dh-babe-comment-3Visiblement, le choix éditorial ne fait pas toujours l’unanimité.

Ces commentaires illustrent bien une chose : ce type de contenu, en particulier dans un journal “traditionnel” qui touche un large public, contribue à passer un message que son public semble bien entendre. La femme est là pour montrer son corps aux hommes, et gare à elle s’il n’est pas séduisant.

Gagnez de l’argent avec Laurent Louis et OneCoin !

(Mise à jour 20/01/2017): OneCoin semble être entré dans la “phase finale” de son arnaque. Lire la suite ici.

(Mise à jour 11/05/2016). Pas mal de gens semblent arriver sur cette page en cherchant des informations sur le OneCoin. Pour vous éviter de devoir lire tout l’historique sur Laurent Louis, et les moqueries sur sa vidéo, voici un petit résumé des points clés :

  • OneCoin n’est pas une crypto-monnaie. OneCoin n’existe pas. Il n’y a aucun moyen, à l’heure actuelle, de payer quoi que ce soit en OneCoin, ou d’échanger des OneCoin contre de l’argent. La valeur annoncée (et ses fluctuations) par les créateurs de OneCoin est entièrement arbitraire.
  • L’entièreté des gains réels de OneCoin provient de l’aspect “marketing de réseau”. Le seul moyen de récupérer du cash, c’est en touchant les “commissions” en recrutant des nouveaux membres.
  • Le système de commissions repose presque exclusivement sur un schéma pyramidal. Il y a quelques subtilités par-ci par-là, mais l’ensemble de l’argent gagné provient de l’argent investi par les personnes que l’on “parraine” (autrement dit : ceux en-dessous de soi sur la pyramide). Lorsque vous rejoignez OneCoin, vous achetez un “pack”, par exemple de 500 euros. Ces 500 euros vont aller en partie dans le compte de ceux au-dessus de vous dans la pyramide, et en partie dans des “OneCoin”, c’est à dire dans la poche des créateurs de OneCoin.
  • Les gains annoncés ne sont pas les gains “cash” réels. Une partie des gains sont reçus en OneCoin (qui n’existent pas). Une partie sont ajoutées à un “compte cash”, dans lequel on peut (théoriquement) transférer l’argent vers son compte en banque propre. Pour pouvoir faire cela, il faut fournir à OneCoin une série d’informations personnelles et bancaires. Rien ne garantit les délais et la disponibilité des retraits d’argent.
  • Peut-on gagner de l’argent avec OneCoin ? C’est après tout ce qui intéresse la plupart des gens. La réponse est : probablement pas. L’argent que vous allez gagner dépend tout simplement de : est-ce que vous arrivez à avoir suffisamment de gens “en-dessous” de vous dans la pyramide pour compenser votre investissement initial. Si vous êtes dans un “bon” réseau, qui est encore en croissance quand vous entrez dedans, ce n’est pas impossible. Mais tous les gains que vous pourriez possiblement faire sont illégaux. On ne peut pas juste “gagner de l’argent sur internet” et ne pas le déclarer. Dans le meilleur des cas, vous serez taxés dessus comme un investissement. Si vous ne l’avez pas spontanément déclaré, vous aurez sans doute une amende en plus. Possiblement (à voir avec un fiscaliste ou un avocat…), l’état pourrait aussi tout simplement confisquer tous les gains (voir y ajouter une amende).
  • Laurent Louis va sans doute se faire de l’argent… sur le court terme. Si il a l’intelligence de retirer tout le cash qu’il peut, dès qu’il peut. Si il a l’intelligence de s’en tenir à un investissement minimum, et de ne surtout pas racheter de OneCoin supplémentaires. Mais vu sa visibilité, il y a peu de doutes sur le fait que l’état va venir regarder, quand la pyramide s’écroulera, combien il a effectivement gagné… et lui apportera l’addition, qui sera sans doute salée.

Si vous vous êtes fait avoir par OneCoin, vous êtes protégés par la loi. N’essayez pas de convaincre des gens de “rejoindre le réseau” pour récupérer votre argent : contactez le SPF Economie et portez plainte ! Pour les belges : Portez plainte ici. Loi sur les ventes pyramidales ici.

Ci-dessous, l’article original :

Laurent Louis peut se targuer d’avoir un parcours inhabituel.

Lancé sur la scène politique au MR de Nivelles, il rejoint le Parti Populaire pour les élections de 2010, où il se retrouve élu un peu par hasard grâce au mécanisme de l’apparentement. Exclu du PP pour des propos anti-roms, il fonde le MLD, puis rejoint brièvement le parti Islam, puis fonde Debout les Belges, et finalement perd son siège en 2014.

Son discours a beaucoup évolué au cours des années. En 2011, lorsqu’il fonde le MLD, il vise clairement une plateforme populiste anti-immigrée de base, une version “dure” du PP. Les points importants de son programme incluent de “privilégier l’intégration des personnes d’origine étrangère en leur demandant de suivre un cours sur notre pays et ses valeurs“, “assurer un contrôle plus strict au niveau de l’octroi de la nationalité belge“, “appliquer les ordres de quitter le territoire“, “ré-affirmer l’autorité de notre police“, “apporter des solutions aux problèmes des SDF afin de sortir tous les Belges de la misère“. Un discours qu’on pourrait donc assez facilement retrouver dans tous les partis de “droite décomplexée”. Dans son programme de 2012, on retrouve un volet “Immigration” dans lequel il défend que “les sans papiers soient immédiatement expulsés du territoire national“, et que “les immigrés doivent s’adapter à nos traditions, et non l’inverse”.

