Black M, Verdun, commémoration de l’intolérance

Il y a encore quelques jours, je n’avais pas la moindre idée de qui était Black M. Qu’un de ses concerts soit annulé ne me fait donc ni chaud ni froid, et c’est vrai que lorsque j’ai au départ vu passer l’information dans la presse, je ne m’en suis pas particulièrement préoccupé. En y regardant de plus près, tout ça pue quand même un peu, et mérite que l’on s’y attarde un instant.

Cet article du Monde fournit un bon résumé de la situation. Black M, chanteur du groupe Sexion d’Assaut, a été choisit en Avril pour chanter lors d’un concert commémoratif à Verdun. Le 10 mai, Fdesouche (l’un des sites d’informations centraux de la fachosphère) dénonce ce choix, en tirant quelques exemples « anti-français », homophobes (comme si ça les dérangeait…) et « pro-Dieudonné » (là ça les dérange vraiment : Dieudo est un concurrent direct dans le business de la « contre-information ») des chansons du groupe. Marine Le Pen s’est empressée de reprendre le cri d’alarme, accompagnée par le reste de l’extrême-droite française. Au lieu d’ignorer les aboyements des fachos, la mairie pourtant socialiste de Verdun annule le concert le 13 mai. Black M réagit sur Instagram, rappelant que son grand-père « a combattu lors de la guerre 39-45« . Il conclut : « Moi, Alpha Diallo, enfant de la République et fier de l’être, souhaite, par ce communiqué, faire barrière à ces propos haineux. »

La première chose dérangeante dans tout ça, c’est que l’influence de l’extrême-droite sur la France soit telle qu’un simple article sur un torchon comme Fdesouche arrive à dicter des décisions à une mairie.

La seconde, c’est l’opportunité manquée que cela représente. Oui, Black M – et le rap en général – a parfois des paroles violentes, exprime une certaine colère. Cette violence et cette colère sont clairement partagées par une partie de la jeunesse française, en particulier chez des jeunes qui « feraient tâche » dans un rassemblement FN… Des jeunes qui devraient être la cible principale de ces actions de mémoire. Les vieux, 14-18 ils connaissent. Ils ont déjà eu des commémorations, adaptées à leurs sensibilités. Alors mettre de la musique « plus digne », c’est bien joli, mais sensibiliser la jeunesse à coup d’orchestre philharmonique, ça va être compliqué.

Enfin, il y a le côté extrêmement hypocrite de voir le petit-fils d’un combattant français de la seconde guerre mondiale critiqué par des fils et petits-fils de pétainistes et de collabos parce qu’il n’est pas « assez français », « assez patriote ».

C’est triste de voir la mairie de Verdun céder à la pression frontiste et identitaire. C’est triste de voir que, pour commémorer la première guerre mondiale, le message que l’on passera une nouvelle fois aux jeunes immigrés français, c’est qu’ils ne sont pas ici chez eux, qu’ils ne font pas vraiment partie du pays où ils sont nés, que leur musique est « violente », que les chanteurs qu’ils écoutent ne sont pas « dignes » de représenter le peuple français.

Gagnez de l’argent avec Laurent Louis et OneCoin !

(Mise à jour 20/01/2017): OneCoin semble être entré dans la « phase finale » de son arnaque. Lire la suite ici.

(Mise à jour 11/05/2016). Pas mal de gens semblent arriver sur cette page en cherchant des informations sur le OneCoin. Pour vous éviter de devoir lire tout l’historique sur Laurent Louis, et les moqueries sur sa vidéo, voici un petit résumé des points clés :

