Homéopathie : science et pseudoscience

La majorité des médecins belges estiment que l’homéopathie n’a pas sa place dans les soins de santé. Pourtant, l’acceptation de l’homéopathie comme moyen de traitement par les consommateurs se généralise : la moitié des belges lui feraient confiance. Les européens en sont particulièrement friands : le leader mondial est Boiron, une société française, dont le chiffre d’affaire en 2014 s’élève à 600 millions d’euros.

L’industrie homéopathique, sans être au même niveau que l’industrie pharmaceutique, est donc bien florissante. Est-elle basée sur des traitements réellement efficaces, ou sur du vent ? Entrons dans le vif du sujet…

Un cas concret

L’Oscillococcinum est un “médicament homéopathique utilisé dans la prévention et le traitement des états grippaux“. Il coûte à peu près un euro par dose de un gramme. D’après le Ministère français de l’économie, des finances et de l’industrie, ça le place environ 50% plus cher que sa concurrence. Sa composition : “extraits filtrés de foie et de coeur d’Anas barbariae dynamisé à la 200e K. Excipients (saccharose, lactose).”

Où est le problème ? “extraits filtrés de foie et de coeur d’Anas barbariae dynamisé à la 200e K” signifie, en clair : prendre de l’extrait de foie et de coeur de canard de barbarie et y appliquer 200 dilutions “korsakovienne” successives. La dilution korsakovienne consiste à prendre un flacon contenant le composant actif, à le vider, le remplir d’eau, et le secouer fortement pour mélanger ce qui restait sur les parois avec l’eau. Au bout d’une dizaine de dilutions, il ne reste statistiquement plus aucune molécule du composant actif. Au bout de 200 dilutions, c’est une certitude presque absolue que aucun flacon de ce médicament qui ai jamais été vendu dans le monde ne contient la moindre molécule du composant actif. Reste donc du saccharose et du lactose : autrement dit, du sucre.

canard-barbarieAnas Barbariae, dans son état pre-Oscillococcinum

Mais pourtant ça marche !

La réponse habituelle de l’industrie homéopathique est : ça marche, pleins de gens se traitent avec de l’homéopathie et se sentent mieux après, “l’efficacité thérapeutique est certaine”. Comment expliquer que tant de gens observent les effets de l’homéopathie, si ce n’est qu’un placebo ? Justement. Quand on dit qu’un traitement n’a pas plus d’effet qu’un placebo, la première réaction est souvent de dire : “quoi, ça ne marche pas ? Mais pourtant je connais untel chez qui ça a marché !” On associe “effet placebo” avec “aucun effet”, mais c’est loin d’être le cas. L’effet placebo est bien réel, et offre souvent d’excellents résultats, notamment pour le traitement des douleurs mais aussi pour des troubles immunitaires, hormonaux ou respiratoire (Price et al., A Comprehensive Review of the Placebo Effect: Recent Advances and Current Thought [PDF], Annual Review of Psychology, 2008.)

L’effet placebo dépend de nombreux facteurs, dont le mode d’administration, les attentes du patient, son conditionnement… Il n’est donc pas surprenant en soi que des remèdes homéopathiques puissent avoir un effet. C’est là aussi qu’intervient le traitement personnalisé : une consultation chez un homéopathe va typiquement être plus longue et plus personnelle qu’une consultation chez un médecin, ce qui augmente les chances d’obtenir une bonne réponse au placebo.

Ce n’est pas pour rien que l’homéopathie est particulièrement prescrite pour ces mêmes problèmes où le placebo est le plus efficace : traitement des allergies, des douleurs, des symptômes grippaux…

Et selon les homéopathes, ça marche comment ?

La théorie fondamentale de l’homéopathie est développée au XVIIIème siècle par Samuel Hahnemann. À l’époque, l’invention récente du microscope permet à la médecine de commencer à s’extirper des textes antiques et de la théorie des “humeurs” (dans laquelle le corps humain contient un équilibre entre sang, phlegme, bile jaune et bile noire). L’idée de Hahnemann est assez simple : lutter contre une maladie en ingérant des petites quantités d’une substance provoquant des symptômes similaires. Ce n’est pas une idée particulièrement loufoque à l’époque : on vient alors de découvrir que l’inoculation de petites doses de variole permet de protéger des symptômes les plus graves de la maladie.

