La carte et la variole

Une carte illustrant les pays où la variole du singe a été détectée fait tout doucement le tour des réseaux complotistes et/ou antivax. Son origine semble être différents tabloïds anglais, comme Metro ou le Daily Mail.

Version diffusée sur Twitter par Bertrand Scholler [Source], initialement publiée par le Daily Mail [Source]

Si l’on suit le raisonnement qui accompagne généralement l’image, on est supposé voir cette carte et se dire: tiens, c’est curieux, pourquoi la variole du singe touche-t-elle principalement les pays occidentaux, ceux “où la population a été la plus vaccinée“. Serait-ce le plan du nouvel ordre mondial: nous affaiblir avec un vaccin pour mieux nous assommer après avec un nouveau virus?

Mais avant de chercher à interpréter la carte, une question fondamentale doit être résolue… ils sortent d’où, exactement, ces chiffres?

Une constante des partages complotistes sur les réseaux sociaux, c’est de ne pas citer leurs sources: pas moyen de vérifier les chiffres par là. Le Daily Mail n’est pas particulièrement connu pour sa rigueur scientifique non plus, et on peut supposer que ce n’est pas eux qui ont compilé les cas. Mais si le Daily Mail ne cite pas directement la source pour la carte, on la retrouve facilement à travers tout leurs articles : sans surprise, il s’agit de l’OMS.

Et à première vue, l’OMS semble bien confirmer ces chiffres. Ils ont même leur propre carte:

Version de l’OMS. [Source]

Mais… il y a une petite subtilité. Le texte qui accompagne cette carte indique qu’il s’agit de la distribution géographique des cas détectés dans les pays où le virus n’est pas endémique. Si on regarde les rapports hebdomadaires de l’OMS sur les différentes épidémies sévissant sur le continent africain, on peut par exemple voir qu’entre le 6 mars 2022 et le 17 avril 2022 il y a eu 448 cas recensés en République Démocratique du Congo, principal foyer de contamination. Cela correspond à une dizaine de cas détectés par jour. Par comparaison, le Royaume-Unis, l’Espagne et le Portugal, pays non-endémiques les plus touchés selon le rapport de l’OMS, ont entre 21 et 30 cas signalés entre le 13 et le 21 mai 2022, ce qui revient à peu près à 10 nouveaux cas par jour pour les trois pays mis ensemble.

Une carte plus fidèle à la réalité complète serait donc par exemple celle proposée par Al Jazeera (qui, par ailleurs, a le mérite de nommer la source de ses données directement dans l’image!):

Version de Al Jazeera [Source]

Donc pour résumer: non, la variole du singe ne touche pas en particulier les pays “affaiblis par la vaccination”. Et une carte sans source et sans légende, c’est aussi informatif qu’une boussole sans aiguille.

(Et non, ce n’est pas lié au fait que le vaccin AstraZeneca utilise un adénovirus de chimpanzé comme vecteur pour transporter la protéine Spike. La variole du singe, comme son nom ne l’indique pas, est principalement présente dans la nature chez des rongeurs, même s’il a été originellement identifié dans des singes de laboratoire.)

La France à droite, bien à droite

Mise à jour 11/04/2022 avec les résultats définitifs du premier tour 2022.

Pour la deuxième élection consécutive, il n’y aura pas de candidat étiqueté “à gauche” au second tour de l’élection présidentielle française. Sur les cinq dernières élections, la gauche n’y aura été présente que deux fois: Ségolène Royal en 2007, et François Hollande en 2012.

On met souvent cette absence sur le dos d’une dispersion des voix de gauche entre de trop nombreux candidats, mais je ne pense pas que ce soit une analyse très juste (à part pour 2002, on y reviendra).

Si on veut compter la dispersion des voix “de gauche” en y incluant PS, les écolos, et les diverses mouvances communistes, ouvrières, etc., on doit la comparer avec la dispersion des voix “de droite” en y incluant Républicains, et les diverses mouvances nationalistes, identitaires, etc. Les convergences d’idées y sont certainement aussi forte (surtout ces dernières années, ou même les discours du “centre” macroniste sont parfois difficiles à distinguer de ceux de l’extrême-droite “adoucie” de Marine Le Pen).

En 2022, Jean-Luc Mélenchon aura obtenu 69% des suffrages “de gauche” (21,95%, contre 9.99% pour tous les autres candidat.e.s “de gauche” rassemblé.e.s). Marine Le Pen, de son côté, rassemble 62% des suffrages “de droite”. Quand on regarde toutes les élections depuis 2002, on voit que la concentration des voix “à gauche” n’est pas fondamentalement plus mauvaise qu’à droite:

Proportion des votes “de gauche” et “de droite” obtenu par le premier candidat de la faction.

En 2007, 2012 et 2022, la concentration des voix est relativement similaire. En 2017, les votes de droite se sont particulièrement dispersés entre Fillon et Le Pen (mais le total des voix “de gauche” était largement plus faible, les électeurs ayant été happés par le “centre” macroniste).

Et puis il y a 2002… Lionel Jospin n’avait obtenu que 34% des voix “de gauche”, une dispersion qui très clairement lui a coûté l’élection.

Car l’autre côté des chiffres, c’est la balance totale entre “la gauche” (et l’extrême-gauche), “la droite” (et l’extrême-droite) et “le centre”.

Distribution des voix entre “gauche/extrême-gauche”, “centre” et “droite/extrême-droite” depuis 2002.

Des cinq dernières élections, la seule dans laquelle la gauche a obtenu plus de voix que la droite au premier tour est celle de 2002, où malgré cette “victoire” le second tour s’était finalement joué entre Jacques Chirac et Jean-Marie Le Pen.

Il est clair en regardant l’évolution de la distribution des voix que le “centre” siphonne largement plus de voix à gauche qu’à droite. On pourrait y voir une indication que le centre français est un centre-gauche… mais ni le discours, ni le programme d’Emmanuel Macron ne colle avec cette analyse.

Non, le constat me semble plutôt que le réservoir de voix “de gauche” est, tout simplement, aujourd’hui trop faible en France que pour permettre de gagner des élections au niveau national.