  • OneCoin n’est pas une crypto-monnaie. OneCoin n’existe pas. Il n’y a aucun moyen, à l’heure actuelle, de payer quoi que ce soit en OneCoin, ou d’échanger des OneCoin contre de l’argent. La valeur annoncée (et ses fluctuations) par les créateurs de OneCoin est entièrement arbitraire.
  • L’entièreté des gains réels de OneCoin provient de l’aspect « marketing de réseau ». Le seul moyen de récupérer du cash, c’est en touchant les « commissions » en recrutant des nouveaux membres.
  • Le système de commissions repose presque exclusivement sur un schéma pyramidal. Il y a quelques subtilités par-ci par-là, mais l’ensemble de l’argent gagné provient de l’argent investi par les personnes que l’on « parraine » (autrement dit : ceux en-dessous de soi sur la pyramide). Lorsque vous rejoignez OneCoin, vous achetez un « pack », par exemple de 500 euros. Ces 500 euros vont aller en partie dans le compte de ceux au-dessus de vous dans la pyramide, et en partie dans des « OneCoin », c’est à dire dans la poche des créateurs de OneCoin.
  • Les gains annoncés ne sont pas les gains « cash » réels. Une partie des gains sont reçus en OneCoin (qui n’existent pas). Une partie sont ajoutées à un « compte cash », dans lequel on peut (théoriquement) transférer l’argent vers son compte en banque propre. Pour pouvoir faire cela, il faut fournir à OneCoin une série d’informations personnelles et bancaires. Rien ne garantit les délais et la disponibilité des retraits d’argent.
  • Peut-on gagner de l’argent avec OneCoin ? C’est après tout ce qui intéresse la plupart des gens. La réponse est : probablement pas. L’argent que vous allez gagner dépend tout simplement de : est-ce que vous arrivez à avoir suffisamment de gens « en-dessous » de vous dans la pyramide pour compenser votre investissement initial. Si vous êtes dans un « bon » réseau, qui est encore en croissance quand vous entrez dedans, ce n’est pas impossible. Mais tous les gains que vous pourriez possiblement faire sont illégaux. On ne peut pas juste « gagner de l’argent sur internet » et ne pas le déclarer. Dans le meilleur des cas, vous serez taxés dessus comme un investissement. Si vous ne l’avez pas spontanément déclaré, vous aurez sans doute une amende en plus. Possiblement (à voir avec un fiscaliste ou un avocat…), l’état pourrait aussi tout simplement confisquer tous les gains (voir y ajouter une amende).
  • Laurent Louis va sans doute se faire de l’argent… sur le court terme. Si il a l’intelligence de retirer tout le cash qu’il peut, dès qu’il peut. Si il a l’intelligence de s’en tenir à un investissement minimum, et de ne surtout pas racheter de OneCoin supplémentaires. Mais vu sa visibilité, il y a peu de doutes sur le fait que l’état va venir regarder, quand la pyramide s’écroulera, combien il a effectivement gagné… et lui apportera l’addition, qui sera sans doute salée.

Si vous vous êtes fait avoir par OneCoin, vous êtes protégés par la loi. N’essayez pas de convaincre des gens de « rejoindre le réseau » pour récupérer votre argent : contactez le SPF Economie et portez plainte ! Pour les belges : Portez plainte ici. Loi sur les ventes pyramidales ici.

Ci-dessous, l’article original :

Laurent Louis peut se targuer d’avoir un parcours inhabituel.

Lancé sur la scène politique au MR de Nivelles, il rejoint le Parti Populaire pour les élections de 2010, où il se retrouve élu un peu par hasard grâce au mécanisme de l’apparentement. Exclu du PP pour des propos anti-roms, il fonde le MLD, puis rejoint brièvement le parti Islam, puis fonde Debout les Belges, et finalement perd son siège en 2014.

Son discours a beaucoup évolué au cours des années. En 2011, lorsqu’il fonde le MLD, il vise clairement une plateforme populiste anti-immigrée de base, une version « dure » du PP. Les points importants de son programme incluent de « privilégier l’intégration des personnes d’origine étrangère en leur demandant de suivre un cours sur notre pays et ses valeurs« , « assurer un contrôle plus strict au niveau de l’octroi de la nationalité belge« , « appliquer les ordres de quitter le territoire« , « ré-affirmer l’autorité de notre police« , « apporter des solutions aux problèmes des SDF afin de sortir tous les Belges de la misère« . Un discours qu’on pourrait donc assez facilement retrouver dans tous les partis de « droite décomplexée ». Dans son programme de 2012, on retrouve un volet « Immigration » dans lequel il défend que « les sans papiers soient immédiatement expulsés du territoire national« , et que « les immigrés doivent s’adapter à nos traditions, et non l’inverse ».

Mais quelque chose change en 2012 : Laurent Louis s’embarque dans l’affaire Dutroux. « Magouilles, corruption, pédophilie: les ingrédients de la politique belge ?« , s’interroge-t-il innocemment, en plongeant tête la première dans l’univers des théories du complot. L’affaire Dutroux devient son grand cheval de bataille. Toute la « classe politique » belge devient, à ses yeux, des pédophiles et des escrocs. En 2013, ses valeurs ont un peu changé. On y retrouve maintenant « lutter contre le sionisme et l’ingérence au niveau mondial » et « sortir de l’Union Européenne actuelle qui ne représente plus qu’une pompe à fric« , alors qu’en 2011 il défendait « le développement européen dans le respect de nos différences en soutenant le projet visant à créer à terme les Etats-Unis d’Europe. »

Recruté par le parti Islam pour les élections de 2014, il s’auto-proclame président du parti avant d’en être immédiatement exclu. Il fonde alors Debout les Belges, et commence son rapprochement avec Dieudonné et Alain Soral, prenant ainsi sa place dans le bloc antisémite de la fachosphère.

Après l’échec électoral de Debout les Belges en 2014, il tente de se reconvertir en coach, tente de lancer une assurance avec Dieudonné, se dispute avec lui et se retrouve en 2015 complètement isolé. Il tente, principalement via Facebook, de vendre son livre « Debout! », de récolter des dons, ou encore de vendre des maillots de foot anciens. Visiblement, ces tentatives de reconversion n’ont pas très bien fonctionné.

