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<channel>
<title>2xRien - un blog par Adrien Foucart</title>
<link>https://adfoucart.be/blog</link>
<description>Blog personnel d'Adrien Foucart. Toutes les opinions présentées ici n'engagent que moi. Blog garanti sans pub, sans traqueurs, et 100% rédigé par un humain.</description>
<language>fr-be</language>


<item>
    <title>La Maison des Feuilles, de Mark Z. Danielewski</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/maison-feuilles</link>
    <description><p>Lorsque j’ai vu le livre dans l’excellente librairie <em>Brin
d’Acier</em>, je me suis souvenu en avoir déjà entendu parler comme d’un
livre qui était extrêmement bizarre, casse-tête, et qu’il fallait
absolument lire dans une version grand format. À part ça, même si le
livre date de 2000, je ne savais pas trop dans quoi je m’engageais. J’ai
eu un peu de mal à accrocher, principalement parce que je n’ai plus
autant le temps que dans ma jeunesse de me plonger “à fond” dans un
livre. Mais j’ai fini par en venir à bout, et je ne regrette pas
l’expérience.</p>
<p><em>La Maison des Feuilles</em> est certainement une
<em>expérience</em>. Une oeuvre “post-moderne” et “ergodique”, comme le
dit Wikipédia. Un truc un peu tordu, en somme. Un thriller
d’horreur-fantastique qui fait aussi office de satire de la littérature
académique, le tout amené dans un format où la typographie et
l’agencement du texte fait autant partie de l’histoire que le choix des
mots.</p>
<p>Tentative de résumé:</p>
<p>Will Navidson et sa famille emménagent dans une maison. Un couloir
sombre y apparaît un jour. Les mesures de la maison montrent qu’elle est
plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Navidson monte une série
d’expéditions pour explorer le couloir qui se transforme vite en
labyrinthe infini. Un film retrace ses explorations et la vie dans la
maison. Autour de ce film, le <em>Navidson Record</em>, vient se créer
tout un corpus académique, des livres, des articles, des commentaires
analysant chaque seconde de ce mystère. Un vieil homme du nom de Zampanò
écrit un livre retraçant toute l’histoire, mais décède avant de le
terminer. Johnny Errand trouve le manuscrit et entreprend de l’achever.
Nous lisons le produit final, après passage entre les mains d’un éditeur
inconnu.</p>
<p>Toutes ces couches interviennent dans l’histoire. Johnny raconte son
histoire dans des notes de bas de page qui s’entrecroisent avec les
citations académiques et les digressions de Zampanò lui-même. Le texte
change de format, parfois d’orientation, de typographie, renvoie à des
annexes, nous fait revenir en arrière, nous force à manipuler le livre
dans tous les sens.</p>
<p>C’est un peu fatiguant. Ce n’est pas un livre qui rejoindra ma liste
de livres que je relis régulièrement quand j’ai besoin de juste m’évader
sans me casser la tête. Mais je ne regrette pas de l’avoir lu.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2026-02-15</pubDate>
</item>

<item>
    <title>The AI Con, par Emily M. Bender et Alex Hanna</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/ai-con</link>
    <description><p>Lorsqu’on met en garde contre les dangers de l’IA, il y a deux
écoles. Il y a celleux (bon, surtout <em>ceux</em> dans ce cas-ci) qui
mettent en garde contre une super-intelligence impatiente de rejouer
l’intro de <em>Terminator</em>. Et puis il y a celleux (et ici, plus
souvent <em>celles</em>) qui s’inquiètent avant tout des effets réels,
actuels et mesurables des algorithmes qui automatisent des choses qui ne
devraient pas l’être à l’aide de données qui ne devraient pas être
utilisées et avec des ressources qu’on ne peut pas se permettre
d’utiliser.</p>
<p><img src="./img/ai-con-header.jpg" width="200" /></p>
<p>Emily M. Bender et Alex Hanna font depuis longtemps partie de la
seconde catégorie. Moi aussi, ça tombe bien. <em>The AI Con</em> est une
explication claire et détaillée de pourquoi le <em>hype</em> qui entoure
ChatGPT et les autres est une illusion dangereuse. C’est bien écrit,
c’est didactique, je ne vais pas prétendre avoir appris grand-chose en
le lisant parce que je baigne un peu dans les mêmes sources qu’elles,
mais ça fait toujours plaisir de lire de temps en temps des gens avec
qui on est d’accord!</p>
<p>Si vous voulez comprendre l’IA aujourd’hui, lisez ceci plutôt que
Harari!</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2026-01-26</pubDate>
</item>

<item>
    <title>La Situation Room produit blanc</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/situation-room-produit-blanc</link>
    <description><p>Le premier mai 2011, alors que les <em>marines</em> du Seal Team Six
étaient en train de mener l’opération pour tuer ben Laden au Pakistan,
le photographe Pete Souza pris un des clichés les plus célèbres de la
présidence d’Obama: <strong>The Situation Room</strong>. [<a
href="https://en.wikipedia.org/wiki/Situation_Room_(photograph)">Wikipedia</a>]</p>
<figure>
<img src="./img/situation_room_obama.jpg"
alt="The Situation Room, Pete Souza" />
<figcaption aria-hidden="true"><strong>The Situation Room</strong>, Pete
Souza</figcaption>
</figure>
<p>Le trois janvier 2026, près de quinze ans plus tard, Donald Trump
ordonne la capture du président Vénézuélien Nicolás Maduro ainsi qu’une
série de frappes aériennes sur le pays, dans l’objectif à peine masqué
de s’emparer des ressources pétrolières du pays.</p>
<p>Trump n’observe pas l’opération depuis la <em>Situation Room</em> de
la Maison Blanche, mais depuis sa résidence principale à Mar-a-Lago,
entre deux parties de golf. Il commente par la suite sur Fox News:</p>
<blockquote>
<p>“I was told by real military people that there’s no other country on
Earth that can do such a maneuver,” Trump told Fox News in a phone
interview. “If you would have seen what happened, I mean, I watched it
literally, like I was watching a television show.”</p>
</blockquote>
<p>Il profite aussi de l’occasion pour se faire ses propres clichés
historiques.</p>
<figure>
<img src="./img/situation_room_mar_a_lago_1.jpg"
alt="Pete Hegseth, John Ratcliffe et Donald Trump, via @osintdefender" />
<figcaption aria-hidden="true">Pete Hegseth, John Ratcliffe et Donald
Trump, via <a
href="https://www.instagram.com/p/DTDvDxvkXFy/?img_index=5"><span
class="citation"
data-cites="osintdefender">@osintdefender</span></a></figcaption>
</figure>
<p>Le parallèle avec la photo d’Obama est évident. On retrouve même un
Marco Rubio dans la pose iconique d’Hillary Clinton, qui occupait le
même poste que lui dans l’administration Obama.</p>
<figure>
<img src="./img/situation_room_mar_a_lago_2.jpg"
alt="Marco Rubio, via @osintdefender" />
<figcaption aria-hidden="true">Marco Rubio, via <a
href="https://www.instagram.com/p/DTDvDxvkXFy/?img_index=3"><span
class="citation"
data-cites="osintdefender">@osintdefender</span></a></figcaption>
</figure>
<p>Mais les différences entre les photos de Trump et celle d’Obama ne
sont pas uniquement dans le casting.</p>
<p>Il y a évidemment le contexte. L’exécution d’Oussama ben Laden était
certainement d’une légalité douteuse, mais ne visait clairement qu’un
seul homme. Une “vraie” opération spéciale, qu’un Tom Clancy n’aurait
aucun mal à transcrire (ou à faire transcrire par ses employés) en un
roman héroïque, s’il ne l’a pas déjà fait. La capture de Maduro, par
contre, est un prétexte à un objectif purement économique: le contrôle
du pétrole vénézuélien par des sociétés américaines.</p>
<p>Mais il y a aussi le côté incroyablement <em>cheap</em> et amateur de
la <em>situation room</em> version Mar-a-Lago.</p>
<p>La salle n’est clairement pas sécurisées: une opération top secret
menée derrière une paire de tentures noires. L’écran posé devant les
tentures est branché sur la source d’information principale du
président: X/Twitter.</p>
<p>Cette image en particulier est incroyable:</p>
<figure>
<img src="./img/situation_room_mar_a_lago_3.jpg"
alt="Gen. Dan Caine, John Ratcliffe, Pete Hegseth, via @osintdefender" />
<figcaption aria-hidden="true">Gen. Dan Caine, John Ratcliffe, Pete
Hegseth, via <a
href="https://www.instagram.com/p/DTDvDxvkXFy/?img_index=9"><span
class="citation"
data-cites="osintdefender">@osintdefender</span></a></figcaption>
</figure>
<p>On a le grand général-en-chef des armées Dan Caine, le directeur de
la CIA John Ratcliffe, et le Ministre de la Défense (ou plutôt de la
Guerre) Pete Hegseth, l’air grave, avec dans leur dos un emoji géant aux
grands yeux et un drapeau Vénézuélien.</p>
<p>La présidence de Donald Trump est profondément ancrée dans celle
d’Obama, qu’il n’a jamais digéré. Et chaque imitation ne fait que
creuser le gouffre qui les sépare. Obama a le Prix Nobel de la Paix,
Trump celui de la FIFA. Obama a <strong>The Situation Room</strong>,