Et aussi (mais ce n’est pas nouveau): le système présidentiel est vraiment nul. Le système belge est loin d’être parfait, mais chaque fois que je vois une élection française ou américaine, je me dis qu’on est quand même mieux lotis.


Notes: candidats inclus dans chaque “faction” pour les diverses élections:

Gauche / Extrême-gaucheCentreDroite / Extrême-droite
2022Mélenchon, Jadot, Roussel, Hidalgo, Poutou, ArthaudMacron, LassalleLe Pen, Zemmour, Pécresse, Dupont-Aignan
2017Mélenchon, Hamon, Poutou, Arthaud, CheminadeMacron, LassalleLe Pen, Fillon, Dupont-Aignan, Asselinau
2012Hollande, Mélenchon, Joly, Poutou, Arthaud, CheminadeBayrouSarkozy, Le Pen, Dupont-Aignan
2007Royal, Besancenot, Buffet, Voynet, Laguiller, Bové, Nihous, SchivardiBayrouSarkozy, Le Pen, de Villiers
2002Jospin, Laguiller, Chevènement, Mamère, Besancenot, Saint-Josse, Hue, Taubira, GlucksteinBayrou, LepageChirac, Le Pen, Madelin, Mégret, Boutin

Sources des données utilisées:

Père Fouettard : raciste ou ramoneur-ophobe ?

Les nuits se font longues, le froid s’installe, les citrouilles se transforment en boules de Noël, il est temps de sortir des hottes la Grande Question des fêtes de fin d’année : faut-il bouter le Père Fouettard hors de nos Saint-Nicolas ? Zwarte Piet est-il un spectre de notre passé colonial, le “racisme hollandais dans toute sa splendeur” (pour citer Kim Kardashian), ou bien faut-il le préserver, au nom de notre-patrimoine-culturel-godverdomme, des attaques bienpensantes et mal intentionnés ?

Un costume traditionnel de ramoneur ? (Alias 0591, Wikimedia)

Le Soir nous dit que “le personnage est lié au passé colonial du pays” car “les Zwartes Piet étaient les esclaves de Saint-Nicolas.” “Faux !”, crient les commentaires Facebook de l’article, relativement unanimes. Il est juste sale ! Il est plein de suie, après être passé dans la cheminée. Sauvez Père Fouettard !

Facebook, lieu de débat raisonné et courtois

La Dernière Heure semble d’accord avec cette dernière interprétation, expliquant que les “militants antiracisme se sont donc emparés de Zwarte Piet, qui était, à la base, noir… de suie, puisqu’il accompagnait saint Nicolas dans le conduit de la cheminée“.

Avec les uns qui disent blancs et les autres qui disent noir (de suie), qui croire ?

L’origine exacte du Père Fouettard est difficile à déterminer, et il existe de multiples variations du personnage selon les régions. Mais le Zwarte Piet qui est généralement associé au Grand Saint aux Pays-Bas et en Belgique semble faire son apparition dans le courant du dix-huitième siècle. L’anthropologue néerlandais Jef de Jager fait remonter à 1828 la première apparition documentée à Amsterdam d’un Saint-Nicolas accompagné de son serviteur Pieter, un “nègre aux cheveux crépus.” Il cite également un article du journal De Tijd de 1859 parlant de la coutume de faire venir à domicile un Saint-Nicolas paré d’une mitre et accompagné d’un “Nègre qui, sous le nom de Pieter le serviteur est aussi populaire que le Saint“.

Zwarte Piet en 1915, www.oudejeugdboeken.nl via https://jefdejager.nl/sint.php

C’est au début du XXième siècle que Zwarte Piet prendrait son rôle actuel de “méchant” (à l’origine, il aidait à distribuer les cadeaux), fusionnant le personnage avec l’idée présente dans beaucoup de pays de l’ex-Saint Empire Germanique d’un pendant maléfique au gentil Saint-Nicolas, comme Krampus.

Mais d’où vient alors l’idée que Zwarte Piet est juste sale ? Ce nico-révisionnisme semble – toujours selon Jef de Jager – apparaître juste après la seconde guerre mondiale… pour blanchir un personnage qu’on accuse d’être un peu trop ouvertement raciste. Si l’explication officielle fait appel à la suie, cependant, le costume garde les cheveux crépus et les grosses lèvres rouges qui font tout de même plus penser à Tintin au Congo qu’à Mary Poppins.

Mais il existe une autre source de confusion. Car Père Fouettard et Zwarte Piet, c’est chou vert et noir chou ! Si les deux ne font qu’un aujourd’hui en Belgique, l’Histoire est plus compliquée.

Car oui, il y a un autre Père Fouettard ! Présent en France, en Suisse et à l’origine dans le sud de la Belgique (aussi sous le nom de Hans Trappe, ou Hanscroufe à Liège), certaines versions présentent les caractéristiques généralement associées au personnage par les défenseurs de la tradition Père-fouettesque, avant d’être chez nous usurpé par l’esclave que nous célébrons aujourd’hui.

Bonhomme Noël et Père Fouettard, dans : “Histoire véridique du Père Noël, du traineau à la hotte”, Karin Ueltschi (Google Books)

Il a le visage parfois noirci, mais noir/sale, pas noir/raciste. Il ne semble pas avoir d’affinité particulière pour les cheminées, mais il donnerait du charbon aux enfants pas sages, ce qui peut expliquer son teint.

Pour résumer :

  • Zwarte Piet : très, très clairement lié à notre beau passé colonial, indiscutablement raciste dans son origine. Après, on a le droit de s’en foutre… mais pas de prétendre que ses origines n’existent pas !
  • Père Fouettard : pas raciste… dans sa version française, dont le look est complètement différent de celui qu’on utilise en Belgique.

À tous les défenseurs de la tradition de Père Fouettard, je dirais donc : si vous voulez défendre un Père Fouettard sans passé raciste, allez au bout des choses. Chassez Zwarte Piet et faites revivre le vrai Père Fouettard de nos aïeux, qui peut se targuer de nobles origines remontant jusqu’à Charles Quint !