Ce qui le pousse maintenant à se lancer dans une nouvelle entreprise : l’escroquerie.

Dans cette vidéo d’une demi-heure, Laurent Louis tente de convaincre ses ouailles d’investir dans OneCoin, une crypto-monnaie « bien plus sûre, bien plus sérieuse que le Bitcoin« , et de se faire de manière garantie pleins d’argent pour, comme il le dit si bien, « obtenir en toute légalité du beurre financier à mettre dans nos épinards. »

« J’ai eu la chance d’être informé du développement du OneCoin et je voudrais vous faire profiter d’une aubaine, » nous annonce-t-il généreusement, avant de nous « expliquer en des termes simples » de quoi il s’agit. « C’est une monnaire réelle, à la différence qu’elle est utilisée sans billets de banques ni pièces de monnaie. » Ces monnaies purement électroniques sont de « la merde » et « un pur produit de Satan« . Il s’agit d’un complot des élites pour se faire plein d’argent sur le dos des pauvres gens. « La pyramide l’a décidé : la crypto-monnaire, c’est le futur du paiement« .

Pourquoi investir dans la monnaie de Satan ? Parce qu’il faut utiliser les outils du système contre le système. « On rêve souvent d’un coup d’état… One Coin pourra nous offrir les armes pour le mener. »

OneCoin, donc, est une monnaie qui, pour l’instant, « vaut 5,65 euros« , mais sa valeur « ne fait que monter« . Si on investit 100 euros dedans, « après 3 mois, ils se seront transformés en 250 euros. En 1 an, ils seront multipliés par 10« . C’est incroyable, et les élites voulaient bien sûr garder ça pour eux. « Les initiés préfèrent toujours rester entre eux et s’enrichir mutuellement. » Heureusement, Laurent Louis est là : « maintenant ils vont devoir partager avec nous… du moins avec ceux qui me feront confiance et qui participeront à ce concept. »

« Pour le monde, la monnaie numérique sera une catastrophe. Puisque nous sommes incapables de nous opposer à la marche en avant de Satan, tentons au moins de profiter de ce mal pour améliorer notre quotidien. »

laurent-louis-revolutionLe visage de la révolution

Laurent Louis, en bon défenseur des pauvres et des opprimés, à donc décidé de rejoindre une escroquerie extrêmement courante : une vente pyramidale. Le principe de OneCoin, en effet, est que l’on achète un « pack » d’investissement, qui coûte entre 100 euros et 75.000 euros. Puis, en « parrainant » des gens qui rejoignent à leur tour OneCoin, on reçoit des bonus, et on fait fructifier la mise initiale. Ce genre de système permet aux tous premiers investisseurs (et il est déjà bien trop tard pour en faire partie) de gagner plein d’argent. Les suivants ont l’impression, pendant un certain temps, que ça marche. Sauf qu’ils ne gagnent pas d’argent réel : ils gagnent des chiffres qui montent sur leur écran, et qu’ils réinvestissent dans du OneCoin pour gagner encore plus ! Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de nouveaux membres qui arrivent pour faire tenir la pyramide. À ce moment là, les créateurs de OneCoin devront malheureusement cesser le projet, et partiront avec tout l’argent.

OneCoin profite de l’engouement pour les crypto-monnaies pour mettre une couche de peinture sur la pyramide, et prétendre aux investisseurs qu’ils participent à un projet grandiose qui va révolutionner les systèmes de paiement. Ils se donnent une façade de légitimité en montrant leur fondatrice, Ruja Ignatova, en couverture de « Forbes Bulgaria ». Ce qui serait nettement plus impressionnant si c’était vrai : le numéro en question présentait en réalité en couverture le Markus Persson, le créateur de Minecraft.

Peut-être que Laurent Louis est arrivé juste à temps, et qu’en arrivant à convaincre suffisamment de gens d’utiliser son parrainage il arrivera à rentrer dans ses frais. Plus probablement, il est déjà trop tard pour lui, et il est certainement trop tard pour ceux qui le rejoindront.

Et quand bien même il arriverait à se faire de l’argent sur le dos de ceux qui « lui font confiance », il se rendrait probablement bien vite compte que, contrairement à ce qu’il annonce avec certitude dans la vidéo, il ne s’agit pas de « gagner en toute légalité de l’argent net d’impôts. » Dans le meilleur des cas, l’état belge considèrera ces revenus comme ceux de Bitcoin et les taxera comme n’importe quel autre revenu. En pratique, vu qu’il s’agit clairement d’une vente pyramidale, cette activité devient pénalement sanctionnable, et les éventuels gains seront certainement confisqués.