Mais quelque chose change en 2012 : Laurent Louis s’embarque dans l’affaire Dutroux. “Magouilles, corruption, pédophilie: les ingrédients de la politique belge ?“, s’interroge-t-il innocemment, en plongeant tête la première dans l’univers des théories du complot. L’affaire Dutroux devient son grand cheval de bataille. Toute la “classe politique” belge devient, à ses yeux, des pédophiles et des escrocs. En 2013, ses valeurs ont un peu changé. On y retrouve maintenant “lutter contre le sionisme et l’ingérence au niveau mondial” et “sortir de l’Union Européenne actuelle qui ne représente plus qu’une pompe à fric“, alors qu’en 2011 il défendait “le développement européen dans le respect de nos différences en soutenant le projet visant à créer à terme les Etats-Unis d’Europe.

Recruté par le parti Islam pour les élections de 2014, il s’auto-proclame président du parti avant d’en être immédiatement exclu. Il fonde alors Debout les Belges, et commence son rapprochement avec Dieudonné et Alain Soral, prenant ainsi sa place dans le bloc antisémite de la fachosphère.

Après l’échec électoral de Debout les Belges en 2014, il tente de se reconvertir en coach, tente de lancer une assurance avec Dieudonné, se dispute avec lui et se retrouve en 2015 complètement isolé. Il tente, principalement via Facebook, de vendre son livre “Debout!”, de récolter des dons, ou encore de vendre des maillots de foot anciens. Visiblement, ces tentatives de reconversion n’ont pas très bien fonctionné.

Ce qui le pousse maintenant à se lancer dans une nouvelle entreprise : l’escroquerie.

Dans cette vidéo d’une demi-heure, Laurent Louis tente de convaincre ses ouailles d’investir dans OneCoin, une crypto-monnaie “bien plus sûre, bien plus sérieuse que le Bitcoin“, et de se faire de manière garantie pleins d’argent pour, comme il le dit si bien, “obtenir en toute légalité du beurre financier à mettre dans nos épinards.

J’ai eu la chance d’être informé du développement du OneCoin et je voudrais vous faire profiter d’une aubaine,” nous annonce-t-il généreusement, avant de nous “expliquer en des termes simples” de quoi il s’agit. “C’est une monnaire réelle, à la différence qu’elle est utilisée sans billets de banques ni pièces de monnaie.” Ces monnaies purement électroniques sont de “la merde” et “un pur produit de Satan“. Il s’agit d’un complot des élites pour se faire plein d’argent sur le dos des pauvres gens. “La pyramide l’a décidé : la crypto-monnaire, c’est le futur du paiement“.

Pourquoi investir dans la monnaie de Satan ? Parce qu’il faut utiliser les outils du système contre le système.On rêve souvent d’un coup d’état… One Coin pourra nous offrir les armes pour le mener.

OneCoin, donc, est une monnaie qui, pour l’instant, “vaut 5,65 euros“, mais sa valeur “ne fait que monter“. Si on investit 100 euros dedans, “après 3 mois, ils se seront transformés en 250 euros. En 1 an, ils seront multipliés par 10“. C’est incroyable, et les élites voulaient bien sûr garder ça pour eux. “Les initiés préfèrent toujours rester entre eux et s’enrichir mutuellement.” Heureusement, Laurent Louis est là : “maintenant ils vont devoir partager avec nous… du moins avec ceux qui me feront confiance et qui participeront à ce concept.

Pour le monde, la monnaie numérique sera une catastrophe. Puisque nous sommes incapables de nous opposer à la marche en avant de Satan, tentons au moins de profiter de ce mal pour améliorer notre quotidien.

laurent-louis-revolutionLe visage de la révolution

Laurent Louis, en bon défenseur des pauvres et des opprimés, à donc décidé de rejoindre une escroquerie extrêmement courante : une vente pyramidale. Le principe de OneCoin, en effet, est que l’on achète un “pack” d’investissement, qui coûte entre 100 euros et 75.000 euros. Puis, en “parrainant” des gens qui rejoignent à leur tour OneCoin, on reçoit des bonus, et on fait fructifier la mise initiale. Ce genre de système permet aux tous premiers investisseurs (et il est déjà bien trop tard pour en faire partie) de gagner plein d’argent. Les suivants ont l’impression, pendant un certain temps, que ça marche. Sauf qu’ils ne gagnent pas d’argent réel : ils gagnent des chiffres qui montent sur leur écran, et qu’ils réinvestissent dans du OneCoin pour gagner encore plus ! Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de nouveaux membres qui arrivent pour faire tenir la pyramide. À ce moment là, les créateurs de OneCoin devront malheureusement cesser le projet, et partiront avec tout l’argent.

OneCoin profite de l’engouement pour les crypto-monnaies pour mettre une couche de peinture sur la pyramide, et prétendre aux investisseurs qu’ils participent à un projet grandiose qui va révolutionner les systèmes de paiement. Ils se donnent une façade de légitimité en montrant leur fondatrice, Ruja Ignatova, en couverture de “Forbes Bulgaria”. Ce qui serait nettement plus impressionnant si c’était vrai : le numéro en question présentait en réalité en couverture le Markus Persson, le créateur de Minecraft.

Peut-être que Laurent Louis est arrivé juste à temps, et qu’en arrivant à convaincre suffisamment de gens d’utiliser son parrainage il arrivera à rentrer dans ses frais. Plus probablement, il est déjà trop tard pour lui, et il est certainement trop tard pour ceux qui le rejoindront.

Et quand bien même il arriverait à se faire de l’argent sur le dos de ceux qui “lui font confiance”, il se rendrait probablement bien vite compte que, contrairement à ce qu’il annonce avec certitude dans la vidéo, il ne s’agit pas de “gagner en toute légalité de l’argent net d’impôts.” Dans le meilleur des cas, l’état belge considèrera ces revenus comme ceux de Bitcoin et les taxera comme n’importe quel autre revenu. En pratique, vu qu’il s’agit clairement d’une vente pyramidale, cette activité devient pénalement sanctionnable, et les éventuels gains seront certainement confisqués.

Bien sûr, Laurent Louis se défend à l’avance des critiques que des gens mal intentionnés comme moi pourraient lui faire. Il rassure : “n’ayez crainte, je ne m’engagerais jamais dans un projet foireux.” Et à ceux qui le traiteraient d’escroc, il réplique : “c’est dommage, je suis un escroc qui est pauvre, c’est que je ne réussis pas très bien mes escroqueries.”