Les réfugiés balayés sous le tapis

Theo Francken a décidé de célébrer la rentrée par un grand nettoyage de printemps, avec l’aide des polices de Bruxelles-Capitale/Ixelles au Parc Maximilien et de Bruxelles-Nord (Schaerbeek/Evere/Saint-Josse) à la Gare du Nord.

Il y a beaucoup à dire sur le côté inhumain de ces opérations de police. Sur le fait qu’on doit célébrer lorsque la police permet aux réfugiés de récupérer leurs sacs de couchages et biens personnels au lieu de les jeter à la décharge. Sur l’absurde et inquiétante coopération avec le régime soudanais pour en “rapatrier ses ressortissants”, qui fuient un régime dictatorial coupable de crimes contre l’humanité. Sur l’incapacité des autorités de travailler avec les associations de terrain. Sur les parallèles entre les discours politiques actuels et une certaine session ordinaire de la Chambre des Représentants du 22 novembre 1938 dont un extrait circule largement pour l’instant sur les réseaux sociaux (le PDF complet est disponible sur le site de la Chambre, pour ceux qui veulent lire l’intervention complète de Mme Blume-Grégoire qui offre une vision assez impressionnante de ce qu’on savait déjà, en 1938 (le passage partagé se trouve à la dernière page, le premier orateur est M. Pholien, ministre de la Justice).

Il y a beaucoup à dire, et beaucoup le disent, et peu de gens écoutent. Les avis sont déjà depuis longtemps tranchés : bobo-gauchiste-bienpensant ou facho-raciste-néonazi, chacun a choisi son camp et creusé sa tranchée. (Je suppose qu’il doit y avoir un troisième camp de “je m’en fous et arrêtez de causer des réfugiés tout le temps”, mais forcément on les entend moins)

Au lieu de redire tout ça, je voudrais revenir un instant sur la logique du “nettoyage”. L’objectif principal de M. Francken et du gouvernement fédéral semble être de renvoyer chez eux les “illégaux” et de ne pas créer un “appel d’air” qui amènerait un afflux de réfugiés qu’on serait incapable de gérer. L’objectif, plus local et immédiat, des bourgmestres de Schaerbeek et de Bruxelles-Ville semble être d’enfin se débarrasser de ces douloureuses épines dans le pied que sont les campements “temporaires” du Parc Maximilien et de la Gare du Nord, qui font taches dans la commune et qui sont sources de désagréments pour les riverains forcés de regarder toute cette misère humaine.

Mais si Theo Francken imagine sans doute son nettoyage comme un grand coup de Karcher qui projette les “problèmes” au loin dans leurs pays d’origine, la réalité est plus proche d’un petit coup de balai pour les cacher sous le tapis. Bien sûr, ces opérations de police conduisent à quelques arrestations et quelques expulsions. Mais, surtout, en visant les campements officieux, les zones où les réfugiés se placent si pas dans le cadre de la loi, au moins dans le cadre organisé par les associations d’aide, un cadre où ils sont visibles, où l’on peut leur parler et travailler avec eux sur les différentes options qui s’offrent à eux, on ne fait que les pousser vers la clandestinité. On prend des réfugiés (de fait, si pas selon la loi), et on les transforme réellement en “illégaux”.

Le résultat de ce type de mesure, on peut directement l’observer en regardant le traitement de l’immigration illégale aux États-Unis. Lorsque la police cible spécifiquement les immigrés illégaux, la criminalité augmente. Le processus est assez simple : pour lutter efficacement contre la minorité de criminels dans une communauté, quelle qu’elle soit, il faut que la majorité non-criminelle puisse avoir une relation de confiance avec la police. Sans cette relation de confiance, la criminalité au sein de la communauté est libre de se développer (puisque les victimes n’osent pas se tourner vers la police). C’est mauvais pour la communauté en question (on voit notamment aux États-Unis que les cas de violence conjugale ont tendance à ne plus être signalés par peur de la déportation), et c’est mauvais pour la population en générale (les criminels vont aussi viser des “bons citoyens”, et la police aura plus de mal à les retrouver s’ils sont enfouis dans une communauté clandestine). Par contre, lorsque ces mesures anti-immigrés sont moindres, les immigrés illégaux ont tendance à commettre moins de crimes que la population en général (puisque le risque est pour eux beaucoup plus grand : la déportation et/ou la prison pour un crime qui ne vaudrait peut-être qu’une amende ou une peine avec sursis pour un citoyen légal).

Autrement dit, pour revenir à la Belgique : lorsque seuls les “vrais” criminels sont dans la clandestinité, c’est plus facile de faire le tri (et de protéger la population) que lorsque tous les réfugiés y sont.

Autrement autrement dit : la politique des rafles et du nettoyage est non seulement inhumaine, mais aussi inefficace tant pour aider et protéger les illégaux que pour aider et protéger les légaux.

Du coup, on pourrait peut-être arrêter et tenter autre chose ?

OneCoin : suite (et sans doute bientôt fin)

Mise à jour 19 octobre 2022: pour une rétrospective complète sur l’affaire OneCoin, je ne peux que conseiller l’excellent Podcast de Jamie Bartlett et Georgia Catt, “The Missing Cryptoqueen“, qui enquêtent toujours sur la disparition de Ruja Ignatova.

Mise à jour 2 décembre 2021: où en est OneCoin aujourd’hui? Après avoir engrangé 4 milliards de dollars de revenus, la fondatrice Ruja Ignatova a disparu de la circulation et son co-fondateur Sebastian Greenwood est en prison. Son frère, Konstantin Ignatov, a également été arrêté (source: investopedia.com). Aux États-Unis, ceux qui blanchissaient l’argent récolté par l’arnaque ont également été arrêtés (source: Bloomberg). Le site onecoin.eu est dorénavant inaccessible. Laurent Louis s’est temporairement reconverti dans Kuailian (source: Facebook), une autre arnaque similaire principalement active en Espagne et qui s’est déjà écroulée depuis (source: behindmlm.com). Son compte Facebook aujourd’hui est surtout occupé par du complotisme anti-vaccination, mais il semble toujours proposer des investissements en cryptomonnaie, sans que ce soit très clair à quelle arnaque il s’est attaché pour l’instant, ou s’il s’est simplement mis à son propre compte…

Mise à jour 9 février 2018: à lire aussi, l’enquête assez détaillée de StreetPress, qui semble assez bien faire le tour de la question.