Bien sûr, Laurent Louis se défend à l’avance des critiques que des gens mal intentionnés comme moi pourraient lui faire. Il rassure : « n’ayez crainte, je ne m’engagerais jamais dans un projet foireux. » Et à ceux qui le traiteraient d’escroc, il réplique : « c’est dommage, je suis un escroc qui est pauvre, c’est que je ne réussis pas très bien mes escroqueries. »

Là-dessus, je le rejoins tout à fait.

La charte des migrants

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C’est passé relativement inaperçu, entre Zaventem, les Panama Papers, et les vacances de Pâques, mais Theo Francken a sorti il y a quelques jours de son chapeau la « déclaration des primo-arrivants du gouvernement fédéral ».

Il s’agit de la « charte des migrants », que les primo-arrivants devront signer sous peine de « voir leur titre de séjour refusé ou retiré« . Dans cette charte, les primo-arrivants déclarent s’engager à « veiller à ce que eux-mêmes et leurs enfants éventuels s’intègrent dans la société durant leur séjour en Belgique, et qu’ils y participent activement. »

La suite du document est étrange. Dans son ensemble, il se contente de dire : « en s’installant en Belgique, on accepte de se soumettre à la législation belge », ce qui n’est pas vraiment controversé (et quelque chose me dit qu’ils devaient déjà signer, à un moment où un autre de la procédure, un document allant dans ce sens…). Ce qui est intéressant, c’est de voir quels points de cette législation belge méritent d’être mentionnés.

Par exemple, le « Titre II » de la constitution belge dénombre un certain nombre de « droits et libertés » fondamentaux :

  • (Art. 10) « L’égalité des femmes et des hommes est garantie. »
  • (Art. 11) « La loi et le décret garantissent notamment les droits et libertés des minorités idéologiques et philosophiques« 
  • (Art. 11bis) « La loi (…) garantit aux femmes et aux hommes l’égal exercice de leurs droits et libertés. »
  • (Art. 12) « La liberté individuelle est garantie. (…) Hors le cas de flagrant délit, nul ne peut être arrêté qu’en vertu de l’ordonnance motivée du juge, qui doit être signifiée au moment de l’arrestation, ou au plus tard dans les vingt-quatre heures. »
  • (Art. 15) « Le domicile est inviolable; aucune visite domiciliaire ne peut avoir lieu que dans les cas prévus par la loi et dans la forme qu’elle prescrit. »
  • (Art. 19) « La liberté des cultes, (…) ainsi que la liberté de manifester ses opinions en toute matière, sont garanties »
  • (Art. 22) « Chacun a droit au respect de sa vie privée et familiale »
  • (Art. 22bis) « Chaque enfant a droit au respect de son intégrité morale, physique, psychique et sexuelle. »
  • (Art. 23) « Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. (…) Ces droits comprennent notamment : »
    • « le droit au travail et au libre choix d’une activité professionnelle (…) »
    • « le droit à la sécurité sociale« 
    • « le droit à un logement décent« 
  • (Art. 24) « L’enseignement est libre. (…) Chacun a droit à l’enseignement dans le respect des libertés et droits fondamentaux »
  • (Art. 25) « La presse est libre; la censure ne pourra jamais être établie »
  • (Art. 26) « Les Belges ont le droit de s’assembler paisiblement et sans arme »
  • (Art. 27) « Les Belges ont le droit de s’associer; ce droit ne peut être soumis à aucune mesure préventive. »
  • (Art. 28) « Chacun a le droit d’adresser aux autorités publiques des pétitions signées par une ou plusieurs personnes. »
  • (Art. 29) « Le secret des lettres est inviolable. »
  • (Art. 30) « L’emploi des langues usitées en Belgique est facultatif; il ne peut être réglé que par la loi, et seulement pour les actes de l’autorité publique et pour les affaires judiciaires. »

Ça fait beaucoup, évidemment. Dans la déclaration des primo-arrivants, le texte est donc un peu résumé :

Dans ce pays, chacun jouit des libertés fondamentales telles que prévues dans la constitution. Ces libertés sont : la liberté d’opinion (…), la liberté d’association (…), la liberté de culte (…), la liberté de vivre son orientation sexuelle (…).

Bizarrement, le « domicile inviolable », la « liberté individuelle » (dont le droit de ne pas se faire arrêter sans raison) et le fait que « l’emploi des langues usitées est facultatif » ne s’y retrouve pas. L’égalité homme-femme est reprise plus loin dans le document. Sans doute qu’ils n’ont juste pas trouvé de moyen de le formuler comme « la liberté de… », et donc ont décidés d’en faire un point à part. La liberté de la presse n’est pas non plus reprise : sans doute que le gouvernement ne veut pas trop rappeler aux médias qu’ils ont le droit d’être critiques.