Là-dessus, je le rejoins tout à fait.

Le vivre-ensemble selon Fedasil

Fedasil propose aux demandeurs d’asile des formations sur le vivre-ensemble, pour présenter nos “valeurs et nos normes“. Les thèmes abordés vont “des règles de circulation aux relations sexuelles”. Ils ont récemment mis sur leur site quelques slides extraits de leur présentation PowerPoint… (à télécharger ici : relations_et_sante_sexuelles_ppt_janvier_2016_fr.ppt)

Le résultat oscille entre du relativement informatif et potentiellement utile, du vaguement condescendant, et du légèrement inquiétant.

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En Flandre, c’est pas faux. Mais ils doivent être surpris quand ils débarquent en Wallonie et à Bruxelles et que tout le monde se fait la bise… (après, il faudrait probablement dix slides pour expliquer toutes les variations du nombre de bisous en fonction de la région dans laquelle on se trouve)

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Là-dessus, pas grand-chose à dire. “Ne pas mater comme un vieux dégueulasse” est généralement un bon conseil. Je suis pas sûr que les Belges en général donnent le bon exemple, cela dit.

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…”surtout ‘des gens’ comme vous, parce qu’ils vont se dire que vous voulez voler leur portefeuille”

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La première partie, pas de soucis… mais je suis curieux de savoir qui sont les “certaines femmes” qui aiment bien se faire siffler en rue (pas celles du centre d’accueil en tout cas, visiblement). J’ai comme l’impression que “ne sifflez pas les femmes en rue, vous aurez l’air d’un gros naze” aurait été plus clair comme message…

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On va dire que je pinaille (et c’est pas faux), mais… C’est juste moi où toutes les photos utilisées dans la présentation pour montrer “Le Belge” ne montrent pas vraiment une, disons, grande diversité culturelle ? Bon, peut-être que c’est juste par manque de bol que les quelques slides qu’ils ont décidés de montrer en exemple ne montrent que des blancs, mais quand même…

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Quelque chose me dit qu’après un passage par les camps de réfugiés, ils ne vont pas faire la fine bouche en matière de toilette, les demandeurs d’asile.

Il y a encore quelques autres slides, en néerlandais, sur le site de “De Morgen”, avec entre autres des conseils sur “comment flirter” en Belgique…

Le grand exploit européen

Les médias et les politiciens européens ont réalisés un grand exploit, qui mérite toute notre admiration. Ils ont réussit à prendre une crise majeure ; une crise qui touche des millions de personnes en Syrie, en Irak, en Afghanistan ; une crise qui a fait des centaines de milliers de morts, qui a forcé des populations entières à quitter leur vie et leur foyer… et à faire de nous les victimes.

Nous, pauvres européens qui allons devoir, horreur ultime, peut-être mettre temporairement la main à la poche pour sortir quelques euros supplémentaires par personne pour accueillir les réfugiés.

Nous, pauvres européens forcés de regarder la misère en face, et de côtoyer des gens différents.

Nous, pauvres européens, qui risquons de voir quelques mosquées supplémentaires construites sur nos terres chrétiennes.

À entendre nos médias et nos politiciens, on pourrait penser que la cible principale du Daesh, c’est nous. Que ces réfugiés sont un moyen trouvé par l’État Islamique pour envahir et affaiblir l’Europe. Parce qu’il est apparemment trop dur d’imaginer que tout ça, toute cette crise, puisse ne pas être centrée autour du monde occidental. D’admettre que nous ne sommes que des personnages secondaires de la tragique histoire qui se déroule au Proche-Orient et au Moyen-Orient.

Nous devons apparemment nous convaincre que nous vivons un grand conflit entre le monde occidental et les terroristes islamistes. La “Guerre contre le Terrorisme” des États-Unis et de ses alliés européens contre Al Qaeda, Boko Haram, l’État Islamique, et toute ces organisations beaucoup trop compliquées à différencier les unes des autres. Ce grand conflit, cependant, n’existe que dans la tête des occidentaux. Pour le Daesh, pour Al Qaeda, l’occident n’est qu’un adversaire symbolique, un moyen de rallier les populations locales survolées en permanence par des drones américains qui semblent frapper autant les civils que les leaders terroristes.

Le réel adversaire du Daesh et d’Al Qaeda, c’est l’Islam. La majorité de leurs victimes, des musulmans. La lutte qui se déroule est avant tout une lutte entre la vision déformée de l’Islam défendue par l’Etat Islamique, et celle des autres, ceux qui restent pour se battre, ceux qui fuient, ceux qui essaient de survivre au milieu du chaos, ceux qu’on se permet de juger depuis notre position bien confortable en leur disant qu’ils ne “condamnent pas assez” l’islamisme radical. Ceux qu’on laisse mourir dans la méditerranée, qu’on laisse macérer dans des camps au pieds des clôtures érigées à la hâte, et à qui on enseigne, une fois arrivé sur notre territoire, les délices des procédures administratives locales au bout desquelles on leur informera que leur pays en guerre n’est pas si dangereux que ça, et qu’ils pourraient quand même y retourner plutôt que de déranger les pauvres belges qui veulent faire leur jogging en paix sans voir des gens bronzés.

La Fachosphère et les autoroutes de la désinformation

En 1991, le “World Wide Web” était constitué d’un seul site : le CERN. Aujourd’hui, il y en a plus de 170 milliards d’actifs, et plus de 800 milliards de noms de domaines. C’est sur Internet que l’on joue, que l’on discute… et que l’on s’informe.

Mais nous ne voyons pas tous le même Internet. Avec tellement de sites disponibles, tellement de sources d’informations, chacun d’entre nous ne voit finalement jamais qu’un tout petit coin du Web, un tout petit fil de la toile. Notre vision du monde qui nous entoure va être fortement teintée par lequel de ces fils on utilise pour s’informer. Car les autoroutes de l’information peuvent vite se transformer en autoroutes de la désinformation lorsqu’on emprunte le mauvais tournant.