Trump sa copie produit blanc, symbole d’une présidence qui, si ses
conséquences n’étaient pas si tragiquement graves pour le reste du
monde, serait un chef-d’oeuvre de comique absurde.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2026-01-03</pubDate>
</item>

<item>
    <title>2025 - lu, vu, écrit</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/2025-ecrits-lus</link>
    <description><p>Pour clôturer 2025, petit retour en vracs sur des choses
intéressantes que j’ai lu/vu cette année. J’en oublie certainement
plein, je n’ai pas pris de notes pendant l’année, donc je me base
surtout sur les flux RSS auxquels je me suis abonné pour essayer de me
rappeler de ce qui m’a marqué!</p>
<ul>
<li><strong>Louise Roullier</strong> est une autrice française férue
d’histoire qui, depuis son compte Mastodon <a
href="https://mastodon.top/@hist_myth"><span class="citation"
data-cites="hist_myth">@hist_myth</span><span class="citation"
data-cites="mastodon.top">@mastodon.top</span></a> a passé à peu près un
an à résumer et commenter les dix premiers livres de l’histoire romaine
de Tite-Live. Le tout est maintenant collecté sur <a
href="https://autriceavendre.wordpress.com/2025/06/22/histoire-romaine-livres-i-a-x-en-17-threads/">son
blog</a>, et c’est drôle <em>et</em> informatif.</li>
<li><strong>Elisabeth Sandifer</strong> est une autrice américaine que
je connais principalement pour son livre <em><a
href="https://www.eruditorumpress.com/blog/neoreaction-a-basilisk-new-edition">Neoreaction
a Basilisk</a></em>, une excellente dissection des origines
philosophiques de l’extrême-droite américaine. Sur son blog
<em>Eruditorium Press</em> cette année, elle a publié un texte fleuve
intitulé <a
href="https://www.eruditorumpress.com/blog/exiting-the-draugr-castle">Exiting
the Draugr Castle</a> sur un sujet qui a priori ne m’intéresse pas
particulièrement (une dispute qu’elle a avec les organisateurs d’un
rassemblement néo-païen). Pourtant, je suis resté accroché à toute la
saga. Faut croire qu’elle sait écrire.</li>
<li><strong>Thierry Crouzet</strong> est un auteur français qui <a
href="https://tcrouzet.com/">écrit beaucoup sur son site</a>. Il écrit
sur le vélo, sur l’écriture, sur notre rapport aux technologies et aux
réseaux sociaux, sur l’IA, sur ce qu’il lit. Difficile de choisir un
article en particulier à mettre en avant ici, mais je vais me porter sur
un article qui fait écho à mes propres réflexions sur le minimalisme de
ce blog: <a
href="https://tcrouzet.com/2025/11/10/the-slow-web-is-faster/">Le slow
web est plus rapide : minimalisme numérique et impact carbone</a>.</li>
<li><strong>Lionel Dricot</strong>, dit Ploum, est un écrivain et
blogueur belge, défenseur radical du logiciel libre, du minimalisme
numérique, et – lui aussi – du vélo. J’ai déjà <em>reviewé</em> son
livre <a href="https://adfoucart.be/blog/livre-bikepunk">Bikepunk</a>
sur ce blog. Chez lui aussi, il y a beaucoup de choix pour ces écrits de
l’année. Juste parce que ça me parle en relisant ses archives, je vais
pointer vers: <a
href="https://ploum.net/2025-11-07-solitude-intellectuelle.html">La
guerre que mènent les robots ascientifiques contre la solitude
intellectuelle</a>.</li>
<li><strong>Stephen B. Heard</strong> est un biologiste américain qui
écrit beaucoup sur l’écriture scientifique, dans des vrais livres et sur
son site <em>Scientist Sees Squirrel</em>. Cette année, il a entre
autres choses publié une série d’essais sur comment (ne pas) écrire les
sections “<a
href="https://scientistseessquirrel.wordpress.com/2025/06/03/what-your-methods-section-isnt/">Méthode</a>”,
“<a
href="https://scientistseessquirrel.wordpress.com/2025/07/22/what-your-results-section-isnt/">Résultats</a>”,
“<a
href="https://scientistseessquirrel.wordpress.com/2025/09/30/what-your-discussion-section-isnt/">Discussion</a>”
et “<a
href="https://scientistseessquirrel.wordpress.com/2025/12/02/what-your-introduction-section-isnt/">Introduction</a>”
d’un article scientifique.</li>
<li><strong>Terence Eden</strong> écrit est un spécialiste des “open
standards” et de l’open source, qui écrit beaucoup sur son blog sur des
sujets très spécialisés en informatique. Un article parmi milles autres:
<a
href="https://shkspr.mobi/blog/2025/10/how-to-actually-test-your-readme/">How
to <em>actually</em> test your readme</a>.</li>
<li><strong>Arthur Perret</strong> est maître de conférences en science
de l’information et de la communication, et je lui doit entre autre
choses la découverte de <a href="https://pandoc.org/">Pandoc</a> et d’un
workflow d’écriture centré sur le “Markdown”, qui j’utilise depuis. Dans
<a
href="https://www.arthurperret.fr/blog/2025-12-17-ia-faire-avec-ou-vivre-sans.html">Intelligence
artificielle : faire avec ou vivre sans ?</a>, il s’interroge – et nous
interroge – sur la pertinence de la posture de rejet complet de
l’intelligence artificielle.</li>
<li><strong>SarahZ</strong> ne publie plus très souvent de vidéos, mais
la seule qu’elle a sorti cette année, “Everyone’s Cheating at Chess
(Allegedly)” est une plongée tout à fait fascinante dans le monde des
“influenceurs des échecs”, et des controverses autour d’un sport où la
triche est si facile. Vidéo sur <a
href="https://nebula.tv/videos/sarahz-everyones-cheating-at-chess-allegedly">Nebula</a>
ou sur <a
href="https://www.youtube.com/watch?v=ZtN-i-IkRWI">YouTube</a>.</li>
<li><a href="https://pagedout.institute/"><strong>Paged Out</strong></a>
est un magazine technique expérimental ultra-geek au concept simple:
tous les articles doivent faire une et une seule page.</li>
<li><strong>Sam Lawler</strong> est une astronome canadienne qui élève
des chèvres dans le Saskatchewan, et poste régulièrement sur <a
href="https://mastodon.social/@sundogplanets">Mastodon</a> sur tous les
dégâts causés par les satellites Starlink d’Elon Musk, qui sèment leurs
débris sur toute la planète – y compris dans le Saskatchewan. Elle poste
aussi des photos de chèvres, forcément, ce qui ne gâche rien.</li>
</ul>
<p>Je n’ai pas eu le temps / l’énergie de lire beaucoup de livres cette
année, malheureusement. En plus de ceux dont j’ai fait la critique et
que je mentionne plus bas, j’ai apprécié <a
href="https://en.wikipedia.org/wiki/Dinner_at_Deviant%27s_Palace">Dinner
at Deviant’s Palace</a> de <strong>Tim Powers</strong>, une dystopie
assez originale. Je suis aussi (enfin!) en train de lire <a
href="https://thecon.ai/">The AI Con</a> par <strong>Emily M.
Bender</strong> et <strong>Alex Hanna</strong>, la référence sur les
origines du <em>hype</em> autour des IA génératives.</p>
<h1 id="partie-nombriliste">Partie nombriliste</h1>
<p>De mon côté, sur ce blog, je me suis quelques fois transformé en
critique littéraire (<em><a
href="https://adfoucart.be/blog/livre-bezzle">The Bezzle</a></em> par
Cory Doctorow; <em><a
href="https://adfoucart.be/blog/livre-apostles-mercy">Apostles of
Mercy</a></em> par Lindsay Ellis; <em><a
href="https://adfoucart.be/blog/livre-transhumanisme">Le
Transhumanisme</a></em> par Nicolas Le Dévédec; <em><a
href="https://adfoucart.be/blog/livre-bikepunk">Bikepunk</a></em> par
Ploum) et j’ai, comme souvent, parlé d’IA (<a
href="https://adfoucart.be/blog/gpt-qi">Non, GPT-o3 n’a pas un QI de
157</a> et <a
href="https://adfoucart.be/blog/ia-superpouvoir">L’illusion cognitive:
le superpouvoir des IAs</a>). Et puis j’ai dit du mal de <a
href="https://adfoucart.be/blog/starlink-sur-la-tete">Starlink</a> et de
<a href="https://adfoucart.be/blog/microsoft-long">Microsoft</a>.</p>
<p>J’ai aussi publié un article scientifique dont je suis assez content,
présenté à la conférence ESANN, <a
href="https://research.adfoucart.be/preprint-cirank">Ranking the scores
of algorithms with confidence</a> et, sur mon blog de recherche, j’ai
parlé du fait que <a
href="https://research.adfoucart.be/science-llms">les LLMs et les bonnes
pratiques scientifiques</a> ne font pas bon ménage, de ma <a
href="https://research.adfoucart.be/adding-context">tentative d’apporter
plus de contexte</a> à mes publications scientifiques, de <a
href="https://research.adfoucart.be/teaching-data-analysis">mon bref
passage comme maître de conférence</a> à l’ULB, et de <a
href="https://research.adfoucart.be/wrapping-up">la fin de mon parcours
académique</a>.</p>
<p>Avec mon nouveau travail à la Haute-École de Vinci, j’ai aussi
démarré un nouveau blog, “<a
href="https://clavier.adfoucart.be/index.html">clavier ouvert</a>”, lié
aux choses que j’enseigne, pour celleux que ça intéresse.</p>
<p>J’ai participé au Advent of Code, un événement annuel où des
“puzzles” de programmation sont proposés dans le courant du mois de
décembre. J’ai documenté mon processus et mes réflexions sur <a
href="https://notes.adfoucart.be/aocode25/">https://notes.adfoucart.be/aocode25/</a>.