On retrouve ensuite, en vrac, la liberté pour « toute personne majeure de choisir librement une profession, un lieu de résidence, un partenaire », les obligations parentales, le fait que « les garçons et les filles ne peuvent être contraints de se marier », l’interdiction de « tout acte de violence envers son conjoint ou enfant », la condamnation par la Belgique de « tout acte de terrorisme » et, bien sûr, puisqu’on est dans un document NV-A, le fait que « la connaissance de la langue de la région » (ce qui explique « l’oubli » de l’article 30 dans la petite présentation de la constitution…)

Tout cela sous-entend bien sûr que les migrants ont une fâcheuse tendance à être des gens violents et des terroristes qui abandonnent leurs enfants (sinon pourquoi le rappeler spécifiquement, puisque ça fait déjà partie de nos lois ?)

Et bien entendu, comment ce gouvernement pourrait-il laisser passer une belle occasion de tirer sur les « assistés » du pays ? Le dernier point est bien sûr que « dans ce pays, les citoyens et les familles doivent pourvoir eux-mêmes à leur propre subsistance. » Bienvenue en Belgique : ici, c’est chacun pour soi, et tout ce que vous avez entendu sur notre sécurité sociale (parce que c’est bien sûr juste pour ça que vous venez chez nous) ne s’applique pas à vous !

Le grand jeu de la récupération politique

Une tragédie nationale, ça veut dire quoi ? De la solidarité, des hommages, de l’émotion… mais surtout, une belle opportunité de récupération politique pas chère. C’est vrai, ce serait dommage de laisser passer plus de quelques heures avant de commencer à tenter de marquer des points.

En France, du côté des Républicains :

sarkoSarkozy, cherchant à faire oublier ses problèmes judiciaires

 

Parce que quand des terroristes bruxellois font des attentats à Bruxelles, c’est clairement un problème de frontières.

Évidemment, les socialistes français veulent aussi montrer qu’ils en ont dans le pantalon, en utilisant une belle rhétorique guerrière qui fait un petit peu penser aux discours de Bush en 2001.

Il faut dire que le ton avait été donné d’entrée de jeu. Les premiers mots de Charles Michel après les attentats : « Ce que nous redoutions, s’est réalisé« . On vous l’avait bien dit qu’il fallait continuer à mettre des militaires et des policiers partout !

Mischael Modrikamen via « Le Peuple » gagne sans doute le prix de la meilleure manière de marquer son respect pour les victimes :

À chaque fois qu’un évènement important se produit, une question essentielle est bien sûr : qu’en pense Laurent Louis ? C’est aussi une question rhétorique. La réponse est toujours : c’est la faute des juifs :

Comme vous le savez, je n’ai jamais caché que je pensais que les attentats qui ont été perpétrés aux Etats-Unis et en Europe depuis le 11 septembre 2001 étaient (…) en réalité perpétrés par nos gouvernements pour servir des intérêts politico-économiques avec en toile de fond la déstabilisation du monde arabe, le développement de l’islamophobie dans le monde, la concrétisation du projet du Grand Israël et in fine la mise en place d’un nouvel ordre mondial

De retour côté Français, le FN est presque aussi prévisible :

Bon, c’est pas grave que les terroristes n’ont, à nouveau, rien à voir avec les migrants. Ils ont tous des noms qui sonnent pareils, donc c’est tous les mêmes. CQFD.

La Belgique est fort touchée, mais heureusement elle peut compter sur un soutien de taille : Donald J. Trump !

Dis nous en plus, Donald, comment vas-tu arrêter cette folie ?

Ah, oui, bête question.

Et pour ceux qui s’entêtent à penser que, peut-être, ce serait plus productif de travailler sur l’éducation au vivre-ensemble…

Une logique imbattable.

Le vivre-ensemble selon Fedasil

Fedasil propose aux demandeurs d’asile des formations sur le vivre-ensemble, pour présenter nos « valeurs et nos normes« . Les thèmes abordés vont « des règles de circulation aux relations sexuelles ». Ils ont récemment mis sur leur site quelques slides extraits de leur présentation PowerPoint… (à télécharger ici : relations_et_sante_sexuelles_ppt_janvier_2016_fr.ppt)

Le résultat oscille entre du relativement informatif et potentiellement utile, du vaguement condescendant, et du légèrement inquiétant.

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En Flandre, c’est pas faux. Mais ils doivent être surpris quand ils débarquent en Wallonie et à Bruxelles et que tout le monde se fait la bise… (après, il faudrait probablement dix slides pour expliquer toutes les variations du nombre de bisous en fonction de la région dans laquelle on se trouve)

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Là-dessus, pas grand-chose à dire. « Ne pas mater comme un vieux dégueulasse » est généralement un bon conseil. Je suis pas sûr que les Belges en général donnent le bon exemple, cela dit.