Il y a en particulier un coin de la toile dans lequel beaucoup de gens se retrouvent enfermés, et dont il est difficile de sortir : c’est un coin où l’on apprend à se méfier de tout ce qui vient d’ailleurs, de toutes les opinions contradictoires. Un coin où l’on apprend à se sentir persécuté, victimisé. C’est un agglomérat de sites parfois divergents, sans réelle coordination, mais qui à force de se lier les uns aux autres et d’ignorer tout ce qui vient de l’extérieur du réseau se sont créés un monde à part : le monde de la Fachosphère.

La Fachosphère n’est pas un bloc uni. Il y a de la place pour de la discorde, pour une belle pluralité d’opinions. Il y a ceux qui cherchent avant tout à taper sur les musulmans, comme “Ripose Laïque“. Il y a ceux qui jugent que le danger vient de complots juifs, comme Alain Soral (“Égalité et Réconciliation“) ou Dieudonné (“Quenel+). Il y a ceux qui se défendent contre l’homosexualité (“Manif pour Tous“), ou qui se lamentent en général des persécutions que subissent les chrétiens d’Europe (“Salon Beige“). Bref, pleins d’avis différents !

fdesoucheL’information objective et raisonnable selon Fdesouche.com

Au coeur du réseau, cependant, se trouvent les sites les plus pernicieux. Ceux qui ne se présentent pas comme des sites d’opinion politique, mais comme des sites d’information réelle. Parmi les plus importants, on retrouve Novopress, Medias-Presse ou Fdesouche. Comme ils essaient de se présenter comme “objectifs”, leur stratégie est assez différente de celle des sites ouvertement politiques. Ils essaient de toujours se protéger derrière des termes un peu vagues (“certains soupçonnent”, “d’après des témoignages”), et essaient au maximum de publier des choses “techniquement vraies”, mais prises hors contextes, et avec surtout une arme majeure : le biais de sélection.

Par exemple, si on regarde les titres sur la première page du 12 août 2015 de Fdesouche, on trouve :

  • Espagne : Une ville en état de siège après la mort d’un Sénégalais
  • Sangatte (62) : une femme agressée sexuellement par un migrant Erythréen
  • Italie : les migrants jettent les matelas de l’hôtel pour protester contre les conditions d’accueil
  • Un ado blanc abattu par un policier aux Etats-Unis et personne n’en parle ?
  • Jean-Pierre Chevènement : «La menace pour l’Europe n’est pas à l’Est, mais au Sud»
  • Deux cents migrants bloquent l’accès à Eurotunnel : le trafic interrompu pendant 5 heures.
  • Melun (77) : une vingtaine d’enfants de 5 à 12 ans saccage une école maternelle
  • Immigration : le migrant qui racontait son périple sur Instagram était un acteur

…et ainsi de suite. La plupart de ces informations viennent de sources relativement fiables. Dépêches AFP, articles de journaux traditionnels… Ce ne sont pas les pures fabrications qu’on peut retrouver sur certains sites complotistes. Le tableau qui est brossé, cependant, est celui d’un monde où les français et européens “de souche”, quoi que ça veuille dire, ne peuvent pas sortir de chez eux sans être assaillis par une horde d’immigrés clandestins juifs homosexuels affiliés au Parti Socialiste en route pour aller brûler une église.

La Fachosphère constitue ainsi un catalyseur de peur et de haine. Une fois qu’on entre dedans, on apprend à se méfier des médias traditionnels (à la solde des juifs / des musulmans / des homosexuels / de la gauche…). On apprend à balayer les réelles souffrances et discriminations subies par les minorités, par les femmes, par les LGBTQ, pour les remplacer par des persécutions imaginaires subies par les pauvres chrétiens d’Europe.

Le phénomène qui conduit à la formation de la Fachosphère n’est pas unique, et doit servir de mise en garde : ne pas diversifier ses sources d’informations, c’est prendre le risque d’être endoctrinés dans une vision du monde irréelle et dangereuse. On est prêt alors à croire que les migrants sont infiltrés par les djihadistes, sans même se poser la question de savoir si c’est plausible.

Se méfier des médias traditionnels, c’est bien : ils écrivent leur lot de conneries. Ca ne veut pas dire pour autant qu’il faut plus se fier aux médias alternatifs. Diversifier ses sources, et garder un esprit critique, ce sont les meilleures armes que l’on peut avoir pour rester informés.

Guide pratique du sexisme au quotidien

Si tu es un homme vivant au XXIème siècle, tu as certainement dû faire face à cette terrible réalité : il y a des femmes partout, et elles ont même plus ou moins les mêmes droits que toi. Tu ne dois toutefois pas désespérer. Ces quelques conseils pourront t’aider à survivre dans ce monde hostile, et à t’assurer que ta voix (grave et virile) reste entendue, afin que le sexe faible ne se fasse pas trop d’illusions quand à cette soi-disant “égalité”.

1. Dans la rue

Tu te promènes en rue, tranquille, tu ne demandes rien à personne, quand soudain apparaît devant toi… une gonzesse. Tu pourrais, évidemment, ne rien dire, te contenter de poursuivre ton chemin et de lui laisser poursuivre le sien. Mais alors, comment se rendrait-elle compte que tu l’as remarquée ? Il faut agir. Mais pas n’importe comment !

La première question à se poser, c’est : de quelle type de fille s’agit-il ? Elle est habillée “sexy” ? C’est sûrement juste pour te taper dans l’oeil. Elle se doutait qu’elle croiserait ton chemin, et serait ravie d’entendre un beau compliment. Par exemple, tu pourrais lui dire qu’elle est belle, ce qui te donne un trésor de possibilités de rimes toutes aussi riches les unes que les autres, comme “mademoiselle”, ou “gazelle”. L’important, c’est de rester original et imprévisible !