Je tiens également des notes sur <a
href="https://notes.adfoucart.be/typescript/">mon apprentissage du
Typescript</a>, parce que je dois l’enseigner au prochain semestre alors
ce serait bien que je sache de quoi je cause.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-12-22</pubDate>
</item>

<item>
    <title>L'enseignement souffre de Microsoft long</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/microsoft-long</link>
    <description><p>La crise du COVID a frappé l’enseignement de plein fouet. Les
étudiantes et étudiants qui sont passés durant “les années COVID” (comme
si elles s’étaient terminées) auront tous eu un parcours atypique (comme
s’il existait un parcours “typique”). Si on a aujourd’hui largement
décidé de ne plus trop s’en faire de l’épidémie, de ne plus se tester,
de ne plus se masquer, de ne plus se vacciner, il y a un changement des
années COVID dont il n’est pas si facile de se débarrasser: la mainmise
de Microsoft sur le secteur de l’enseignement.</p>
<p>En 2020, devant l’urgence de pouvoir garder le contact avec les
élèves de tous les professionnels de l’enseignement, les représentants
de Microsoft sont arrivés auprès des directions et administrations, des
dollars pleins les yeux, pour venir les dépanner avec Microsoft Teams.
Passer par Teams pour les écoles, athénées, hautes écoles et universités
n’était pas un choix déraisonnable à l’époque. Microsoft avait les
capacités de support et les infrastructures informatiques que personne
d’autre, sauf peut-être Google, ne pouvait déployer. Et Google s’est
montré beaucoup moins agressif dans son marketing.</p>
<p>Les établissements ont depuis repris leur programme présentiel. Mais
Microsoft s’est maintenant confortablement installé. Dans les
Universités, des les Hautes Écoles, dans les écoles secondaires et
primaires, Teams est l’outil institutionnel, Microsoft est le partenaire
privilégié. Pourtant, les outils proposés sont au final très peu
utilisés. Mis à part les réunions et, parfois, les cours en distanciel,
toutes les fonctionnalités de devoir, partage de documents, etc., sont
généralement redondantes avec les outils déjà existants (et souvent
mieux adaptés ou adaptables aux besoins des enseignant.e.s et
étudiant.e.s), comme la plateforme open-source Moodle. La quantité
d’argent public qui subsidie ainsi Microsoft pour des services
sous-exploités et peu nécessaires est difficile à estimer (l’Éducation
Nationale française a par exemple attribué un marché public a hauteur de
150 millions d’euros sur quatre ans pour les établissements supérieurs
[<a
href="https://next.ink/175788/leducation-nationale-signe-pour-100-millions-deuros-de-solutions-et-services-microsoft/">Next.ink</a>],
et la Fédération Wallonie-Bruxelles une “dizaine de millions d’euros”
juste pour l’administration [<a
href="https://www.etnic.be/nos-actualites/detail-actualite/marche-office-365-pour-letnic-et-le-mfw-b/">ETNIC</a>].).</p>
<p>Au-delà de l’aspect financier, il y a aussi maintenant un véritable
problème éducatif: les produits Microsoft poussent avec insistance
l’utilisation de leurs outils d’intelligence artificielle. Résultat, les
enseignants se retrouvent dans une situation inconfortable, dans
laquelle les logiciels institutionnels poussent les étudiant.e.s vers
des outils qui nuisent activement à leur apprentissage! Comment peut-on
être crédible à expliquer aux étudiant.e.s que lire et comprendre par
soi-même un texte est important lorsque les logiciels fournis par
l’école les pousse à plutôt lire le résumé (souvent incomplet et truffé
d’erreurs) proposé par Copilot?</p>
<p>L’excuse de l’urgence face à la crise sanitaire ne tient plus. Rester
dépendant à Microsoft pour l’enseignement est un problème, qui ne fait
qu’augmenter à mesure que Microsoft dévoue l’entièreté de ses ressources
à la poursuite d’une élusive IA qui fonctionnerait comme ils le
promettent aux actionnaires (et que, par ailleurs, ils collaborent avec
enthousiasme au projet politique de Donald Trump…). Nous n’avons pas
besoin aujourd’hui de fournir Teams, Copilot et Microsoft 365 aux
étudiant.e.s et enseignant.e.s. Nous n’avons pas besoin de financer
Microsoft avec l’argent de l’éducation publique.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-09-08</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Bikepunk, de Ploum</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/livre-bikepunk</link>
    <description><p><a href="https://ploum.net/">Ploum</a> – Lionel Dricot dans la vraie
vie – aime le vélo, les machines à écrire, le logiciel libre et la
sobriété numérique. Il n’aime pas les voitures, la surconsommation, les
voitures, Microsoft, les voitures et le technosolutionnisme. Certain.e.s
auteurices distilleraient ces idées dans des métaphores subtiles. Ploum
n’a pas de temps à perdre avec la subtilité. Le message est martelé avec
la délicatesse d’un Cybertruck dans un magasin bio. <em>Bikepunk</em>
est une histoire qui va droit au but, un conte post-apocalyptique où le
vélo est le dernier espoir de liberté pour une humanité arrachée de
force à sa précieuse technologie.</p>
<p>Ce livre n’est pas là pour convaincre, mais plutôt pour servir
d’exutoire aux convaincus. Celleux qui ne jurent que par la voiture et
le dernier iPhone, et que mon usage de “celleux” font bondir de
frustration, n’y verront sans doute qu’une pile de blabla woke,
bienpensant, moralisateur, suffisant, et <em>tutti quanti</em>. Ce qui
n’est pas totalement faux… mais ça fait du bien, de temps et temps, de
lire (ou d’écrire) du blabla woke. En tout cas, j’ai pris du plaisir à
suivre l’aventure.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-05-24</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Quand Starlink nous tombe sur la tête</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/starlink-sur-la-tete</link>
    <description><p>Il y a six ans déjà, j’écrivais sur <a
href="https://adfoucart.be/blog/spacex-a-qui-appartient-le-ciel">Starlink</a>,
le projet de SpaceX d’inonder le ciel de satellites de télécommunication
pour fournir une connexion internet haut débit n’importe où dans le
monde (enfin, n’importe où Elon Musk a envie d’en fournir). Je notais à
l’époque un soucis majeur de la multiplication rapide du nombre d’objets
en orbite: la pollution lumineuse qui a un énorme impact sur les
capacités des astronomes à observer le ciel. Et je trouvais un peu
dommage qu’il n’y ait globalement aucun contrôle au niveau international
sur l’occupation de ces orbites: tant que Musk a l’accord des
États-Unis, il fait ce qu’il veut, même si c’est notre ciel à toutes et
tous qui en subit les conséquences.</p>
<p>En 2019, il y avait soixante-deux satellites Starlink en orbite.
Aujourd’hui (au 3 avril 2025), il y en a 7.148<a href="#fn1"
class="footnote-ref" id="fnref1" role="doc-noteref"><sup>1</sup></a>. Il
y a même un site pour <a
href="https://satellitemap.space/?constellation=starlink">voir leur
position en direct</a>, si on veut. Mais il y a un autre chiffre
intéressant sur le site de Jonathan McDowell: 8.186. C’est le nombre de
satellites <em>lancés</em> par Starlink. La différence entre les deux,
1.038, est le nombre de satellites Starlink qui se sont désintégrés dans
l’atmosphère. Et ça, c’est un autre aspect de la pollution causée par le
projet auquel je n’avais pas trop pensé à l’époque, mais qui est
franchement terrifiant.</p>
<p>SpaceX compte renouveler sa “mégaconstellation” tous les cinq ans. On
parle donc à terme de milliers de satellites par ans qui viennent se
désintégrer dans l’atmosphère. L’impact de ces désintégrations n’est pas
du tout connu pour l’instant. Une étude de 2021<a href="#fn2"
class="footnote-ref" id="fnref2" role="doc-noteref"><sup>2</sup></a>
note que la quantité d’aluminium déposée chaque année par Starlink dans
l’atmosphère est possiblement supérieure à celle déposée par des
météorites. On n’est donc en tout cas pas dans des quantités
négligeables.</p>
<figure>
<img src="./img/ESA_Space_Environment_2024_figure_6_pillars.png"
alt="Nombre de rentrées dans l’atmosphères pour des satellites (gauche) et des morceaux de fusée (droite) par an. Source: ESA" />
<figcaption aria-hidden="true">Nombre de rentrées dans l’atmosphères
pour des satellites (gauche) et des morceaux de fusée (droite) par an.