Mise à jour 24 janvier 2018: une descente de police a eu lieu dans les bureaux de OneCoin en Bulgarie. “Interpol suspecte que du crime organisé, du blanchiment d’argent, et peut-être même du financement de terroristes sont liés à la monnaie.”

En avril dernier, j’ai écris un article sur l’arnaque OneCoin, une fausse “crypto-monnaie” à laquelle, de façon tout à fait improbable, l’ex-député Laurent Louis s’est retrouvé lié. Cet article est sans doute le plus lu de ce blog, et tous les jours quelques personnes tombent dessus en cherchant sur Google des informations sur OneCoin. J’espère avoir pu dissuader l’une ou l’autre d’entre elles de tomber dans le panneau.

Si je reparle de OneCoin, c’est parce qu’ils semblent entrer dans la phase finale de leur arnaque, et redoublent donc pour l’instant leurs efforts de promotion dans l’espoir d’attraper quelques derniers pigeons. Et il faut leur reconnaître quelque chose : en tant qu’arnaqueurs, ils sont assez forts.

Leur grande annonce, faite sur YouTube par leur “guru” Ruja Ignatova, et diffusée sur des sites de marketing de réseau et sur les réseaux sociaux : OneCoin va être cotée en bourse au second trimestre 2018, et une boutique en ligne va ouvrir très bientôt où l’on pourra dépenser ses OneCoins pour de vrais chez des vendeurs, prouvant ainsi aux vils détracteurs qui osent l’appeler une “fausse crypto-monnaie” (oups) qu’ils ne sont que des jaloux.

Tout à la fin de la vidéo, après que Mme Ignatova nous ait dit au revoir, un message annonce par ailleurs ceci :

Ce message bien lourd en jargon, comme la plupart des communications OneCoin, est la clé pour comprendre l’arnaque qui est en train de se dérouler. Tout le bazar est assez bien expliqué dans cet article sur le site behindmlm.com, mais voilà l’idée en gros :

OneCoin a un problème. Comme la monnaie n’existe pas (on peut l’assimiler à juste des points sur leur site web), sa valeur est donnée de façon purement arbitraire par la société OneLife qui gère le truc. OneLife ne gagne des sous que si les gens continuent à acheter des points, et ils en perdent si les gens échangent leurs points contre de l’argent réel. Pour pousser les gens à garder leurs points, OneLife en augmente régulièrement la valeur, comptant sur le fait que c’est difficile de quitter tant qu’on est sur la “pente ascendante”.

La valeur a atteint un point où elle devient dangereusement haute pour OneLife : si trop de gens décident de “retirer leur mise” d’un coup, ça va leur coûter des sous. Le seul endroit où il est possible d’échanger ses points contre de l’argent est le site xcoinx.com.

Solution, donc : fermer ce site d’échange. C’est fait : il est maintenant “en maintenance”. Plus personne, pour l’instant, ne peut donc échanger ses OneCoins (c’est à dire ses points sans valeurs) contre des euros ou des dollars. Évidemment, juste faire ça ce serait suspect. Arrive donc la phase 2 : l’IPO.

L’Initial Public Offer, c’est la mise en bourse d’actions pour la société. Mettre la société en bourse n’est pas vraiment quelque chose qu’une société pas-très-légale comme OneLife peut vraiment faire. Ils donnent donc une date éloignée (fin 2018).

Le coup de génie : proposer aux gens qui “possèdent” des OneCoins de les échanger contre des OFC : des certificats qui leur donneront droit à des actions quand la société sera en bourse. Autrement dit : échanger des points sans valeurs contre d’autres points sans valeur, en donnant l’impression qu’il s’agit d’un pas en avant vers un futur pactole. En réalité, avoir ces certificats au lieu des OneCoin ne sert absolument à rien… si ce n’est que c’est autant de OneCoin qui ne pourront pas être dépensés dans le “nouveau site d’e-commerce”.

C’est la deuxième partie de l’annonce, celle qui est supposée vraiment légitimer le tout : enfin, le OneCoin pourra être utilisé pour acheter des vraies choses ! Ils ont déjà, disent-ils, des milliers de vendeurs prêts à l’accepter sur cette boutique en ligne qui va “rivaliser Groupon” : DealShaker. Les deals seront payés dans une combinaison de OneCoin et… d’euros. Et OneCoin prend en commission 50% de la valeur en euros (bizarrement, ils ne prennent rien sur la valeur en OneCoin). Vu que les vendeurs n’ont pas d’autre choix pour utiliser les OneCoin ainsi reçus que de les réinjecter dans ce réseau fermé, le résultat est assez exceptionnel (pour OneLife) : si ce système est un jour activé, les propriétaires de OneCoin vont juste pouvoir s’acheter des trucs entre eux, en versant à chaque fois une commission à OneLife. Et pendant qu’ils font ça, ils ne se plaignent pas de ne pas pouvoir les échanger contre des euros.

Évidemment, c’est aussi sans doute le début de la fin. Ils trouveront certainement une excellente raison pour retarder l’IPO, mais ils finiront par devoir faire ce que toutes les arnaques du même genre finissent par faire : prendre l’argent, fermer tout, et se barrer en courant. En laissant derrière eux des pauvres gens ruinés, et des riches gens prêt à découvrir que “gagner de l’argent sans devoir payer de taxe via du marketing de réseau” n’est pas vraiment un concept très bien reconnu par la justice.

2016: la DH continue à publier sa Babe du jour

Durant tout le vingtième, et le début du vingt-et-unième siècle, notre société a réalisé des progrès considérables en matière d’égalité des sexes. Nous sommes bien loin du tableau de la femme soumise, un peu cruche, entièrement dépendante de son mari, à peine capable de faire la cuisine et le ménage (et rien d’autre) qu’on peut retrouver dans les anciennes publicités sexistes qu’on trouve à la pelle sur Internet.