Peut-être qu’elle n’est pas vraiment dans une tenue sexy, mais que ses vêtements laissent quand même deviner ses courbes. La coquine ! Il s’agit clairement alors d’une tentative de séduction sous un masque de pudeur. Pour bien montrer que tu as compris, le mieux est un long regard appuyé en direction des fesses (ou des seins, à nouveau, les possibilités sont infinies), avant de chercher à croiser son regard. Dès que ses yeux sont accrochés : un sourire, un clin d’oeil, et c’est dans la poche. Si elle garde les yeux au sol, essaye de détourner la tête ou accélère le pas, n’hésite pas à siffler un peu pour attirer son attention, c’est sûrement parce qu’elle ne t’a pas bien vu !

Enfin, il arrive aussi parfois que certaines femmes, pour des raisons totalement incompréhensibles, choisissent de sortir en rue dans une tenue qui ne la met pas en valeur. Peut-être même qu’elle n’a pas de maquillage, peut-être même qu’elle tire la gueule ! C’est parce qu’elle a besoin de quelqu’un pour lui remonter le moral : dis-lui de sourire un peu, je suis sûr qu’elle t’en sera reconnaissant. Et n’oublie pas que ton avis est important. Si tu la trouve trop grosse, mal coiffée, qu’elle a des boutons, ou juste un visage qui ne te plaît pas, tu peux le lui signaler, ça la motivera certainement à faire mieux la prochaine fois.

Attention tout de même : en théorie, elles pourraient “porter plainte” parce que c’est “illégal”. Heureusement, elle ne le fera sans doute pas, parce que d’une part c’est difficile à prouver, et d’autre part la police traite bien souvent ce genre de plaintes avec toute la délicatesse dont ils sont capables…

2. Dans les transports en commun

Le problème de la rue, c’est que tu n’as pas le temps de vraiment communiquer. Au mieux, tu as la durée d’un feu rouge pour faire bonne impression. En transports en commun, c’est une toute autre histoire. Enfermés dans un espace réduit pendant plusieurs minutes, voir plusieurs dizaines de minutes, tu peux prendre le temps de faire bien les choses.

Si il y a des places assises, mets-toi juste en face d’elle, où juste à côté, surtout si il y a d’autres places disponibles ailleurs. C’est une bonne occasion de briser la glace, et de montrer ton intérêt. Montre ta dominance en écartant les jambes au maximum, pour bien montrer que tes larges testicules ont besoin de respirer.

Les transports en commun sont avant tout un lieu de rencontres et d’échanges. Pour la mettre à l’aise, pose lui des questions sur sa vie personnelle. Est-ce qu’elle a un copain ? Où est-ce qu’elle habite ? Où est-ce qu’elle va ? Si elle donne l’impression de ne pas s’intéresser à la conversation, ou de chercher à y mettre fin, c’est seulement un signe qu’elle veut tester ta résolution. Ne baisse pas les bras ! Si tu insiste, elle finira certainement par te donner son numéro de téléphone !

N’oublies pas que toutes ses actions ont pour but d’attirer ton attention. Si elle se cache derrière un livre, c’est qu’elle veut que tu lui demandes ce qu’elle lit. Si elle met ses écouteurs, c’est qu’elle veut partager avec toi ses goûts musicaux.

Et si vraiment elle s’enfuit, ou te demande de lui foutre la paix, l’important est de sortir la tête haute. Il ne faudrait pas que les observateurs éventuels aient l’impression que tu es du genre à te faire rejeter. C’est là où toutes les insultes que tu as appris en cour de récréation te seront utile : dis-lui qu’elle est moche, et que de toute façon tu n’étais pas vraiment intéressé par elle. Tout le monde sera impressionné par ta maîtrise de la situation.

Dis toi bien aussi que ce n’est que partie remise : la beauté des transports en commun, c’est que tu as de bonnes chances de la recroiser à la même heure le lendemain. Ce sera l’occasion de retenter ta chance ! Les femmes aiment les hommes qui s’accrochent !

projet-crocodilePleins d’autres bonnes choses à faire en rue ou dans les transports sur le blog “Projet Crocodiles

3. Sur Internet

Ouf ! Te voilà rentré chez toi, loin de toutes ces présences féminines indésirables. Tu peux te relaxer en allant faire un tour sur Internet. Et là, c’est le drame : malgré leur incapacité chronique bien connue à maîtriser la technologie, certaines femmes réussissent malgré tout à arpenter les autoroutes de l’information. Tant qu’elles se contentent de partager des recettes de cake décorés sur Pinterest ou de lire le blog de Pénélope Bagieu, ça va, on peut supporter, mais parfois elles osent s’aventurer en dehors de ces zones bien délimitées.

Tu dois défendre ton territoire ! N’oublie pas que, sur Internet, tu es anonyme : tu peux donc te permettre d’être beaucoup plus direct. Demande directement des photos d’elle à poil, par exemple, pour bien lui faire comprendre que c’est tout ce qu’elle peut apporter à la conversation. C’est aussi l’occasion de démontrer tes talents de “hacker” : si tu arrives à trouver sa véritable identité ou son compte Facebook, tu peux directement lui montrer que tu es du genre dominant, en lui montrant que tu connais des trucs sur sa vie privée. Elle ne pourra qu’être impressionnée par tant de maîtrise.

Les règles sont encore un peu différentes si tu te trouves sur un site de rencontre. Clairement, une fille qui va sur un site de rencontre est obligée d’accepter toute demande de plan cul. C’est sûrement écrit quelque part dans les conditions d’utilisation. Elle sera donc très heureuse de recevoir une photo de ta bite sans autre préambule. Ça montre que tu es assertif et que tu as confiance en toi, et ça c’est sexy !

4. Au travail, à l’école

Garder une bonne ambiance au travail est important ! C’est pour ça que tu dois faire comprendre aux femmes qu’elles doivent faire attention à leur apparence lorsqu’elles viennent travailler. Tu ne veux tout de même pas passer ta journée à voir défiler devant ton bureau des filles fringuées comme des sacs qui tirent la gueule, non ? Si elles viennent sans maquillage, n’hésites pas à leur dire qu’elles ont “l’air fatigué”.