Source: <a
href="https://www.esa.int/Space_Safety/Space_Debris/ESA_Space_Environment_Report_2024">ESA</a></figcaption>
</figure>
<p>Mais il n’y a pas que l’atmosphère qui est polluée. L’astronome
canadienne Sam Lawler, qui habite dans le Saskatchewan, raconte sur
Mastodon<a href="#fn3" class="footnote-ref" id="fnref3"
role="doc-noteref"><sup>3</sup></a> comment deux débris différents
appartenant à SpaceX (un de Starlink, un de Dragon) ont été retrouvés
<em>au sol</em> dans sa province. Comme elle le note: “J’ai maintenant
vu deux engins spatiaux de SpaceX, conçus pour être ‘entièrement
désintégrables’, faire tomber des débris dans ma province”. Elle
explique aussi que le Saskatchewan est sans doute un des endroits où
retrouver ces débris est le plus simple: le terrain est plat et agricole
(et donc déboisé), et les orbites de Starlink passent beaucoup
au-dessus. Le fait qu’on ait retrouvé deux pièces séparées dans le
Saskatchewan en six mois indique probablement qu’il y en a beaucoup plus
encore qui tombent dans des zones plus inacessibles, et l’impact
environnemental <em>au sol</em> est lui aussi difficile à mesurer.</p>
<p>Ce qui me parait évident, c’est que la législation internationale sur
l’utilisation de l’espace orbital n’est absolument pas adaptée à un
monde où les principaux acteurs ne sont plus des états, mais des
sociétés privées dont l’objectif principal est de permettre à des
milliardaires de jouer à qui à la plus grosses fusée.</p>
<section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"
role="doc-endnotes">
<hr />
<ol>
<li id="fn1"><p><a
href="https://planet4589.org/space/con/star/stats.html">Jonathan
McDowell, planet4589.org</a><a href="#fnref1" class="footnote-back"
role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
<li id="fn2"><p><a
href="https://www.nature.com/articles/s41598-021-89909-7">Boley &amp;
Byers, <em>Scientific Reports</em></a><a href="#fnref2"
class="footnote-back" role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
<li id="fn3"><p><a
href="https://social.sciences.re/deck/@sundogplanets@mastodon.social/114269603318169179">Prof. Sam
Lawler, Mastodon</a><a href="#fnref3" class="footnote-back"
role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
</ol>
</section>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-04-17</pubDate>
</item>

<item>
    <title>L'illusion cognitive: le superpouvoir des IAs</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/ia-superpouvoir</link>
    <description><p>J’ai probablement eu cette discussion plusieurs dizaines de fois ces
trois dernières années, depuis le fameux <a
href="https://adfoucart.be/blog/chatgpt-quand-le-soir-part-en-vrille">“tsunami”
ChatGPT</a>:</p>
<blockquote>
<p><strong>Quelqu’un</strong>: j’utilise ChatGPT pour faire ça, c’est
vraiment super.<br />
<strong>Moi</strong>: vraiment? Parce que, au-delà des questions
éthiques et environementales, un des gros problèmes de ChatGPT et autres
c’est quand même que ça ne marche pas, en fait.<br />
<strong>Quelqu’un</strong>: mais si, moi je l’utilise tous les jours et
ça marche!</p>
</blockquote>
<p>Difficile d’argumenter contre ça. Si j’essaye de dire aux gens de ne
pas croire leurs propres yeux, on va me prendre pour le <em>Big
Brother</em> d’Orwell: “The Party told you to reject the evidence of
your eyes and ears. It was their final, most essential command.” Et
pourtant… nous savons tous que nos yeux ne sont pas fiables! Nous
connaissons l’existence des illusions d’optique, et de la <a
href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Par%C3%A9idolie">paréidolie</a>,
notre tendance à voir des visages partout.</p>
<p>ChatGPT et autres “IA” (au sens: agents conversationnels, ou
chatbots, basé sur un grand modèle de langage entraîné à la génération
de texte<a href="#fn1" class="footnote-ref" id="fnref1"
role="doc-noteref"><sup>1</sup></a>) ne nous proposent pas des illusions
d’optiques, mais des <em>illusions cognitives</em>: les réponses <em>ont
l’air</em> intelligentes, <em>ont l’air</em> vraies, notre cerveau veut
y croire… même si, au final, c’est faux.</p>
<p>Prenons un exemple, avec une tâche qui est souvent mise en avant
comme quelque chose que les IAs font bien: résumer un texte. C’est une
compétence essentielle pour justifier le “remplacement de Google” par
des IAs. Au lieu de chercher sur un moteur de recherche et de lire
pleins de pages différentes pour trouver l’information, on pose la
question à ChatGPT, qui va chercher les résultats et nous fait un
résumé. Prenons donc un article de presse. J’en ai pris un sur la page
d’accueil du Soir au moment où j’écris ces lignes: <a
href="https://www.lesoir.be/664174/article/2025-03-25/un-permis-de-conduire-numerique-bientot-dans-notre-smartphone">“Un
permis de conduire numérique bientôt dans notre smartphone”</a>. Article
assez court, pas très compliqué, je n’ai vraiment pas cherché à “piéger”
l’IA d’une quelconque façon. Sur ChatGPT, j’ai demandé (<a
href="https://chatgpt.com/share/67e532dd-dc64-8002-a26a-0c1580d4a68b">lien
vers la “discussion”</a>):</p>
<blockquote>
<p>Résume les points principaux de l’article suivant:
https://www.lesoir.be/664174/article/2025-03-25/un-permis-de-conduire-numerique-bientot-dans-notre-smartphone</p>
</blockquote>
<p>La réponse:</p>
<blockquote>
<p>​La Belgique prévoit d’introduire un permis de conduire numérique
accessible via smartphone. Cette initiative vise à simplifier les
démarches administratives et à offrir une alternative pratique au permis
physique. Le permis numérique serait sécurisé grâce à des technologies
avancées, garantissant son authenticité et sa protection contre la
fraude. Les autorités espèrent que cette innovation facilitera les
contrôles routiers et améliorera l’expérience des conducteurs
belges.​</p>
</blockquote>
<p>Superficiellement, tout ça semble très raisonnable. Si vous recevez
ça dans un “résumé de l’actualité” par une IA, vous n’allez sans doute
pas chercher à particulièrement vérifier l’information. Pourtant, le
résumé est très mauvais:</p>
<ul>
<li>Ce n’est pas la Belgique qui prévoit d’introduire ce permis
numérique, c’est le Parlement européen qui a adopté le projet.</li>
<li>La “simplification” est effectivement mise en avant dans l’article,
mais le résumé passe complètement au-dessus de l’aspect probablement le
plus important (et inquiétant): l’idée que “Le permis numérique
deviendra à terme une sorte de sésame permettant ou non le démarrage de
la voiture”, ce qui implique un futur ou on ne peut pas faire démarrer
son véhicule si son smartphone est éteint ou déchargé, et où l’on doit
en pratique “s’identifier” à chaque fois qu’on prend le volant, ce qui
nous ramène bien vers Orwell.</li>
<li>L’article ne parle nulle part de “technologies avancées” ou de
garanties d’authenticité: c’est une fabrication de l’IA qui vient ici
apporter à la proposition un surplus de légitimité qui n’est pas présent
à la base dans l’article.</li>
<li>La facilitation des contrôles routiers est bien mentionnée, mais
l’amélioration de “l’expérience des conducteurs belges” n’est clairement
pas au menu (à part pour les “simplifications administratives”
précédemment mentionnées). Le fait de devoir obligatoirement pairer mon
smartphone avec la voiture à chaque démarrage ne me paraît pas une
meilleure expérience que de juste tourner la clé.</li>
</ul>