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… »surtout ‘des gens’ comme vous, parce qu’ils vont se dire que vous voulez voler leur portefeuille »

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La première partie, pas de soucis… mais je suis curieux de savoir qui sont les « certaines femmes » qui aiment bien se faire siffler en rue (pas celles du centre d’accueil en tout cas, visiblement). J’ai comme l’impression que « ne sifflez pas les femmes en rue, vous aurez l’air d’un gros naze » aurait été plus clair comme message…

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On va dire que je pinaille (et c’est pas faux), mais… C’est juste moi où toutes les photos utilisées dans la présentation pour montrer « Le Belge » ne montrent pas vraiment une, disons, grande diversité culturelle ? Bon, peut-être que c’est juste par manque de bol que les quelques slides qu’ils ont décidés de montrer en exemple ne montrent que des blancs, mais quand même…

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Quelque chose me dit qu’après un passage par les camps de réfugiés, ils ne vont pas faire la fine bouche en matière de toilette, les demandeurs d’asile.

Il y a encore quelques autres slides, en néerlandais, sur le site de « De Morgen », avec entre autres des conseils sur « comment flirter » en Belgique…

Le vote français expliqué

Après les élections, le rôle des médias est de simplifier au maximum la situation, parce qu’on est trop bête pour comprendre quelque chose de plus compliqué que « le FN profite de la crise des migrants » ou « c’est un vote anti-Hollande » ou « c’est la faute des abstentionnistes« . Alors moi aussi je veux jouer : voici mon explication extrêmement simpliste et arbitraire du vote français ! Avec des dessins, parce que je suis pédagogue comme ça. Sauf que les dessins c’est des graphes, parce que je suis un sale geek.

Placer l’électorat sur un axe « Gauche-Droite », c’est dépassé. Il faut rajouter une dimension, ça fait plus joli sur les dessins. Moi, j’ai rajouté un axe « J’men fout pas / J’men fout ».

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Après, il faut placer des gens sur ce graphe. En haut à gauche, il y a les communistes purs et durs, les convaincus, ceux qui chantent l’Internationale sous la douche. En haut à droite, les vrais fachos, qui se raseraient la moustache au carré si ils avaient passé la puberté. Entre les deux, on a les gros blocs : La Gauche, le Centre et la Droite, avec des gens plus ou moins convaincus / intéressés.

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Le « status quo » des élections passées, c’est que globalement le bas du graphique ne vote pas (puisqu’ils s’en foutent). L’extrêment-gauche se répartit en douze factions différentes qui feraient un score raisonnable si ils arrivaient à se mettre ensemble deux minutes sans se taper dessus. Les fachos ne votent pas parce que la démocratie c’est pour les tapettes et les juifs. Le PS et l’UMP/Les Républicains se répartissent le reste, moins les trois derniers électeurs fidèles de François Bayrou.

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Qu’est-ce qui a changé en 2015 ? Marine Le Pen a-t-elle réussit à convaincre les français que le retour au moyen-âge est l’avenir de la France ? Mon explication :

  • Sarko pourchasse le vote du FN. Du coup, ses électeurs centristes sont dégoûtés, et ses électeurs racistes se disent que, quitte à ce que le discours et les thèmes de campagne soient les mêmes, autant directement voter pour l’original.
  • Le PS pourchasse les votes Républicains en jouant aux machos va-t-en-guerre, parce que Hollande en a marre qu’on le traite de mou du bide. Résultat : les électeurs de gauche ne veulent pas cautionner la guerre et la dérive ultra-sécuritaire et restent chez eux. Il ne gagne pas d’électeurs de droite, parce qu’il faut pas déconner, ils vont jamais voter PS.
  • Les communistes continuent à répartir leurs voix entre pleins de petits partis, parce qu’on ne peut pas compromettre ses opinions pour un objectif électoral.
  • Les centristes restent chez eux, parce que de toute façon tout le monde dit de la merde, et qu’ils vont quand même pas aller voter Bayrou.
  • Les fachos voient soudainement que le FN a une chance d’arriver au pouvoir. Du coup, ils se disent que la démocratie, c’est drôle en fait quand on gagne, et ils viennent voter. Malheureusement, ils ont quand même vaguement appris à lire parce que l’Éducation Nationale n’est pas si mauvaise que ça, et ils arrivent à trouver la case FN.

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Et paf, ça fait des fachos au pouvoir. Merci Sarko pour avoir rendu le discours FN acceptable, merci Hollande pour mettre la priorité sur la sécurité et l’armée, des thèmes toujours très gagnants pour la gauche, merci les abstentionnistes pour tout l’intérêt que vous portez à votre avenir… Ce n’est sans doute que lorsqu’on vous retirera le droit de vote, et la liberté d’expression, que vous vous rendrez compte que vivre dans une démocratie européenne, ce n’était pas si mal que ça.

Agir face à des terroristes selon La Libre

Quelle attitude adopter face à des terroristes ? C’est la question à laquelle La Libre tente de répondre via un « expert en sécurité », Stany Ledieu.