Si tu as la chance d’avoir le pouvoir d’engager (ou non) du personnel, n’oublie pas qu’être jolie est une compétence essentielle pour toute personne qui est en contact direct avec les clients ou les visiteurs, comme les réceptionnistes ou les serveuses.

Les lois du travail sont parfois honteusement sexistes envers les hommes, et tu dois t’en offusquer ! Par exemple, lorsqu’une femme ose être enceinte et en profite pour ne rien faire pendant un an, dis bien que c’est honteux qu’elle soit payée à ne rien faire. Bien sûr, tu ne voudrais pas t’occuper toi-même de l’enfant, mais bon, elle n’a qu’à choisir entre les gosses et sa carrière professionnelle !

C’est important que les femmes soient mises à leur place dès le plus jeune âge. Si tu fais partie du corps enseignant, tu peux en profiter pour bien inculquer à chaque élève les options de carrière qui s’offrent à lui. Encourage les garçons à poursuivre les branches mathématiques ou scientifiques, et pousse les vers des études d’ingénieur ou de médecin. Les filles, elles, sont plus douées dans les langues, et doivent être dirigées vers le social. Bien sûr, ces distinctions ne se font pas toutes seules : il faut les cultiver dès le plus jeune âge.

Heureusement, tu seras aidé en cela par les vendeurs de jouets, comme LEGO. Dans la gamme LEGO City, les petits garçons peuvent s’imaginer explorateurs, astronautes, pompiers, garde-côte, policier, et se construire des histoires et des villes complètes, avec de multiples décors, véhicules et personnages. Dans la gamme LEGO Friends, les petites filles pourront elle aussi inventer des histoires dans l’univers palpitant de Heartlake City, où cinq amies vont chez le coiffeur, à la plage, au bar à smoothie, et découvrent les animaux ! Ouf ! Voilà qui va les inspirer à poursuivre leurs rêves !

lego-friendsLEGO Friends ! Pour stimuler (mais pas trop) l’imagination des petites filles ! (via www.lego.com)

5. Dans l’isoloir

Malgré tous tes efforts, il arrive souvent que tes droits en tant qu’homme soient mis en danger. Depuis que les femmes ont le droit de vote, elles en profitent pour mettre au pouvoir des politiciens (voir des politiciennes !) qui soutiennent des législations sexistes contre les hommes. Par exemple, on ne peut plus virer une femme sous prétexte qu’elle arrête de travailler pendant sa grossesse, alors qu’un homme qui ne vient pas au travail sans raison pendant neuf mois sera certainement mis à la porte ! Depuis 1976, les femmes ont le droit d’ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur conjoint. Ne parlons même pas du droit à l’avortement, où des lois contre le harcèlement qui, bien que complètement inefficaces, montrent cependant une volonté politique d’écouter les discours féministes, et d’empêcher les hommes d’en faire à leur guise.

Heureusement, il reste des partis réactionnaires qui défendent les “rôles traditionnels” hommes-femmes. Par exemple, le programme du Parti Populaire met en garde contre une théorie du genre qui serait “non basée sur les rôles répartis depuis la nuit des temps entre les hommes et les femmes”, et contemple avec horreur que, “Dans certains pays, comme en Suède, les petits garçons se voient contraints de jouer à la poupée, pendant que les jeunes filles peuvent manier des soldats de plomb.”

Alors, avec une pensée émue pour tous ces pauvres petits garçons qui, une arme pointée sur eux, sont forcés de jouer à la poupée en pleurant silencieusement sur leur sort, et à toutes les petites filles qui sont exposées au Saturnisme par la manipulation des soldats de plomb, toi aussi soulève-toi contre ces tentatives honteuses de gommer les différences entre les hommes et les femmes !

Ce sont les hommes qui sont responsables des grandes avancées de la société. En tout cas, c’est ce que disent les livres d’histoire écrits par des hommes. Pourquoi mentiraient-ils ? La prochaine fois que tu siffleras une femme dans la rue, la prochaine fois que tu lèveras les yeux au ciel en entendant encore une féministe se plaindre de soi-disant injustice, sois assuré que tu mènes le bon combat : celui de la tradition, celui du status quo, celui des privilégiés pour garder leur privilège.

Ceci n’est pas mon Europe

L’Europe montre ces derniers mois un triste visage. Toute prétention de faire de l’Union Européenne un moteur de solidarité et de stabilité a été sacrifiée sur l’autel de la sainte Austérité. C’est le seul test qui semble compter pour savoir si un pays, si un gouvernement est fréquentable ou non, si son élection est légitime ou non.

C’est une Europe dans laquelle le gouvernement fascisant de Viktor Orban est un interlocuteur respectable, dans laquelle les politiques néo-franquistes de Rajoy sont totalement raisonnables, mais dans laquelle proposer des alternatives à l’austérité conduit à être immédiatement condamné comme un dangereux radical manquant du sérieux requis pour diriger un pays. Tsipras a concédé sur presque tous les points, il a accepté presque tout ce que demandaient ses créanciers, il a fait avaler à son pays des réformes auxquelles il ne croit pas et dont le peuple grec ne veut pas, cédant au chantage de ses créanciers… et ce n’est pas suffisant. Le président du parlement européen Martin Schulz l’a dit assez clairement : tout ce que l’Europe attend, c’est de voir Tsipras parti, Syriza anéanti, et un gouvernement de technocrates prêt à dire oui à tout, sans poser de questions, sans oser demander si vraiment ces réformes vont faire autre chose que profiter aux banques et enfoncer encore plus la population dans la misère.

L’Europe solidaire, l’Europe sociale, a-t-elle vraiment jamais existé ? Après tout, l’Union Européenne est née d’accords économiques de libre échange et d’accords militaires de protection mutuelle. La solidarité n’a jamais été qu’une pensée après-coup.