<p>Le résumé retire donc du contexte important (le fait que ça concerne
<em>toute l’Europe</em> et pas juste la Belgique), néglige des
informations importantes, et fait du remplissage avec des éléments
inventés. Tout ça dans un article pourtant court et sans grande
complexité !</p>
<p>On m’accusera peut-être d’avoir testé pleins d’articles jusqu’à ce
que j’en ai trouvé un avec des erreurs, mais ce n’est vraiment pas le
cas: je n’en ai tenté qu’un, sélectionné juste parce qu’il m’avait l’air
suffisamment court pour que ça ne me prenne pas trop longtemps pour
vérifier tous les points. Et ce résultat est cohérent avec ce qu’on
trouve dès qu’on essaye d’analyser de manière un peu systématique les
capacités des IAs à résumer les choses: la BBC a fait <a
href="https://www.bbc.co.uk/aboutthebbc/documents/bbc-research-into-ai-assistants.pdf">un
test similaire</a> en posant à ChatGPT, Copilot, Gemini et Perplexity
des questions sur l’actualité, et en ajoutant l’instruction d’utiliser
des sources de la BBC lorsque c’était possible. Résultat: entre 40 et
60% des réponses, selon les systèmes, contiennent des “problèmes
significatifs” (définis comme des problèmes qui pourraient induire le
lecteur en erreur).</p>
<p>Quand ChatGPT vous fourni une réponse, vous donne une information,
vous écrit un texte, ça a souvent l’air bien. Les mots semblent juste,
les phrases ont du sens, on y voit facilement un raisonnement, une
intelligence, une capacité cognitive. Mais comme dirait Jean-Louis
Aubert: c’est juste une illusion. C’est le seul superpouvoir des IAs:
l’illusion cognitive. Mais derrière, il n’y a pas de compréhension, il
n’y a pas de raisonnement, il n’y a pas d’intelligence… et lorsqu’on
creuse un peu, qu’on vient vérifier en détail ce que l’IA nous a sorti,
qu’on dépasse l’acceptation passive de la réponse, l’illusion
éclate.</p>
<p>Même si ChatGPT fonctionnait comme annoncé, les raisons de ne pas
l’utiliser ne manquent pas. Mais en plus de tout les aspects éthiques,
environnementaux, politiques, sociaux autour du déploiement massif des
IAs génératives, il ne faut pas passer à côté du fait que tous ces
systèmes ne marchent simplement pas, et qu’il n’y a aucune raison de
penser que les problèmes fondamentaux auxquels les IAs génératives font
fasse seront résolus dans un futur plus ou moins proche.</p>
<p><em>Note: pour plus de raisons de se méfier des IAs génératives, je
conseille la série d’articles en cours de publication sur Hypothèses: <a
href="https://academia.hypotheses.org/tag/chatgpt">https://academia.hypotheses.org/tag/chatgpt</a>
et <a
href="https://academia.hypotheses.org/tag/iagen">https://academia.hypotheses.org/tag/iagen</a></em></p>
<section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"
role="doc-endnotes">
<hr />
<ol>
<li id="fn1"><p>Le domaine de l’intelligence artificielle est beaucoup
plus vaste, et contient pleins de très bons systèmes qui fonctionnent et
donnent des résultats utiles et intéressants, mais malheureusement tout
le hype et tous les financements vont pour l’instant dans ce
sous-domaine très précis.<a href="#fnref1" class="footnote-back"
role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
</ol>
</section>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-03-27</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Le Transhumanisme, de Nicolas Le Dévédec</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/livre-transhumanisme</link>
    <description><p>Un livre qui se lit en un (long) trajet de train. Le sociologue
<strong>Nicolas Le Dévédec</strong> retrace l’histoire du
transhumanisme, depuis ses racines eugénistes jusqu’à ses actuels ténors
techno-solutionnistes. Cette philosophie fait partie du fameux <a
href="https://firstmonday.org/ojs/index.php/fm/article/view/13636">TESCREAL
Bundle</a>, le melting pot idéologique décrit par Timnit Gebru et Émile
P. Torres qui imprègne la Silicon Valley et – via Musk et J.D. Vance –
infecte maintenant la Maison Blanche.</p>
<figure>
<img src="./img/transhumanisme.jpg"
alt="Couverture du livre “Le transhumanisme”, de Nicolas Le Dévédec" />
<figcaption aria-hidden="true">Couverture du livre “Le transhumanisme”,
de Nicolas Le Dévédec</figcaption>
</figure>
<p>Le livre est clairement à charge… mais il charge un groupe qui mérite
amplement d’être chargé.</p>
<p>Clair, solidement sourcé, et sans fioriture, j’ai trouvé l’essai
intéressant et nécessaire.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-02-22</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Apostles of Mercy, de Lindsay Ellis</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/livre-apostles-mercy</link>
    <description><p>J’ai parlé précédemment de la <a
href="https://adfoucart.be/blog/livres-vrac">trilogie Noumena</a> de
<strong>Lindsay Ellis</strong>. J’avais à l’époque lu les deux premiers
tomes (<em>Axiom’s End</em> et <em>Truth of the Divine</em>). J’ai enfin
lu le troisième, <em>Apostles of Mercy</em>, sorti l’an dernier.</p>
<figure>
<img src="./img/apostles-mercy.jpg" width="150"
alt="Couverture d’Apostles of Mercy, Lindsay Ellis" />
<figcaption aria-hidden="true">Couverture d’Apostles of Mercy, Lindsay
Ellis</figcaption>
</figure>
<p>Avec <em>Apostles of Mercy</em>, on continue à suivre les
conséquences du “premier contact” avec des extra-terrestres échoués sur
Terre. Pour toutes une série de raisons (à lire dans les épisodes
précédents), la Terre fait face à une menace existentielle. Ou
plusieurs, même, en fait. Bref, ça va assez mal, et l’héroïne ne va pas
super bien non plus. Ce n’est pas le livre le plus joyeux du monde, mais
il reste très prenant. L’univers s’étoffe progressivement, et le côté
“science-fiction” est je trouve plus marqué que dans les précédents.</p>
<p>La trilogie n’en est au final pas une: deux autres livres sont
normalement prévu, même si pas encore officiellement annoncés. En tout
cas la fin de <em>Apostles of Mercy</em> n’est pas très satisfaisante,
si c’est la fin de l’histoire…</p>
<p>Par rapport aux deux premiers, je trouve tout de même qu’on
s’essouffle très légèrement. J’ai passé à très bon moment à lire ce
livre, mais on a un peu l’impression ici d’avoir atteint un “rythme de
croisière”. Dans l’ensemble, ça reste une série de science-fiction tout
à fait solide, et je n’hésiterai pas à acheter les suivants s’ils
arrivent bien un jour.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-02-17</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Quelques liens (Janvier 2025)</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/liens-2025-1</link>
    <description><p>Je cherche de plus en plus à réduire ma dépendance aux algorithmes de
Facebook, Google et autres dans mes consommations de contenu sur le Web.
Je reviens de plus en plus aux “bonnes vieilles techniques”: les flux
RSS des sites que j’apprécie, et les recommandations de lecture faites
par des gens qui ont des centre d’intérêt en commun avec moi. Des
recommendations qui viennent d’êtres humains. Pour que ce système
marche, c’est bien aussi d’y participer, et de partager moi aussi les
choses intéressantes sur lesquelles je tombe. C’est ce que je vais
essayer de faire dorénavant. Sauvegarder des choses intéressantes –
articles, vidéos, … – et les partager lorsque j’en ai accumulées
quelques unes. Première édition aujourd’hui, donc:</p>
<ul>
<li>Thierry Crouzet, <em>Le technofascisme est-il une fatalité ?</em>.