Nous sommes aussi très loin d’avoir atteint le point où l’on peut dire que le sexisme, c’est du passé. Entre le harcèlement de rue, les salaires à deux vitesses ou les stéréotypes de genre qui tendent à éloigner les femmes des positions de pouvoir, le moins qu’on puisse dire est qu’il y a du chemin à faire. Beaucoup de ces problèmes sont complexes, et nécessitent un changement de mentalité qui ne se fera pas en un an, ou en dix. Certains de ces problèmes, cependant, devraient être plus simples. Par exemple : l’hyper-sexualisation du corps féminin dans les médias. La femme réduite à une paire de seins et/ou de fesses. En ces jours de Jeux Olympiques, il suffit de regarder la façon dont les caméras suivent, par exemple, le beach-volley féminin, par rapport à leurs homologues masculins.

Pour les journaux, éviter de tomber dans ce piège ne devrait pas être tellement compliqué. Se retenir d’utiliser des images de filles en bikini pour illustrer un article sur un traitement contre le cancer, par exemple, même si ça rapporte des clics et des likes sur Facebook.

Mais c’est peut-être trop demander. Alors, faisons plus simple encore. Jetons un oeil à la DH. Serait-ce trop demander, en 2016, de ne plus avoir, au beau milieu de la page d’accueil de leur site web, un encart intitulé “Babe du jour” ?

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Tous les jours, la DH nous met ainsi à l’honneur une sélection de photos plus ou moins dévêtues que leur comité de rédaction a sûrement du passer consciencieusement en revue pour s’assurer qu’elles répondent toutes aux critères de qualité d’un si grand journal…

Comme dans tout journal “on-line”, c’est bien entendu dans la section des commentaires que l’on retrouve les plus belles perles.

dh-babe-comment-1dh-babe-comment-2dh-babe-comment-3Visiblement, le choix éditorial ne fait pas toujours l’unanimité.

Ces commentaires illustrent bien une chose : ce type de contenu, en particulier dans un journal “traditionnel” qui touche un large public, contribue à passer un message que son public semble bien entendre. La femme est là pour montrer son corps aux hommes, et gare à elle s’il n’est pas séduisant.

Gagnez de l’argent avec Laurent Louis et OneCoin !

(Mise à jour 20/01/2017): OneCoin semble être entré dans la “phase finale” de son arnaque. Lire la suite ici.

(Mise à jour 11/05/2016). Pas mal de gens semblent arriver sur cette page en cherchant des informations sur le OneCoin. Pour vous éviter de devoir lire tout l’historique sur Laurent Louis, et les moqueries sur sa vidéo, voici un petit résumé des points clés :

  • OneCoin n’est pas une crypto-monnaie. OneCoin n’existe pas. Il n’y a aucun moyen, à l’heure actuelle, de payer quoi que ce soit en OneCoin, ou d’échanger des OneCoin contre de l’argent. La valeur annoncée (et ses fluctuations) par les créateurs de OneCoin est entièrement arbitraire.
  • L’entièreté des gains réels de OneCoin provient de l’aspect “marketing de réseau”. Le seul moyen de récupérer du cash, c’est en touchant les “commissions” en recrutant des nouveaux membres.
  • Le système de commissions repose presque exclusivement sur un schéma pyramidal. Il y a quelques subtilités par-ci par-là, mais l’ensemble de l’argent gagné provient de l’argent investi par les personnes que l’on “parraine” (autrement dit : ceux en-dessous de soi sur la pyramide). Lorsque vous rejoignez OneCoin, vous achetez un “pack”, par exemple de 500 euros. Ces 500 euros vont aller en partie dans le compte de ceux au-dessus de vous dans la pyramide, et en partie dans des “OneCoin”, c’est à dire dans la poche des créateurs de OneCoin.
  • Les gains annoncés ne sont pas les gains “cash” réels. Une partie des gains sont reçus en OneCoin (qui n’existent pas). Une partie sont ajoutées à un “compte cash”, dans lequel on peut (théoriquement) transférer l’argent vers son compte en banque propre. Pour pouvoir faire cela, il faut fournir à OneCoin une série d’informations personnelles et bancaires. Rien ne garantit les délais et la disponibilité des retraits d’argent.
  • Peut-on gagner de l’argent avec OneCoin ? C’est après tout ce qui intéresse la plupart des gens. La réponse est : probablement pas. L’argent que vous allez gagner dépend tout simplement de : est-ce que vous arrivez à avoir suffisamment de gens “en-dessous” de vous dans la pyramide pour compenser votre investissement initial. Si vous êtes dans un “bon” réseau, qui est encore en croissance quand vous entrez dedans, ce n’est pas impossible. Mais tous les gains que vous pourriez possiblement faire sont illégaux. On ne peut pas juste “gagner de l’argent sur internet” et ne pas le déclarer. Dans le meilleur des cas, vous serez taxés dessus comme un investissement. Si vous ne l’avez pas spontanément déclaré, vous aurez sans doute une amende en plus. Possiblement (à voir avec un fiscaliste ou un avocat…), l’état pourrait aussi tout simplement confisquer tous les gains (voir y ajouter une amende).
  • Laurent Louis va sans doute se faire de l’argent… sur le court terme. Si il a l’intelligence de retirer tout le cash qu’il peut, dès qu’il peut. Si il a l’intelligence de s’en tenir à un investissement minimum, et de ne surtout pas racheter de OneCoin supplémentaires. Mais vu sa visibilité, il y a peu de doutes sur le fait que l’état va venir regarder, quand la pyramide s’écroulera, combien il a effectivement gagné… et lui apportera l’addition, qui sera sans doute salée.

Si vous vous êtes fait avoir par OneCoin, vous êtes protégés par la loi. N’essayez pas de convaincre des gens de “rejoindre le réseau” pour récupérer votre argent : contactez le SPF Economie et portez plainte ! Pour les belges : Portez plainte ici. Loi sur les ventes pyramidales ici.