À la lecture du premier conseil (« faire le mort »), je me suis posé quelques questions. N’avais-je pas lu il y a quelques jours que les services anglais de lutte anti-terrorisme conseillaient exactement le contraire ? Le deuxième point dit tout de même que fuir est une bonne option. Le troisième point est… nettement plus original :

Un homme pointe une arme sur vous. « Vous ne prenez pas de risque à dire « Allahou Akbar » [« Dieu est [le] plus grand » , en arabe.] C’est l’option de la dernière chance. Au Bataclan, les djihadistes ont épargné certaines personnes » , rappelle Stany Ledieu.

Apparemment, les djihadistes sont paralysés par le mot magique « Allahou Akbar », et ne sont pas du tout suspect quand ça vient de la bouche d’un mec tout pâle qui boit des bières dans un concert de métal…

Bon, du coup, qui est ce fameux « expert en sécurité » ? Visiblement, il dirige une société de coaching / consultance en sécurité, SL Consultance. C’est plutôt bon signe. C’était aussi la tête de liste aux élections de 2014 de Vox Populi Belgica. Si vous ne connaissez pas, c’est normal, ils ont fait 0,1% des voix à Namur, soit 300 voix pour M. Ledieu.

Leur programme se trouve encore sur leur site web. On y trouve le bien-être animal, le développement durable… Jusque là, tout va bien… Et puis, « Belgica s’expurge de l’Islam ». Ah oui, quand même…

La politique de Vox Populi Belgica concernant l’islam tient en deux phases :
Phase 1 : Promotion active à l’apostasie des musulmans présents en Belgique
Phase 2 : déchéance de la nationalité belge des musulmans

Comment vont-ils faire ça ?

Durant 3 ans, avec amour et compassion, nous allons expliquer aux musulmans présents sur notre territoire que l’islam n’a plus sa place en Belgique. […] Au terme de cette période, tout qui affirme publiquement adhérer à l’idéologie islamique se verra immédiatement privé de la nationalité belge. »

Et sa continue comme ça sur des pages et des pages d’une diarrhée verbale, avec des beautés telles que :

L’ouvrage intitulé « Qawateh el adella » par Ibn abd el Gabbar el Samaany, volume 2 page 111, citation du passage : « Le coït avec le cadavre d’une femme ou avec une bête est halal. »

Je suis sûr que tous les musulmans vivent par les paroles de Ibn abd el Gabbar el Samaany…

Bref, loin de moi l’envie de critiquer la crédibilité des sources de La Libre Belgique… Mais quand même, peut-être que donner la parole à des islamophobes primaires, dans le contexte actuel, n’est pas la meilleure manière de diffuser des bons conseils aux citoyens.

Les réfugiés climatiques

Pendant que les européens se retranchent derrières leurs frontières et leurs barrières en espérant que, si ils se cachent les yeux et se bouchent les oreilles suffisamment fort, les migrants retourneront chez eux, les dirigeants mondiaux s’apprêtent à ne prendre aucune action contre le réchauffement climatique lors de la conférence « COP21 » à Paris.

migration-climatiqueImage : IOM

Quel rapport entre les changements climatique et la crise humanitaire des migrants à laquelle l’Europe répond si mal ? Simplement ceci : si rien n’est fait pour stopper le réchauffement, la « crise » migratoire actuelle risque de sembler bien bénigne par rapport à ce qui nous attend dans les années à venir. Une étude de 2007 de l’ONG britannique « Christian Aid » estimait qu’il y aurait « 1 milliard de migrants climatiques » d’ici 2050. Le chiffre n’est sans doute pas très précis ni très fiable (d’autres parlent plutôt de « seulement » 200 millions), mais le fond du raisonnement est assez évident : le réchauffement climatique amène à des déplacements de population par des causes directes (inondations, ouragans, sécheresses…) et indirectes (appauvrissement des ressources conduisant à plus de conflits).

Pour tous les politiciens et les trop nombreux citoyens européens qui désirent absolument endiguer le flux de migrants : redirigez vos efforts ! Plutôt que de construire des barrières et de recruter des douaniers, luttez pour le climat. Militez pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Investissez dans le développement durable. L’effet sera sans doute moins visible à court terme, mais vous obtiendrez de bien meilleurs résultats à long terme. Vous pourrez ainsi préserver la semble-t-il précieuse « identité chrétienne » de l’Europe. Et, accessoirement, vous aurez vraiment contribué à rendre le monde meilleur.

Le grand exploit européen

Les médias et les politiciens européens ont réalisés un grand exploit, qui mérite toute notre admiration. Ils ont réussit à prendre une crise majeure ; une crise qui touche des millions de personnes en Syrie, en Irak, en Afghanistan ; une crise qui a fait des centaines de milliers de morts, qui a forcé des populations entières à quitter leur vie et leur foyer… et à faire de nous les victimes.

Nous, pauvres européens qui allons devoir, horreur ultime, peut-être mettre temporairement la main à la poche pour sortir quelques euros supplémentaires par personne pour accueillir les réfugiés.