<a
href="https://tcrouzet.com/2025/01/24/technofascisme/">https://tcrouzet.com/2025/01/24/technofascisme/</a>,
qui revient sur comment nous en sommes arrivés à ce web
ultra-centralisé, où les contenus sont filtrés par une poignée de
milliardaires fascisants.</li>
<li>Retraction Watch, <em>Anatomy of a retraction: When cleaning up the
literature takes six years</em>. <a
href="https://retractionwatch.com/2025/01/29/anatomy-of-a-retraction-when-cleaning-up-the-literature-takes-six-years/">https://retractionwatch.com/2025/01/29/anatomy-of-a-retraction-when-cleaning-up-the-literature-takes-six-years/</a>,
un récit de la difficulté qu’il y a à corriger ou rétracter une étude
scientifique, même lorsque la demande provient de l’un de ses
auteurs.</li>
<li>Christophe “Politicoboy”, <em>L’âge des Fake Tech</em>. <a
href="https://faketech.substack.com/p/lage-des-fake-tech">https://faketech.substack.com/p/lage-des-fake-tech</a>,
essai sur les cycles de hype et de désillusion qui sont le propre de la
Silicon Valley.</li>
<li>Dan Olson (Folding Ideas), <em>Mantracks: a True Story of Fake
Fossils</em>. <a
href="https://m.youtube.com/watch?v=2UDXdqqJQPE">https://m.youtube.com/watch?v=2UDXdqqJQPE</a>,
un essai vidéo sur la fascinante histoire de faux fossiles “prouvant” la
cohabitation des humains et des dinosaures – et par conséquent le
créationnisme, <em>of course</em>.</li>
<li>Molly White, <em>Trump’s Project 2025 ghostwriters</em>. <a
href="https://www.citationneeded.news/trumps-project-2025-ghostwriters/">https://www.citationneeded.news/trumps-project-2025-ghostwriters/</a>,
où Molly White démontre via les métadatas de fichiers PDF publiés par la
Maison Blanche que les auteurs du “Projet 2025”, le guide de
christofascisation des États-Unis que Trump niait totalement vouloir
suivre durant la campagne, écrivent aujourd’hui les memos officiels
envoyés aux agences fédérales.</li>
</ul>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-02-04</pubDate>
</item>

<item>
    <title>The Bezzle, de Cory Doctorow</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/livre-bezzle</link>
    <description><p>Cory Doctorow est un auteur actif depuis déjà pas mal d’années, mais
que je n’ai découvert que récemment. J’ai commencé par le suivre sur <a
href="https://mamot.fr/@pluralistic">Mastodon</a> et sur son blog <a
href="https://pluralistic.net/">Pluralistic</a>. Il est rapidement
devenu l’un de mes commentateurs favoris du monde des technologies. Il a
une connaissance encyclopédique de l’histoire de la “tech industry”, et
c’est un défenseur zélé du logiciel libre et d’un web pour tous, vecteur
de partage de connaissances, loin des monopoles des GAFAM. Bref, le
genre de personnes pour qui je vais clairement avoir un a priori
positif.</p>
<p>Mais en plus de tout ça, c’est un excellent auteur de
science-fiction. J’avais lu l’an dernier <em>Red Teams Blue</em>, et je
viens de terminer <em>The Bezzle</em> qui en est la suite. Les deux
suivent Martin Hench, un “comptable légiste” dont la spécialité est de
détricoter les arnaques de la Silicon Valley. À travers Martin Hench, on
se retrouve plongé dans les coulisses sordides des milliardaires et
multimillionnaires du Venture Capital, des start-ups technologiques, et
de toutes les sociétés qui, de restructuration en optimisation, rendent
notre monde toujours un peu moins humain, un peu moins juste.</p>
<p><em>Red Teams Blue</em> m’avait scotché, et <em>The Bezzle</em> m’a
confirmé que j’avais un peu de rattrapage à faire: vu la bibliographie
déjà bien fournie de Cory Doctorow, ça fait un bon tas de livres à
rajouter sur la pile.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-01-27</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Transphobie par décret</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/decret-transphobie</link>
    <description><p>Le 20 janvier 2025, fraîchement intronisé pour la seconde fois dans
la présidence américaine, Donald Trump a signé le <em>décret
exécutif</em> pour “Défendre les femmes de l’extrémisme de l’idéologie
de genre et restaurer la vérité biologique dans le gouvernement fédéral”
[<a
href="https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/2025/01/defending-women-from-gender-ideology-extremism-and-restoring-biological-truth-to-the-federal-government/">White
House</a>]. Rien que ça.</p>
<p>Ce décret est une horreur. Il est une preuve de plus (et à ce stade,
de combien de preuves avons-nous besoin?) que Trump 2.0 vise à
transformer les États-Unis d’Amérique en un régime liberticide à
l’idéologie christo-fasciste. Sous couvert de “protection des femmes”,
il vise particulièrement les femmes trans et va rendre leur vie
totalement intenable dans l’espace public américain. Pour beaucoup
d’entre elles, ce n’est pas exagéré de dire que ce décret est une
sentence potentiellement létale.</p>
<p>Ce décret ne va évidemment pas non plus protéger la moindre femme
(cis). Au contraire: il ouvre la porte à un harcèlement constant de
toute femme qui ne se conforme pas à un “type” féminin traditionnel. Une
femme “un peu garçonne”, ou avec des vêtements amples et des cheveux
courts, ou simplement dotée d’un physique plus “masculin” que la moyenne
risque désormais de se voir obligée de “prouver” son statut de femme à
chaque fois qu’elle veut utiliser des toilettes publiques, ou entrer
dans tout autre espace dédié aux femmes. Et c’est là l’objectif réel:
définir le sexe féminin non pas selon des critères scientifiques, mais
selon une conformité à la féminité traditionnelle.</p>
<p>Et c’est dans cette définition de la binarité homme-femme que le
décret passe de “horrible” à “horrible <em>et</em> absurde”. Parce
qu’évidemment, dès lors qu’on sort des phrases comme “the immutable
biological reality of sex”, “It is the policy of the United States to
recognize two sexes, male and female” ou “These sexes are not changeable
and are grounded in fundamental and incontrovertible reality”… à un
moment, il faut bien fournir cette définition scientifique immuable et
incontestable (un bel oxymore, déjà!).</p>
<p>La définition est proposée ainsi dans le décret:</p>
<blockquote>
<ol type="a">
<li>“Sex” shall refer to an individual’s immutable biological
classification as either male or female. “Sex” is not a synonym for and
does not include the concept of “gender identity.”<br />
</li>
<li>“Women” or “woman” and “girls” or “girl” shall mean adult and
juvenile human females, respectively.<br />
</li>
<li>“Men” or “man” and “boys” or “boy” shall mean adult and juvenile
human males, respectively.<br />
</li>
<li>“Female” means a person belonging, at conception, to the sex that
produces the large reproductive cell.<br />
</li>
<li>“Male” means a person belonging, at conception, to the sex that
produces the small reproductive cell.</li>
</ol>
</blockquote>
<p>Donc: “female” signifie une personne qui appartient <em>à la
conception</em> au sexe qui produit les grandes cellules reproductives,
et “male” au sexe qui produit <em>à la conception</em> les petites
cellules reproductives. C’est une définition assez étrange… et
circulaire. Qu’est-ce que “le sexe qui produit les grandes cellules
reproductives?”: le sexe féminin. Qu’est-ce que “le sexe féminin?”:
celui qui est capable de produire les grandes cellules
reproductives.</p>
<p>J’ai vu passer <a
href="https://www.yahoo.com/news/trump-appears-accidentally-declared-every-174749266.html?guccounter=1">des
commentaires et articles</a> disant que, parce que les foetus commencent
tous par développer des organes sexuels féminins avant que, pour les
porteurs du chromosome Y, les testicules ne commencent à se développer<a
href="#fn1" class="footnote-ref" id="fnref1"
role="doc-noteref"><sup>1</sup></a>, le décret déclare que toute
personne est une femme, mais je ne suis pas trop d’accord. Le décret ne
stipule pas que le foetus doit avoir des organes sexuels d’un certain
phénotype, mais bien “faire partie (à la conception) du sexe qui
produit” les spermatozoïdes ou les ovules – c’est-à-dire le sexe
masculin ou féminin.</p>
<p>Le décret ne fournit donc juste pas de réelle définition binaire
scientifique du sexe. L’interprétation la plus charitable du texte
serait de dire que la distinction est basée sur les chromosomes, XX ou
XY. Mais pourquoi alors ne pas simplement le dire comme ça? Sans doute
parce que ça ne marche pas non plus: la définition n’inclurait pas
toutes les personnes ayant diverses anomalies chromosomiques, peu
fréquentes mais qui concernent néanmoins entre quelques dizaines de
milliers et quelques millions de personnes aux USA, selon <a
href="https://en.wikipedia.org/wiki/Intersex">les estimations très
divergentes</a> que l’on peut trouver.</p>
<p>La volonté ici est sans doute de placer une petite pique
anti-avortement – si on est une “personne de sexe féminin ou masculin” à
la conception, on est nécessairement une “personne” à la conception –
tout en donnant un air vaguement scientifique et légitime au document.