Ci-dessous, l’article original :

Laurent Louis peut se targuer d’avoir un parcours inhabituel.

Lancé sur la scène politique au MR de Nivelles, il rejoint le Parti Populaire pour les élections de 2010, où il se retrouve élu un peu par hasard grâce au mécanisme de l’apparentement. Exclu du PP pour des propos anti-roms, il fonde le MLD, puis rejoint brièvement le parti Islam, puis fonde Debout les Belges, et finalement perd son siège en 2014.

Son discours a beaucoup évolué au cours des années. En 2011, lorsqu’il fonde le MLD, il vise clairement une plateforme populiste anti-immigrée de base, une version “dure” du PP. Les points importants de son programme incluent de “privilégier l’intégration des personnes d’origine étrangère en leur demandant de suivre un cours sur notre pays et ses valeurs“, “assurer un contrôle plus strict au niveau de l’octroi de la nationalité belge“, “appliquer les ordres de quitter le territoire“, “ré-affirmer l’autorité de notre police“, “apporter des solutions aux problèmes des SDF afin de sortir tous les Belges de la misère“. Un discours qu’on pourrait donc assez facilement retrouver dans tous les partis de “droite décomplexée”. Dans son programme de 2012, on retrouve un volet “Immigration” dans lequel il défend que “les sans papiers soient immédiatement expulsés du territoire national“, et que “les immigrés doivent s’adapter à nos traditions, et non l’inverse”.

Mais quelque chose change en 2012 : Laurent Louis s’embarque dans l’affaire Dutroux. “Magouilles, corruption, pédophilie: les ingrédients de la politique belge ?“, s’interroge-t-il innocemment, en plongeant tête la première dans l’univers des théories du complot. L’affaire Dutroux devient son grand cheval de bataille. Toute la “classe politique” belge devient, à ses yeux, des pédophiles et des escrocs. En 2013, ses valeurs ont un peu changé. On y retrouve maintenant “lutter contre le sionisme et l’ingérence au niveau mondial” et “sortir de l’Union Européenne actuelle qui ne représente plus qu’une pompe à fric“, alors qu’en 2011 il défendait “le développement européen dans le respect de nos différences en soutenant le projet visant à créer à terme les Etats-Unis d’Europe.

Recruté par le parti Islam pour les élections de 2014, il s’auto-proclame président du parti avant d’en être immédiatement exclu. Il fonde alors Debout les Belges, et commence son rapprochement avec Dieudonné et Alain Soral, prenant ainsi sa place dans le bloc antisémite de la fachosphère.

Après l’échec électoral de Debout les Belges en 2014, il tente de se reconvertir en coach, tente de lancer une assurance avec Dieudonné, se dispute avec lui et se retrouve en 2015 complètement isolé. Il tente, principalement via Facebook, de vendre son livre “Debout!”, de récolter des dons, ou encore de vendre des maillots de foot anciens. Visiblement, ces tentatives de reconversion n’ont pas très bien fonctionné.

Ce qui le pousse maintenant à se lancer dans une nouvelle entreprise : l’escroquerie.

Dans cette vidéo d’une demi-heure, Laurent Louis tente de convaincre ses ouailles d’investir dans OneCoin, une crypto-monnaie “bien plus sûre, bien plus sérieuse que le Bitcoin“, et de se faire de manière garantie pleins d’argent pour, comme il le dit si bien, “obtenir en toute légalité du beurre financier à mettre dans nos épinards.

J’ai eu la chance d’être informé du développement du OneCoin et je voudrais vous faire profiter d’une aubaine,” nous annonce-t-il généreusement, avant de nous “expliquer en des termes simples” de quoi il s’agit. “C’est une monnaire réelle, à la différence qu’elle est utilisée sans billets de banques ni pièces de monnaie.” Ces monnaies purement électroniques sont de “la merde” et “un pur produit de Satan“. Il s’agit d’un complot des élites pour se faire plein d’argent sur le dos des pauvres gens. “La pyramide l’a décidé : la crypto-monnaire, c’est le futur du paiement“.

Pourquoi investir dans la monnaie de Satan ? Parce qu’il faut utiliser les outils du système contre le système.On rêve souvent d’un coup d’état… One Coin pourra nous offrir les armes pour le mener.

OneCoin, donc, est une monnaie qui, pour l’instant, “vaut 5,65 euros“, mais sa valeur “ne fait que monter“. Si on investit 100 euros dedans, “après 3 mois, ils se seront transformés en 250 euros. En 1 an, ils seront multipliés par 10“. C’est incroyable, et les élites voulaient bien sûr garder ça pour eux. “Les initiés préfèrent toujours rester entre eux et s’enrichir mutuellement.” Heureusement, Laurent Louis est là : “maintenant ils vont devoir partager avec nous… du moins avec ceux qui me feront confiance et qui participeront à ce concept.

Pour le monde, la monnaie numérique sera une catastrophe. Puisque nous sommes incapables de nous opposer à la marche en avant de Satan, tentons au moins de profiter de ce mal pour améliorer notre quotidien.

laurent-louis-revolutionLe visage de la révolution

Laurent Louis, en bon défenseur des pauvres et des opprimés, à donc décidé de rejoindre une escroquerie extrêmement courante : une vente pyramidale. Le principe de OneCoin, en effet, est que l’on achète un “pack” d’investissement, qui coûte entre 100 euros et 75.000 euros. Puis, en “parrainant” des gens qui rejoignent à leur tour OneCoin, on reçoit des bonus, et on fait fructifier la mise initiale. Ce genre de système permet aux tous premiers investisseurs (et il est déjà bien trop tard pour en faire partie) de gagner plein d’argent. Les suivants ont l’impression, pendant un certain temps, que ça marche. Sauf qu’ils ne gagnent pas d’argent réel : ils gagnent des chiffres qui montent sur leur écran, et qu’ils réinvestissent dans du OneCoin pour gagner encore plus ! Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus assez de nouveaux membres qui arrivent pour faire tenir la pyramide. À ce moment là, les créateurs de OneCoin devront malheureusement cesser le projet, et partiront avec tout l’argent.