Au lieu de l’Europe solidaire, on a l’Europe austère.

Au lieu de l’Europe démocratique, on a l’Europe qui obéit aux ordres de Merkel. Ceux qui espéraient voir Hollande ramener l’Europe vers le centre peuvent oublier l’idée : à part quelques protestations d’usage, Hollande a rejoint le rang derrière la chancelière allemande.

Au lieu de l’Europe ouverte et pluraliste, on a l’Europe qui repousse les immigrés, qui crache sur les Roms, qui juge un pays sur son PIB et sa dette plutôt que sur la façon dont il traite ses pauvres, ses malades, ses minorités.

Cette Europe n’est pas la mienne. Je crois à une Europe qui ne cherche pas à fermer ses frontières, à une Europe qui prend soin des pays en difficulté pas pour qu’il puissent rembourser leurs prêts mais parce que prendre soin les uns des autres nous rend plus forts, plus unis, plus soudés. Parce que malgré tous ses défauts, l’Europe a maintenu la paix dans la région depuis plus de soixante ans, et que quand on abandonne un pays de l’Union, on fait un pas vers un retour à une Europe fractionnée, plombée par le nationalisme.

Les dirigeants européens prétendent que l’Europe ne sera pas affaiblie par un Grexit. C’est peut-être vrai sur le plan économique et à court terme. Mais ça marquerait le début de la fin. L’Europe doit pouvoir accepter des opinions contradictoires en son sein. Si le choix qu’on donne est “l’austérité ou la porte”, combien de temps faudra-t-il pour que tout le monde prenne la porte ? Si Podemos gagne les prochaines élections espagnoles, seront-ils traités de la même manière que Syriza ?

L’Europe doit se transformer si elle veut survivre. Si elle reste MerkelLand, elle est condamnée, et avec elle l’ère de paix, de stabilité et de prospérité à laquelle nos dernières générations ont pu s’habituer.

Les RéactioNerds, la majorité opprimée

Les jeux vidéos, la science-fiction, la fantasy : le stéréotype veut que ces domaines clés de la geekitude soient un domaine masculin. Depuis quelques temps, cependant, des représentantes de la gent féminine ont l’audace de frapper à la porte de ce club privé, et de rappeler aux professionnels du milieu que elles aussi ont des sous et voudraient bien acheter des jeux vidéos et des livres, mais que pour ça il faudrait peut-être diminuer les poses hyper-sexualisées sur les couvertures, et proposer d’autres jeux que “Super Soldier vs Bad Guys 5 : In Space”.

Certaines personnes prennent ça mal. Ces geeks réactionnaires (ou : RéactioNerds) refusent de voir changer ce milieu, parce que sans sexisme, les jeux vidéos perdent évidemment tout leur sel. Et pour faire valoir son avis, cette majorité opprimée par la terreur féministe sont prêts à se battre jusqu’au bout. Deux champs de bataille en particulier font couler beaucoup d’encre virtuelle : GamerGate et PuppyGate…

GamerGate : l’éthique du sexisme dans les jeux vidéos

quinn-sarkeesian-wuQuinn, Sarkeesian et Wu : les cibles principales de GamerGate (via Upstart)

Les jeux vidéos ont un léger problème de sexisme. Ce n’est pas nouveau. 90% des développeurs de jeux vidéos sont des hommes, avec peu de diversité socio-culturelle, ce qui conduit, forcément, à une certaine homogénéité dans les thèmes et les clichés utilisés. Mario sauve la princesse. Link sauve la princesse. La princesse n’est visiblement jamais foutue de se sauver elle-même. En 2012, Anita Sarkeesian, fondatrice du site Feminist Frequency, décide de lancer une série vidéo pour parler du problème : Tropes vs Women in Video Games. Elle lance une campagne de récolte de fonds sur Kickstarter. Les RéactioNerds passent à l’attaque. Menaces de mort, harcèlement permanent sur les réseaux sociaux, page Wikipédia vandalisée à coup de montages Photoshop pornographiques et/ou antisémites… Ces réactions n’ont rien de nouveau, et ont poussés d’autres féministes avant elle à disparaître entièrement d’internet, à choisir de la fermer pour faire cesser les menaces. Mais avec Anita Sarkeesian, une chose improbable se produit : sa campagne Kickstarter profite de la publicité générée par la campagne de harcèlement, et explose complètement les objectifs prévus. Elle demandait 6.000 dollars, elle en a récolté plus de 150.000.

On ne parlait pas encore à ce moment là de “GamerGate”, même si le mouvement était globalement le même. Pour ça, il faut attendre Zoé Quinn. Développeuse indépendante, elle a réalisé Depression Quest, un jeu gratuit qui essaie de mettre le joueur dans la peau d’une personne dépressive. Le jeu a reçu de nombreuses critiques positives et, sans avoir vraiment un succès de masse (logique vu le thème), a néanmoins acquis une petite notoriété comme, justement, quelque chose de différent, une tentative de repousser les limites du genre. Mais voilà, Zoé Quinn avait un gros problème : son ex. Eron Gjoni n’était visiblement pas très heureux de sa rupture avec Quinn. Il a décidé de se venger en publiant l’an dernier un long, très long compte-rendu de toutes les infidélités que celle-ci lui aurait faite. Ce quasi-roman a été largement ignoré par tout le monde… sauf par les RéactioNerds, évidemment. Sur les forums de 4chan, une vaste campagne a commencé à s’organiser. Des photos de Quinn nue ont été trouvées et diffusées largement, la machine à harcèlement était en route.

C’est là que certains esprits entreprenant ont eu une idée. Quinn avait, selon son ex, couché avec un journaliste travaillant pour Kotaku, magazine de jeu vidéo en ligne qui avait publié une critique positive de Depression Quest. La narration s’est transformée, passant de “harcelons cette petite pute qui couche avec tout le monde !” a “c’est une atteinte à l’éthique journalistique !” Sous ce déguisement lui donnant un semblant de légitimité, GamerGate était né.