Après tout, Trump et sa clique s’en foutent royalement que ce soit
<em>vraiment</em> scientifique. L’important est de punir tous ceux et
toutes celles qui ont l’outrecuidance de ne pas rentrer dans les cases
que la société leur réserve.</p>
<p>Et surtout de rendre légal – et même encouragé – leur harcèlement. Ce
n’est pas pour rien que dans les documents gouvernementaux supprimés par
ce décret, on retrouve “Confronting Anti-LGBTQI+ Harassment in Schools:
A Resource for Students and Families” ou “U.S. Department of Education
Toolkit: Creating Inclusive and Nondiscriminatory School Environments
for LGBTQI+ Students”. Le messages aux harceleurs en tous genres, dans
les écoles ou ailleurs, est clair: si votre cible est LGBTQI+, ou
autrement “anormale”, soyez libres de vous y attaquer, avec la
bénédiction du Président des États-Unis d’Amérique.</p>
<section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"
role="doc-endnotes">
<hr />
<ol>
<li id="fn1"><p>“During early development the gonads of the fetus remain
undifferentiated; that is, all fetal genitalia are the same and are
phenotypically female.” [<a
href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK222286/">https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK222286/</a>]<a
href="#fnref1" class="footnote-back" role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
</ol>
</section>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-01-23</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Non, GPT-o3 n'a pas un QI de 157</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/gpt-qi</link>
    <description><p>Tous les quelques mois, il faut réaffirmer au monde que cette fois,
c’est la bonne, l’IA Révolutionnaire Qui Va Tout Changer est là. Comment
convaincre sinon les investisseurs de remettre des milliards dans ce
gouffre financier qu’est l’IA générative<a href="#fn1"
class="footnote-ref" id="fnref1" role="doc-noteref"><sup>1</sup></a>
?</p>
<p>Cette fois-ci, l’annonce qui circule parmi les “influenceurs”
technophiles concerne “o3”, la dernière version de GPT. o3 est un modèle
<em>extrêmement</em> coûteux: une requête prend plus de dix minutes et
coûte plus de 1.000€ à exécuter (ce qui vient aussi avec un bon gros tas
de CO2, et d’eau consommée pour le refroidissement des serveurs,
évidemment) <a href="#fn2" class="footnote-ref" id="fnref2"
role="doc-noteref"><sup>2</sup></a>.</p>
<p>Il paraît, nous dit-on, que o3 a un QI de 157. Souvent, <a
href="https://www.linkedin.com/posts/jeanfrancoislitt_meilleurs-v%C5%93ux-pour-2025-accrochez-vos-activity-7281318696201973760-6-GL/?originalSubdomain=fr">on
ajoute</a> que le QI d’Einstein est de 160. Pour “preuve”: ce tableau de
résultats:</p>
<figure>
<img src="img/gpto3-iq.png"
alt="QI estimé de différents modèles d’OpenAI" />
<figcaption aria-hidden="true">QI estimé de différents modèles
d’OpenAI</figcaption>
</figure>
<p>Il est difficile de trouver l’origine exacte de ce tableau. Le
partage le plus ancien que je trouve vient de <a
href="https://x.com/i_dg23/status/1871135348069482993">Twitter/X</a>, et
l’origine y est attribuée “au serveur Discord” (lequel? mystère!).</p>
<p>Quoi qu’il en soit… “o3 a un QI de 157, presque comme Einstein” est
du pur non-sens. Prenons ces éléments un par un:</p>
<ol type="1">
<li>o3 n’a pas un QI de 157.</li>
<li>Mesurer le QI de o3 n’a pas de sens.</li>
<li>On ne connaît pas le QI d’Einstein.</li>
</ol>
<h2 id="doù-vient-le-score-de-157">D’où vient le score de 157?</h2>
<p>Le score de 157 est un “QI estimé”. Estimé comment? Facile: en
prenant le score réalisé par o3 sur la plate-forme <a
href="https://codeforces.com/">Codeforces</a>, un site de programmation
compétitive. o3 aurait participé à une série de concours sur ce site, et
se classerait dans le top 0,0075% des programmeurs participants. Et le
“top 0,0075%” des humains sur un test de QI, ça donne 157.</p>
<p>Il va de soi (en tout cas il <em>devrait</em> aller de soi) que
l’intelligence – même dans sa définition réduite à “l’intelligence
mesurée par un test de QI – n’est pas uniquement une affaire de capacité
à programmer. Et que la population des gens qui participe à Codeforces
n’est sans doute pas représentative de la population générale sur
laquelle un test de QI serait normalement calibré.</p>
<p>Donc non, ce score ne permet pas de dire que o3 a un QI de 157. Ni
même que o3 est un super bon programmeur, d’ailleurs. Il permet tout au
plus de dire que o3 est probablement capable de résoudre des exercices
de programmation.</p>
<h2 id="le-qi-dune-machine">Le QI d’une machine?</h2>
<p>Ce n’est pas la première fois qu’on nous sort des résultats de QI
pour montrer l’évolution de modèles IA, parfois même en leur faisant
passer des “vrais” tests de QI plutôt que d’utiliser une “table de
conversion” ridicule<a href="#fn3" class="footnote-ref" id="fnref3"
role="doc-noteref"><sup>3</sup></a>.</p>
<p>Ça ne rend pas ces résultats plus intéressants pour autant. Le test
de QI est un outil de diagnostic qui n’a de sens que lorsqu’il est
appliqué à des humains, par des professionnels capable d’en interpréter
les résultats. Déjà pour un humain, dire “un tel a un QI de 157” n’a pas
beaucoup de sens sans autre information. Un test de QI est calibré sur
une population cible: on peut donc avoir un QI de 157 si le test est
calibré d’une certaine façon, et de 100 si on a calibré le test
autrement. Un critère important étant l’âge, puisque l’une des
utilisations légitimes principales du test de QI est d’identifier les
enfants ayant besoins d’enseignement adapté<a href="#fn4"
class="footnote-ref" id="fnref4"
role="doc-noteref"><sup>4</sup></a>.</p>
<p>Le QI est basé sur des tâches qui, chez les humains, permettent de
détecter qu’une personne est fortement différente ou non de la moyenne
des autres humains du même âge et – idéalement – de conditions
socio-culturelles similaires. Utiliser le QI comme un “score absolu”
d’intelligence n’a pas beaucoup de sens pour un humain, et n’en a aucun
pour une machine.</p>
<h2 id="le-qi-deinstein">Le QI d’Einstein?</h2>
<p>À ce stade, il est clair que la question de savoir si o3 a un QI
équivalent à celui d’Einstein n’a pas de sens. Mais tant qu’on y est:
est-ce que Einstein a vraiment un QI de 160? <a
href="https://russellwarne.com/2023/09/14/the-search-for-albert-einsteins-iq/">Selon
le Dr Russel T. Warne</a>, qui s’y connaît certainement beaucoup mieux
que moi sur le sujet et qui s’est plongé dans les archives, il semble
qu’Einstein n’ait probablement jamais fait de test de QI. Toutes les
sources sur “le QI d’Einstein” semblent basée sur de la pure
spéculation, et les valeurs données “varient entre 150 et 207”.</p>
<p>Autrement dit: Einstein était un gars plutôt malin.</p>
<h2 id="conclusions">Conclusions</h2>
<p>La bonne nouvelle, c’est que les médias semblent cette fois-ci ne pas
avoir mordu à l’hameçon. Contrairement aux <a
href="https://adfoucart.be/blog/traquer-une-rumeur-gpt-4-et-les-100-000-milliards-de-parametres">“100.000
milliards de paramètres”</a> de GPT-4 qui avaient été repris par Le Soir
et La Libre, je n’ai pas vu le QI de 157 circuler ailleurs que sur les
réseaux sociaux et des blogs. De manière générale, le traitement
médiatique de l’IA s’est grandement amélioré depuis <a
href="https://adfoucart.be/blog/chatgpt-quand-le-soir-part-en-vrille">le
total manque de lucidité</a> à la sortie de ChatGPT.</p>
<p>Les annonces hyperboliques sur les capacités des IAs ont
malheureusement encore la belle vie sur les réseaux sociaux. Le QI de
157 est la dernière en date, nul doute que la prochaine sera tout aussi
détachée de la réalité.</p>
<section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"
role="doc-endnotes">
<hr />
<ol>
<li id="fn1"><p>K. Wiggers, OpenAI is losing money on its pricey ChatGPT
Pro plan, CEO Sam Altman says. <a
href="https://techcrunch.com/2025/01/05/openai-is-losing-money-on-its-pricey-chatgpt-pro-plan-ceo-sam-altman-says/">techchrunch.com</a>,
5 janvier 2025.<a href="#fnref1" class="footnote-back"
role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
<li id="fn2"><p>M. Zeff, OpenAI’s o3 suggests AI models are scaling in
new ways — but so are the costs <a
href="https://techcrunch.com/2024/12/23/openais-o3-suggests-ai-models-are-scaling-in-new-ways-but-so-are-the-costs/?guccounter=1">techcrunch.com</a><a
href="#fnref2" class="footnote-back" role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
<li id="fn3"><p>AI Tools Korner. OpenAI’s New o1’s Mensa IQ Test Result,
<a
href="https://medium.com/@Aaitoolskorner/openais-new-o1s-mensa-iq-test-result-58cbea30b0da">medium.com</a>,
17 septembre 2024.<a href="#fnref3" class="footnote-back"
role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
<li id="fn4"><p>E. Sender, Test QI : comment mesure-t-on le QI et
quelles sont ses limites ? <a
href="https://www.sciencesetavenir.fr/sante/cerveau-et-psy/comment-mesure-t-on-le-qi-et-quelles-sont-ses-limites_133539">Sciences
et Avenir</a>, 10 mai 2019.<a href="#fnref4" class="footnote-back"
role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
</ol>
</section>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2025-01-15</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Fantasia, de Laura Sibony - contes et légendes de l'intelligence artificielle</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/fantasia</link>
    <description><p><em>Note : le livre “Fantasia” m’a été gratuitement donné par
l’autrice pour que je le critique. Je n’ai pas reçu d’instructions
particulières sur le contenu ou la forme de cette critique, donc tout ce
qui suit représente mon opinion, sans filtre.</em></p>
<p>Fantasia, écrit par <a href="https://www.laurasibony.com">Laura
Sibony</a>, sortira (ou est sorti selon quand vous lisez ceci) le 31
janvier 2024 aux éditions Grasset. Le livre parle d’intelligence
artificielle, et puisque c’est un peu mon truc, on<span
class="sidenote-number"><span class="sidenote">Pour être tout à fait
transparent: c’est une collègue, amie de l’autrice, qui m’a demandé si
ça m’intéressait d’en faire une critique.</span></span> m’a envoyé un
exemplaire pour que je donne mon avis. Parce qu’apparemment je suis un
influenceur maintenant !</p>
<p>Je vais scinder cette critique en deux parties : mon opinion en bref
et sans “spoiler”, et puis quelques digressions.</p>
<figure>
<img src="./img/fantasia.jpg" alt="Fantasia, par Laura Sibony" />
<figcaption aria-hidden="true">Fantasia, par Laura Sibony</figcaption>
</figure>
<h2 id="mon-opinion-en-bref">Mon opinion en bref</h2>
<p><strong>Qu’est-ce que Fantasia ?</strong> C’est un recueil de courts
récits et essais autour de l’intelligence artificielle. L’idée générale
du livre est : l’IA est un concept un peu fourre-tout, un domaine aux
multiples facettes, qu’on ne peut pas réduire à une définition simple.