OneCoin profite de l’engouement pour les crypto-monnaies pour mettre une couche de peinture sur la pyramide, et prétendre aux investisseurs qu’ils participent à un projet grandiose qui va révolutionner les systèmes de paiement. Ils se donnent une façade de légitimité en montrant leur fondatrice, Ruja Ignatova, en couverture de “Forbes Bulgaria”. Ce qui serait nettement plus impressionnant si c’était vrai : le numéro en question présentait en réalité en couverture le Markus Persson, le créateur de Minecraft.

Peut-être que Laurent Louis est arrivé juste à temps, et qu’en arrivant à convaincre suffisamment de gens d’utiliser son parrainage il arrivera à rentrer dans ses frais. Plus probablement, il est déjà trop tard pour lui, et il est certainement trop tard pour ceux qui le rejoindront.

Et quand bien même il arriverait à se faire de l’argent sur le dos de ceux qui “lui font confiance”, il se rendrait probablement bien vite compte que, contrairement à ce qu’il annonce avec certitude dans la vidéo, il ne s’agit pas de “gagner en toute légalité de l’argent net d’impôts.” Dans le meilleur des cas, l’état belge considèrera ces revenus comme ceux de Bitcoin et les taxera comme n’importe quel autre revenu. En pratique, vu qu’il s’agit clairement d’une vente pyramidale, cette activité devient pénalement sanctionnable, et les éventuels gains seront certainement confisqués.

Bien sûr, Laurent Louis se défend à l’avance des critiques que des gens mal intentionnés comme moi pourraient lui faire. Il rassure : “n’ayez crainte, je ne m’engagerais jamais dans un projet foireux.” Et à ceux qui le traiteraient d’escroc, il réplique : “c’est dommage, je suis un escroc qui est pauvre, c’est que je ne réussis pas très bien mes escroqueries.”

Là-dessus, je le rejoins tout à fait.

Le vivre-ensemble selon Fedasil

Fedasil propose aux demandeurs d’asile des formations sur le vivre-ensemble, pour présenter nos “valeurs et nos normes“. Les thèmes abordés vont “des règles de circulation aux relations sexuelles”. Ils ont récemment mis sur leur site quelques slides extraits de leur présentation PowerPoint… (à télécharger ici : relations_et_sante_sexuelles_ppt_janvier_2016_fr.ppt)

Le résultat oscille entre du relativement informatif et potentiellement utile, du vaguement condescendant, et du légèrement inquiétant.

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En Flandre, c’est pas faux. Mais ils doivent être surpris quand ils débarquent en Wallonie et à Bruxelles et que tout le monde se fait la bise… (après, il faudrait probablement dix slides pour expliquer toutes les variations du nombre de bisous en fonction de la région dans laquelle on se trouve)

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Là-dessus, pas grand-chose à dire. “Ne pas mater comme un vieux dégueulasse” est généralement un bon conseil. Je suis pas sûr que les Belges en général donnent le bon exemple, cela dit.

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…”surtout ‘des gens’ comme vous, parce qu’ils vont se dire que vous voulez voler leur portefeuille”

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La première partie, pas de soucis… mais je suis curieux de savoir qui sont les “certaines femmes” qui aiment bien se faire siffler en rue (pas celles du centre d’accueil en tout cas, visiblement). J’ai comme l’impression que “ne sifflez pas les femmes en rue, vous aurez l’air d’un gros naze” aurait été plus clair comme message…

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On va dire que je pinaille (et c’est pas faux), mais… C’est juste moi où toutes les photos utilisées dans la présentation pour montrer “Le Belge” ne montrent pas vraiment une, disons, grande diversité culturelle ? Bon, peut-être que c’est juste par manque de bol que les quelques slides qu’ils ont décidés de montrer en exemple ne montrent que des blancs, mais quand même…

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Quelque chose me dit qu’après un passage par les camps de réfugiés, ils ne vont pas faire la fine bouche en matière de toilette, les demandeurs d’asile.

Il y a encore quelques autres slides, en néerlandais, sur le site de “De Morgen”, avec entre autres des conseils sur “comment flirter” en Belgique…

Le grand exploit européen

Les médias et les politiciens européens ont réalisés un grand exploit, qui mérite toute notre admiration. Ils ont réussit à prendre une crise majeure ; une crise qui touche des millions de personnes en Syrie, en Irak, en Afghanistan ; une crise qui a fait des centaines de milliers de morts, qui a forcé des populations entières à quitter leur vie et leur foyer… et à faire de nous les victimes.

Nous, pauvres européens qui allons devoir, horreur ultime, peut-être mettre temporairement la main à la poche pour sortir quelques euros supplémentaires par personne pour accueillir les réfugiés.

Nous, pauvres européens forcés de regarder la misère en face, et de côtoyer des gens différents.

Nous, pauvres européens, qui risquons de voir quelques mosquées supplémentaires construites sur nos terres chrétiennes.

À entendre nos médias et nos politiciens, on pourrait penser que la cible principale du Daesh, c’est nous. Que ces réfugiés sont un moyen trouvé par l’État Islamique pour envahir et affaiblir l’Europe. Parce qu’il est apparemment trop dur d’imaginer que tout ça, toute cette crise, puisse ne pas être centrée autour du monde occidental. D’admettre que nous ne sommes que des personnages secondaires de la tragique histoire qui se déroule au Proche-Orient et au Moyen-Orient.

Nous devons apparemment nous convaincre que nous vivons un grand conflit entre le monde occidental et les terroristes islamistes. La “Guerre contre le Terrorisme” des États-Unis et de ses alliés européens contre Al Qaeda, Boko Haram, l’État Islamique, et toute ces organisations beaucoup trop compliquées à différencier les unes des autres. Ce grand conflit, cependant, n’existe que dans la tête des occidentaux. Pour le Daesh, pour Al Qaeda, l’occident n’est qu’un adversaire symbolique, un moyen de rallier les populations locales survolées en permanence par des drones américains qui semblent frapper autant les civils que les leaders terroristes.