Ça fait un an que ça dure. Le mouvement a un peu évolué : chassé de 4chan par le fondateur, qui en avait marre de voir son site utilisé pour ce genre de campagnes, il s’est réfugié sur 8chan (dont la règle de modération est : tant que la pédo-pornographie est quand même un peu planquée, faites ce que vous voulez) pour la partie harcèlement, et sur Reddit pour la couverture légitime. En façade, le but est maintenant de s’attaquer aux problèmes d’éthique et de collusion entre journalistes et développeurs. En pratique, le mouvement cherche à empêcher toute diversification des jeux vidéos, et s’attaque quasiment exclusivement aux développeurs (et surtout aux développeuses) et critiques indépendants. Un an après, leurs cibles principales restent Zoé Quinn et Anita Sarkeesian, ainsi que Brianna Wu, une autre développeuse qui s’est très tôt opposée vocalement à GamerGate.

PuppyGate : on a déjà assez de diversité comme ça

Rabid-PuppiesRabid Puppies V (via File770)

Chaque année, des fans de science-fiction et de fantasy se rassemblent pour la World Science Fiction Convention (WorldCon), dont l’événement phare est la remise des Hugo Awards. Ce qui différencie les Hugo des autres prix prestigieux du genre, c’est qu’il est entièrement déterminé par le public. Le système est assez simple : dans une première phase, toutes les personnes qui ont acheté un ticket pour WorldCon (soit pour aller sur place, soit un ticket “de soutien” qui donne juste accès au vote) peuvent nominer des oeuvres ou des personnes dans toute une série de catégories allant de meilleur roman ou meilleure nouvelle à meilleur magazine professionnel ou meilleur éditeur. Les cinq candidats recevant le plus de nominations dans chaque catégorie sont inscrits sur les bulletins de vote. La seconde phase est le vote parmi les nominés sélectionnés, lors de la conférence elle-même.

Mais voilà : certains auteurs et éditeurs ont depuis quelques années l’impression que WorldCon et les Hugo Awards – et la communauté SF&Fantasy en générale – ont une fâcheuse tendance à se diversifier, à nominer des histoires qui sortent du moule traditionnel “marine de l’espace” ou “aventurier super-balèze”. Certaines histoires seraient même écrites par des femmes! On ne peut quand même pas laisser faire ça! C’est ainsi que les mouvement “Sad Puppies” lancé par les auteurs Brad Torgersen et Larry Correia, et le mouvement “Rabid Puppies” par l’éditeur / auteur Theodore Beale, se sont créés. Leur but : proposer à tous les RéactioNerds de s’accorder sur une série de candidats à nominer dans toutes les catégories, pour avoir des bulletins de vote remplis par leurs choix (et par leurs propres oeuvres, tant qu’ils y sont). Il y a généralement moins de gens qui participent aux nominations qu’au vote final : il faut donc relativement peu de votes pour faire une grosse différence. La mobilisation des Puppies a été au rendez-vous, et lorsque le résultat des nominations a été publié par WorldCon, les bulletins de votes se sont retrouvés entièrement remplis par les choix des Puppies.

La controverse qui a suivit ne s’est pas encore éteinte, et durera probablement jusqu’en août, lorsque le vote aura lieu. Il y a ceux qui appellent à voter “Personne” pour chaque catégorie ; ceux qui rappellent que les auteurs n’ont pas demandés à se retrouver dans ces listes, et qu’ils devraient être jugés sur leur mérite indépendamment de la politique de la situation ; et ceux qui se congratulent d’avoir réussit à complètement bousiller la légitimité d’un prix qui jusqu’à présent était l’un des plus respectés de l’univers SF. Robert Heinlein, Philip K. Dick, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov, Ursula Le Guin, Orson Scott Card, Dan Simmons, Loïs McMaster Bujold, Neal Stephenson, J.K. Rowling, Neil Gaiman… La liste des vainqueurs du prix du meilleur roman parle d’elle-même quand au prestige associé.

La situation actuelle est tellement absurde que Georges R. R. Martin, plutôt que de travailler sur The Winds of Winter, a écrit sur son blog sur le sujet de quoi remplir plusieurs épisodes de Game of Thrones (avec nettement moins de sexe, et un peu moins de violence).

Les RéactioNerds : gagnent-ils du terrain ?

Les campagnes répétées de harcèlement et les menaces de mort font de l’effet. Pour certaines cibles, la pression est trop grande, et il n’est pas rare que les RéactioNerds arrivent à leur objectif : qu’elles se taisent.

Ils se posent en défenseur de la liberté d’expression. La leur, celle de pouvoir cracher tout leur vitriol à la figure de ceux (et surtout celles) qui osent dire que, peut-être, il y a encore des améliorations à faire dans notre société pour atteindre l’égalité des sexes.

La tendance générale, cependant, n’est pas en leur faveur. Même les sites qui ont longtemps servis de plateforme aux campagnes anti-féministes tentent de se distancer du mouvement. 4chan a chassé GamerGate de ses serveurs, poussant ses utilisateurs à migrer vers son clone plus 8chan, plus permissif. Zoé Quinn a été invitée à témoigner devant le Congrès américain sur la problématique du cyber-harcèlement. Les vidéos de Anita Sarkeesian comptent des centaines de millier de vues, et dépassent régulièrement le million pour celles consacrées à sa série “Tropes vs Women in Videogames”. Twitter, où se déroule une bonne partie du harcèlement, s’attaque sérieusement au problème.

Il y a encore du progrès à faire. Jouer aux jeux vidéos en ligne en tant que femme reste une épreuve. Les problèmes de harcèlement sexuel dans les conventions “geeks” sont récurrents. Mais les gens en parlent, et la haine et la violence qui ressort de GamerGate ou de PuppyGate aura au moins remplis ce rôle à : montrer au grand jour la toxicité du milieu. Et peut-être, ainsi, contribuer à accélérer sa transformation.