Hahnemann
Samuel Hahnemann

L’homéopathie selon Hahnemann repose sur trois principes. Le principe de similitude (datant d’Hippocrate), selon lequel “les semblables sont aptes à guérir les semblables”. Le principe de dilution, pour éliminer le risque de toxicité. Et le principe de dynamisation : secouer le mélange solvant – principe actif pour que le solvant s’imprègne de “l’essence” du remède.

On mesure le plus souvent les dilutions en “Centésimale hahnemannienne” ou “CH”. 1 CH signifie diluer au centième de sa concentration le produit initial. Typiquement, un produit homéopathique moderne aura une dilution allant de 4-5 CH jusqu’à 30 CH. Est-ce beaucoup ? Une dilution à 10 CH correspond à une goutte de produit actif dans le Lac Léman. Une dilution à 23 CH correspond à une molécule de produit actif dans tous les océans du monde. Au delà de 12 CH, on obtient statistiquement moins d’une molécule dans une dose du remède homéopathique.

Comment l’industrie homéopathique justifie-t-elle que ces produits (qui ne contiennent au mieux que quelques traces infinitésimales de produit actif, et bien souvent n’en contiennent pas une seule molécule) ont un effet sur l’organisme ? En parlant de “mémoire de l’eau“. La dynamisation (ou : secouer très fort la bouteille) permettrait de faire en sorte que le solvant garde la “mémoire” du composant actif. La mémoire de l’eau est un concept proposé par Jacques Benveniste. Ses résultats, montrant que l’eau conserve une “empreinte” des éléments avec lesquelles elle a été en contact même lorsque ceux-ci ne sont plus présents en solution, n’ont jamais pu être reproduits et sont généralement considérés comme le fruit d’erreurs expérimentales. L’idée a cependant été reprise avec enthousiasme par les homéopathes, qui y ont vu une justification scientifique du processus de dilution-dynamisation.

Il n’empêche que, à l’heure actuelle, rien dans notre compréhension des mécanismes physiques et chimiques sur lesquels reposent notre science moderne ne permet de voir dans la théorie homéopathique autre chose que de la pseudoscience.

Que nous reste-t-il ?

Comment alors caractériser l’homéopathie ? C’est une méthode de traitement basée sur une science inexacte, qui conduit à la production de remède constitués uniquement d’eau, d’alcool ou de sucre, et dont les résultats, selon les études les plus charitables, nécessitent plus de tests pour déterminer leur efficacité, ou plus généralement sont identiques aux résultats obtenus par placebo. Les agences gouvernementales comme le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (Belgique), le NHS (Royaume-Uni), ou récemment le NHMRC (Australie) sont tous arrivés à la même conclusion.

Peut-on pour autant dire que l’homéopathie ne remplit aucune fonction, voir est dangereuse ? Oui et non. Les remèdes homéopathiques en tant que tels ne sont pas dangereux. Le fait qu’ils n’ont pas de principes actifs joue dans les deux sens : ils ne peuvent faire ni du bien, ni du mal. Lorsque le remède homéopathique est pris comme complément à un médicament réellement actif, il ne peut pas faire de mal, et va aider le patient, via l’effet placebo, dans sa guérison (par exemple : des gouttes homéopathiques pour les yeux ajoutés à un anti-histaminique pour lutter contre des allergies). De même lorsque aucun traitement n’est nécessaire (par exemple : pour “guérir” d’un rhume). Tant que l’homéopathie ne vient pas se substituer à un traitement classique, où est le mal ?

Reste le fait que les produits homéopathiques sont présentés de manière malhonnête. Ils ne sont pas vendus en tant que placebo, mais en tant que médicaments. Ils prétendent avoir des composants actifs, et que ce sont ces composant actifs qui ont un impact sur la santé du patient. Chaque patient a le droit d’être informé sur les différents aspects du traitement qu’il reçoit. Dans le cas de l’homéopathie, ce critère d’information n’est pas rempli. La notice de l’Oscillococcinum parle de posologie, de composants actifs, d’effets secondaires possibles (en cas de réaction au sucre…), sans qu’il soit jamais clair qu’aucune molécule de “coeur et de foie d’Anas Barbariae” ne sera jamais présente dans aucune dose du produit qui sera jamais vendue.

canard-barbarieAnas Barbariae, dans son état post-Oscillococcinum

Au moins ils ne risquent pas de devoir tuer beaucoup de canards…

Pourquoi votre ordinateur ne fonctionne pas.