Nous, pauvres européens forcés de regarder la misère en face, et de côtoyer des gens différents.

Nous, pauvres européens, qui risquons de voir quelques mosquées supplémentaires construites sur nos terres chrétiennes.

À entendre nos médias et nos politiciens, on pourrait penser que la cible principale du Daesh, c’est nous. Que ces réfugiés sont un moyen trouvé par l’État Islamique pour envahir et affaiblir l’Europe. Parce qu’il est apparemment trop dur d’imaginer que tout ça, toute cette crise, puisse ne pas être centrée autour du monde occidental. D’admettre que nous ne sommes que des personnages secondaires de la tragique histoire qui se déroule au Proche-Orient et au Moyen-Orient.

Nous devons apparemment nous convaincre que nous vivons un grand conflit entre le monde occidental et les terroristes islamistes. La « Guerre contre le Terrorisme » des États-Unis et de ses alliés européens contre Al Qaeda, Boko Haram, l’État Islamique, et toute ces organisations beaucoup trop compliquées à différencier les unes des autres. Ce grand conflit, cependant, n’existe que dans la tête des occidentaux. Pour le Daesh, pour Al Qaeda, l’occident n’est qu’un adversaire symbolique, un moyen de rallier les populations locales survolées en permanence par des drones américains qui semblent frapper autant les civils que les leaders terroristes.

Le réel adversaire du Daesh et d’Al Qaeda, c’est l’Islam. La majorité de leurs victimes, des musulmans. La lutte qui se déroule est avant tout une lutte entre la vision déformée de l’Islam défendue par l’Etat Islamique, et celle des autres, ceux qui restent pour se battre, ceux qui fuient, ceux qui essaient de survivre au milieu du chaos, ceux qu’on se permet de juger depuis notre position bien confortable en leur disant qu’ils ne « condamnent pas assez » l’islamisme radical. Ceux qu’on laisse mourir dans la méditerranée, qu’on laisse macérer dans des camps au pieds des clôtures érigées à la hâte, et à qui on enseigne, une fois arrivé sur notre territoire, les délices des procédures administratives locales au bout desquelles on leur informera que leur pays en guerre n’est pas si dangereux que ça, et qu’ils pourraient quand même y retourner plutôt que de déranger les pauvres belges qui veulent faire leur jogging en paix sans voir des gens bronzés.

Droit de grève et récupération politique

Charles Michel et le MR veulent instaurer le « droit au travail ». Kris Peeters et le CD&V pensent qu’il faut moderniser le droit de grève, tandis que la N-VA veut proposer une loi donnant une personnalité juridique aux syndicats. Tout cela est certainement le fruit d’une juste colère face au malheureux décès d’une touriste danoise, et pas du tout une récupération politique cynique visant à fragiliser les syndicats…

Il est vrai que la législation autour du droit de grève est presque inexistante, et repose principalement sur la jurisprudence. Poser un cadre juridique plus clair est un objectif valable. Poser ce cadre maintenant, en vitesse, ressemble plutôt à une punition envers les syndicats. Le sujet est épineux, et mérite mieux que des mesures irréfléchies qui ne feraient que jeter de l’huile sur le feu.

Si des actes illégaux ont été commis durant le mouvement de grève, ils ont été commis par des individus. Faut-il juger ces individus ? Pourquoi pas. Rendre le syndicat en lui-même responsable juridiquement des actions de chacun des grévistes, par contre, rendrait tout simplement impossible la tenue de grèves dans le futur. Aucun syndicat ne pourra jamais garantir l’absence de débordements lors de leurs actions.

La majorité gouvernementale semble vouloir réduire la grève à un acte de protestation symbolique, qu’ils pourront ignorer comme ils ignorent les manifestations de masse. Une grève, pour eux, ne devrait pas avoir d’impact sur le citoyen. Les trains devraient continuer à rouler, chacun devrait pouvoir joindre son lieu de travail, le trafic ne devrait pas être perturbé, les patrons et actionnaires ne devraient pas voir leurs revenus diminuer. Le droit de grève, oui, à condition que cette grève soit invisible.

Ce mépris du gouvernement envers les syndicats et, de manière générale, envers les citoyens qui protestent contre leurs mesures, est inquiétant. Bien sûr, ce gouvernement a été démocratiquement élu. Cela n’a jamais constitué, en Belgique, un passe-droit pour faire tout ce qu’il veut. La concertation sociale fait partie du jeu démocratique. Lorsque celle-ci n’a pas lieu ou est complètement ignorée, le droit de grève fait alors aussi partie du jeu démocratique. S’attaquer à ce droit est un jeu dangereux. C’est un signal de plus que le gouvernement n’est pas prêt à entendre les syndicats. Ce qui ne peut qu’entraîner des grèves supplémentaires, avec les débordements probables et inévitables que cela implique.