Le réel adversaire du Daesh et d’Al Qaeda, c’est l’Islam. La majorité de leurs victimes, des musulmans. La lutte qui se déroule est avant tout une lutte entre la vision déformée de l’Islam défendue par l’Etat Islamique, et celle des autres, ceux qui restent pour se battre, ceux qui fuient, ceux qui essaient de survivre au milieu du chaos, ceux qu’on se permet de juger depuis notre position bien confortable en leur disant qu’ils ne “condamnent pas assez” l’islamisme radical. Ceux qu’on laisse mourir dans la méditerranée, qu’on laisse macérer dans des camps au pieds des clôtures érigées à la hâte, et à qui on enseigne, une fois arrivé sur notre territoire, les délices des procédures administratives locales au bout desquelles on leur informera que leur pays en guerre n’est pas si dangereux que ça, et qu’ils pourraient quand même y retourner plutôt que de déranger les pauvres belges qui veulent faire leur jogging en paix sans voir des gens bronzés.

La Fachosphère et les autoroutes de la désinformation

En 1991, le “World Wide Web” était constitué d’un seul site : le CERN. Aujourd’hui, il y en a plus de 170 milliards d’actifs, et plus de 800 milliards de noms de domaines. C’est sur Internet que l’on joue, que l’on discute… et que l’on s’informe.

Mais nous ne voyons pas tous le même Internet. Avec tellement de sites disponibles, tellement de sources d’informations, chacun d’entre nous ne voit finalement jamais qu’un tout petit coin du Web, un tout petit fil de la toile. Notre vision du monde qui nous entoure va être fortement teintée par lequel de ces fils on utilise pour s’informer. Car les autoroutes de l’information peuvent vite se transformer en autoroutes de la désinformation lorsqu’on emprunte le mauvais tournant.

Il y a en particulier un coin de la toile dans lequel beaucoup de gens se retrouvent enfermés, et dont il est difficile de sortir : c’est un coin où l’on apprend à se méfier de tout ce qui vient d’ailleurs, de toutes les opinions contradictoires. Un coin où l’on apprend à se sentir persécuté, victimisé. C’est un agglomérat de sites parfois divergents, sans réelle coordination, mais qui à force de se lier les uns aux autres et d’ignorer tout ce qui vient de l’extérieur du réseau se sont créés un monde à part : le monde de la Fachosphère.

La Fachosphère n’est pas un bloc uni. Il y a de la place pour de la discorde, pour une belle pluralité d’opinions. Il y a ceux qui cherchent avant tout à taper sur les musulmans, comme “Ripose Laïque“. Il y a ceux qui jugent que le danger vient de complots juifs, comme Alain Soral (“Égalité et Réconciliation“) ou Dieudonné (“Quenel+). Il y a ceux qui se défendent contre l’homosexualité (“Manif pour Tous“), ou qui se lamentent en général des persécutions que subissent les chrétiens d’Europe (“Salon Beige“). Bref, pleins d’avis différents !

fdesoucheL’information objective et raisonnable selon Fdesouche.com

Au coeur du réseau, cependant, se trouvent les sites les plus pernicieux. Ceux qui ne se présentent pas comme des sites d’opinion politique, mais comme des sites d’information réelle. Parmi les plus importants, on retrouve Novopress, Medias-Presse ou Fdesouche. Comme ils essaient de se présenter comme “objectifs”, leur stratégie est assez différente de celle des sites ouvertement politiques. Ils essaient de toujours se protéger derrière des termes un peu vagues (“certains soupçonnent”, “d’après des témoignages”), et essaient au maximum de publier des choses “techniquement vraies”, mais prises hors contextes, et avec surtout une arme majeure : le biais de sélection.

Par exemple, si on regarde les titres sur la première page du 12 août 2015 de Fdesouche, on trouve :

  • Espagne : Une ville en état de siège après la mort d’un Sénégalais
  • Sangatte (62) : une femme agressée sexuellement par un migrant Erythréen
  • Italie : les migrants jettent les matelas de l’hôtel pour protester contre les conditions d’accueil
  • Un ado blanc abattu par un policier aux Etats-Unis et personne n’en parle ?
  • Jean-Pierre Chevènement : «La menace pour l’Europe n’est pas à l’Est, mais au Sud»
  • Deux cents migrants bloquent l’accès à Eurotunnel : le trafic interrompu pendant 5 heures.
  • Melun (77) : une vingtaine d’enfants de 5 à 12 ans saccage une école maternelle
  • Immigration : le migrant qui racontait son périple sur Instagram était un acteur

…et ainsi de suite. La plupart de ces informations viennent de sources relativement fiables. Dépêches AFP, articles de journaux traditionnels… Ce ne sont pas les pures fabrications qu’on peut retrouver sur certains sites complotistes. Le tableau qui est brossé, cependant, est celui d’un monde où les français et européens “de souche”, quoi que ça veuille dire, ne peuvent pas sortir de chez eux sans être assaillis par une horde d’immigrés clandestins juifs homosexuels affiliés au Parti Socialiste en route pour aller brûler une église.

La Fachosphère constitue ainsi un catalyseur de peur et de haine. Une fois qu’on entre dedans, on apprend à se méfier des médias traditionnels (à la solde des juifs / des musulmans / des homosexuels / de la gauche…). On apprend à balayer les réelles souffrances et discriminations subies par les minorités, par les femmes, par les LGBTQ, pour les remplacer par des persécutions imaginaires subies par les pauvres chrétiens d’Europe.

Le phénomène qui conduit à la formation de la Fachosphère n’est pas unique, et doit servir de mise en garde : ne pas diversifier ses sources d’informations, c’est prendre le risque d’être endoctrinés dans une vision du monde irréelle et dangereuse. On est prêt alors à croire que les migrants sont infiltrés par les djihadistes, sans même se poser la question de savoir si c’est plausible.

Se méfier des médias traditionnels, c’est bien : ils écrivent leur lot de conneries. Ca ne veut pas dire pour autant qu’il faut plus se fier aux médias alternatifs. Diversifier ses sources, et garder un esprit critique, ce sont les meilleures armes que l’on peut avoir pour rester informés.