Vous regardez l’écran de votre ordinateur avec frustration. Il a planté, encore une fois. Il est lent. Il est inutilisable. Il lui faut dix minutes pour s’allumer. Les pages web mettent tellement de temps à charger que vous avez le temps de boire un café entre chaque e-mail ouvert. Vous pensez à le jeter par la fenêtre, ou encore mieux sur la tête de l’esprit tordu qui l’a conçu, et qui n’a pas pu faire en sorte que, tout simplement, ça marche. Est-ce vraiment si compliqué ? Est-ce vraiment trop demander ? Oui. Pourquoi ?

spinning-beachballNon, c’est bon, j’ai le temps…

Réaliser un programme informatique, c’est comme préparer un grand repas (pas vraiment en fait, mais on va faire comme si). Lorsque vous préparez votre menu, vous n’allez pas tout faire à partir de zéro. Vous n’allez pas planter et récolter les légumes, traire les vaches, élever les cochons, moudre le blé. Non : vous allez sélectionner les ingrédients dont vous avez besoin, et essayer de les mettre ensemble au mieux. Vous allez les préparer, les découper, les combiner, les assaisonner, jusqu’à obtenir le résultat voulu : des plats équilibré, un menu construit et cohérent, réfléchi. Vous vous imaginez dans votre tête le client dégustant chaque pièce de nourriture dans le bon ordre, tel que vous l’avez préparé.

Ça, c’est la théorie. Ensuite, le vrai travail commence. Il y a beaucoup à faire, vous vous entourez d’une équipe de cuisiniers. Chacun insiste pour travailler avec sa marque de couteau, sa poêle fétiche. L’un veut que les tomates soient coupées dans un sens, l’autre refuse de les servir comme ça. On s’engueule un peu, mais au final tout le monde s’y met. Les préparatifs avancent, tout prend forme. Vous serez prêt à servir dans une heure.

Le patron du restaurant arrive : “Ah oui, j’ai oublié de vous prévenir, le client adore le chocolat. Je lui ai promis qu’il y en aurait dans chaque plat. Vous allez faire ça bien, je vous fait confiance !”

Vous n’avez pas le temps de réagir qu’il est déjà parti. Vous voyez la catastrophe arriver : vous n’avez même pas de chocolat ! Vous trouvez vite un fournisseur qui est prêt à vous en donner, mais il n’accepte de vous le vendre que si vous achetez aussi ses pommes. Votre pâtissier râle, parce que ce n’est pas ses pommes habituelles, mais il finit par accepter. Vous accommodez tant bien que mal le reste du repas pour ajouter des morceaux de chocolat partout sans trop détruire le reste. Vous voyez bien que ce ne sera pas aussi bon que vous l’aviez prévu, mais bon, tant pis, si c’est pour satisfaire le client… Le service démarre. Quelques minutes plus tard, on vous appelle en salle. Il y a un problème. Vous craignez le pire : est-ce qu’un cheveu s’est glissé dans la soupe ? Est-ce qu’un morceau de viande était de mauvaise qualité ?

Le client vous montre son assiette du doigt. “Ce n’est vraiment pas bon, le Ketchup masque complètement le goût de tout le reste.” Le vide se fait dans votre cerveau. Vous n’avez pas mis de ketchup. Vous voyez une bouteille sur la table. Vous demandez poliment : “pourquoi avez-vous ajouté du Ketchup ?” Immédiatement, il se braque : “Je n’ai rien ajouté du tout ! C’était comme ça !”. Vous soupirez, reprenez le Ketchup et l’assiette, en ramenez une autre. Cette fois-ci, vous restez dans les parages pour vérifier qu’il n’ajoute rien. Peine perdue : dès que vous détournez le regard, un paquet de sauce, du sel, du poivre ou de la sauce piquante arrivent comme par magie entre ses mains.

Le repas touche à sa fin. Il vous rappelle une dernière fois. “C’était pas mal du tout. Par contre, pourquoi avez-vous mis du chocolat partout ?”

chocolate-pizzaMiam! (via lovethispic.com)

Est-ce vraiment si compliqué, donc ? Oui. Chaque fois que vous utilisez votre ordinateur, vous vous reposer sur des dizaines, des centaines d’applications différentes, conçues par des équipes de parfois plusieurs centaines de personnes qui n’ont chacun qu’une vision partielle du produit qu’ils sont en train de développer. Des programmes qui se reposent sur des technologies datant d’il y a entre un mois et cinquante ans, qui n’ont jamais été conçus pour fonctionner ensemble mais qui ont été bricolés pour que “ça marche” — la plupart du temps.

Les interactions entre les différents programmes se passent dans équilibre fragile. À chaque mise à jour, cet équilibre peut être brisé : une application est modifiée, une autre cesse de fonctionner. Pas de chance : ses développeurs ont fait faillite, il n’y aura pas de correction. La solution : ne rien mettre à jour ? Félicitations, vous vous rendez plus vulnérable à des failles de sécurité qui sont découvertes tous les jours, dans tous les programmes un peu populaires.

Alors quand votre ordinateur plante, où quand il devient lent, on vous dit : redémarrez. Désinstallez un maximum de programmes. Nettoyez la mémoire. Retirez les Malwares, les Spywares, les Virus. Redémarrez encore. À chaque redémarrage, les millions de rouages qui font tourner l’ordinateur se remettent dans une position plus ou moins cohérente, plus ou moins connue. Dès que les programmes se mettent en marche, dès que les rouages tournent, ils commencent à bouger, à se gêner les uns les autres, jusqu’à ce qu’ils se bloquent à nouveau. Si vous faites bien attention, si vous prenez soin de votre ordinateur, que vous n’installez pas de programmes superflus, que vous prenez garde à ce que vous téléchargez, aux pages web que vous visitez, vous pouvez reculer l’échéance. Mais lorsque l’inévitable fini par arriver, que vous devez une nouvelle fois changer d’ordinateur, sachez que ce n’est pas uniquement de votre faute (même si vous avez peut-être accélérés sa déchéance) : voyez-y le résultat des tentatives de milliers d’informaticiens, partout dans le monde, de garder un minimum de cohérence dans ce fouillis de technologies. Tentatives, aussi, de se convaincre qu’ils comprennent encore comment fonctionne vraiment le programme qu’ils viennent d’écrire.

Et pourtant, elle chauffe

Lorsque Jim Inhofe, sénateur de l’Oklahoma, a pris la parole jeudi dernier devant le Sénat américain, il avait une idée en tête : montrer à ses collègues, au peuple américain, peut-être au monde entier, que le réchauffement climatique n’est qu’une fantaisie née de l’imagination des scientifiques en quête de subsides. Son argumentation, dans la vidéo ci-dessous, est concise et irréfutable.


James “Jim” Inhofe face au Sénat américain (CSPAN via YouTube)

On entend sans arrêt que 2014 a été l’année la plus chaude jamais enregistrée“, nous dit-il. Il démontre le contraire : “Savez-vous ce que c’est ? C’est une boule de neige, ramassée juste ici dehors. Donc il fait très, très froid dehors“. Imparable. Apparemment, les mesures réalisées par des équipements météorologiques et par des satellites sur l’ensemble du globe à longueur d’année peuvent être jetées à la poubelle, parce qu’il y a de la neige à Washington DC.

La vidéo ne fait que 30 secondes, mais elle résume bien tout ce qu’il reste comme argument à ceux qui, contre toute la communauté scientifique, contre le consensus académique, résistent encore et toujours à l’inévitable conclusion que oui, la Terre se réchauffe anormalement vite, que oui, l’être humain en est la cause via les émissions de gaz à effet de serre, que oui, il faut réduire ces émissions, rapidement, ou subir des conséquences désastreuses tant sur le plan économique que sur le plan humain.

Visiblement, Jim Inhofe a du mal avec le concept des saisons, et avec le concept de “climat planétaire” en opposition à la météo locale. Mais ne craignons rien : je suis sûr qu’il n’a pas d’influence sur les décisions en matière d’environnement, n’est-ce pas ?

À ce propos… James “Jim” Inhofe n’est pas que le représentant de l’Oklahoma au sénat. Il y préside le comité chargé de l’environnement et des travaux publics. À ce titre, il a donc une énorme influence sur la politique américaine en matière de réduction des émissions de carbone, et du développement de l’énergie durable.

Il y a quelques mois, Barack Obama, dans un discours à l’ONU, répétait l’importance d’une action coordonnée pour lutter contre le réchauffement climatique. Visiblement, la participation des États-Unis à cet effort n’est pas tout à fait assurée…