Plutôt que de définir et expliquer, il vaut donc mieux la raconter.</p>
<p><strong>Et raconter, l’autrice Laura Sibony fait ça très
bien</strong>. C’est prenant, c’est très agréable à lire et, même si
elle n’est pas une spécialiste de l’IA, c’est assez juste, en tout cas
dans les grandes lignes. Si on veut se faire une idée générale des
enjeux réels autour de l’intelligence artificielle en passant un très
bon moment de lecture, Fantasia est vraiment un très bon livre. Il ne
faut pas y chercher, par contre, un contenu technique : ce n’est
clairement pas son objectif.</p>
<p><strong>Là où j’ai un peu plus de mal</strong>, c’est dans le flou
inconfortable (pour moi) qui règne tout au long du livre entre ce qui
est de l’ordre de l’<em>essai</em>, du <em>reportage</em> ou de la
<em>fiction</em>. Selon les chapitres, l’autrice s’adresse directement à
nous pour nous <em>expliquer des choses</em>. Ou elle met en scène des
personnages réels dans des situations un peu romancées, mais ancrées
dans la réalité. Ou elle met en scène des personnages fictifs, peut-être
basés sur des personnes réelles, pour raconter des anecdotes parfois
vraies, parfois “basées sur des faits réels”, parfois on ne sait pas
trop. C’est clairement un choix, et je ne dis pas que c’est un
<em>mauvais</em> choix, juste que pour moi en tout cas ça crée parfois
une légère frustration.</p>
<p><strong>Ca ne m’a pas empêché de bien profiter du livre, et je le
recommande sans trop d’hésitation</strong> : c’est rare de trouver des
textes sur l’intelligence artificielle qui soient à la fois bien écrits
<em>et</em> qui ne partent pas (trop) dans des délires, soit
apocalyptiques, soit sur la toute-puissance de
ChatGPT-qui-va-dominer-le-monde. Laura Sibony n’est pas une spécialiste,
mais elle a clairement eu à coeur d’écouter des spécialistes et de
mettre en avant des réels et des possibles plutôt que des
improbables.</p>
<h2 id="digressions">Digressions</h2>
<p>En lisant le livre, déformation professionnelle, je ne pouvais pas
m’empêcher de temps en temps de <em>fact-checker</em> les histoires,
pour essayer de détricoter le réel de l’imaginaire, ce qui m’a amené sur
les trois digressions suivantes : sur la façon erronnée (à mon
pas-si-humble avis) dont Deep Blue est présenté; sur les histoires
réelles qui se cachent derrière certains “contes”; et sur une légende
urbaine tenace.</p>
<h3 id="deep-blue-léternel-incompris">1. Deep Blue, l’éternel
incompris</h3>
<p>Dans le livre, Deep Blue, le programme d’IBM qui a battu Kasparov aux
échecs en 1997, est contrasté avec le <em><a
href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Turc_m%C3%A9canique">Turc
mécanique</a></em>, un faux automate joueur d’échec. Le Turc (tel qu’il
était présenté et imaginé) représente une intelligence mécanique,
entièrement programmée, suivant un arbre de décision prédéterminé. Deep
Blue y représente l’intelligence <em>modélisée</em>, qui “cherche à
interpréter les données qu’elle rencontre”, entraînée par <em>machine
learning</em> à détecter des “patterns” sur une base de données de
parties jouées par des Grands Maîtres d’échecs.</p>
<p>Mais ça ne me parait pas une caractérisation très correcte de Deep
Blue, dont le fonctionnement a été expliqué par les ingénieurs qui
menaient le projet dans un article paru en 2002<span
class="sidenote-number"><span class="sidenote">Campbell, M., Hoane, A.
J., &amp; Hsu, F. (2002). Deep Blue. Artificial Intelligence, 134(1-2),
57–83. <a
href="https://doi.org/10.1016/s0004-3702(01)00129-1">https://doi.org/10.1016/s0004-3702(01)00129-1</a></span></span>.
Deep Blue, en résumé, avait quatre modes d’opération possibles : le
“livre d’ouverture” (<em>Opening book</em>), le “livre étendu”
(<em>Extended book</em>), le mode de recherche, et le mode “fin de
partie”.</p>
<p>En “ouverture”, Deep Blue suit, tout simplement, un arbre de décision
prévu à l’avance par des Grands Maîtres d’échecs qui participaient au
projet, et conçu pour être adapté aux stratégies attendues de
Kasparov.</p>
<p>En “livre étendu”, la “base de données” intervient, mais pas vraiment
dans une approche “machine learning” : les critères d’interprétation des
données sont en effet manuels. Lorsque, dans une partie, la position des
pièces correspond à des parties connues jouées par des Grands Maîtres,
les différents coups possibles reçoivent un bonus ou un malus selon la
fréquence où ils ont été joués, <em>qui</em> les a joués, <em>quand</em>
ils ont été joués (les coups de parties plus récentes recevant un plus
grand bonus), et les résultats de la partie (si le joueur a perdu après
avoir fait ce coup, il reçoit plutôt un malus).</p>
<p>Dans le mode de recherche, Deep Blue teste un maximum de coups
possibles, évaluant à l’aide de critères complexes (définis là aussi
manuellement par l’équipe d’IBM) quel coup l’amène à une meilleure
position.</p>
<p>Et finalement, s’il ne reste plus beaucoup de pièce, il passe en mode
“fin de partie”, où à nouveau il utilise une base de donnée de positions
possibles qu’il peut reconnaître : il suit alors simplement les coups
qui, selon cette base de données, amènent au résultat le plus
avantageux.</p>
<p>Deep Blue est donc en réalité bien proche du “Turc mécanique” décrit
dans Fantasia : il suit ses instructions à la lettre, même si ses
rouages sont électroniques. Ce n’est pas la première fois que je vois
cette confusion : le fait que le <em>deep learning</em> a associé le mot
<em>deep</em> au concept du machine learning dans l’imaginaire collectif
(enfin, des gens qui ont ce genre de vocabulaire dans leur imaginaire
collectif, ne nous jugez pas!) n’aide pas.</p>
<h3 id="google-trotsky-et-noûs">2. Google, Trotsky et Noûs</h3>
<p>Dans une partie du livre, Lev Davidovich donne une conférence sur la
rencontre entre l’intelligence artificielle et l’art. Les projets qu’il
raconte sont bien réels, mais les personnages sont… fictifs ?
Pseudonymes ? Des amalgames de personnes existantes ? C’est un peu
difficile à dire. Lev Davidovich, qui est le héros d’un autre livre à
paraître (Old Europe’s Club) de Laura Sibony, est aussi le nom de
Trotsky et d’un physicien – je ne sais pas à qui est dû l’hommage ici.
Mais les projets qu’il raconte, en tout cas, semblent principalement
être ceux de <a href="https://artsandculture.google.com/">Google Arts
and Culture</a>. Où Laura Sibony <a
href="https://www.laurasibony.com/auteur">a elle-même travaillé</a>. Je
ne sais pas si la couche de fiction est ici un choix de style, une
volonté de ne pas mettre en scène elle-même ou d’anciens collègues, ou
une obligation contractuelle liée à un NDA ou autre. Mais plus tard dans
le livre Google Arts and Culture est aussi mentionné, dans un chapitre
qui est plus présenté comme un essai.</p>
<p>On a aussi à un moment une longue “interview” avec <a
href="https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Camille_No%C3%BBs">Camille
Noûs</a>, chercheur fictif représentant traditionnellement “la
communauté scientifique”.</p>
<p>Et je ne sais pas trop que faire de ces informations. C’est peut-être
ça qui me gêne un peu dans ma lecture : je me demande pourquoi <em>ces
chapitres</em> en particulier nécessitent une mise en scène fictive,
alors que d’autres sont plus directs. Je pense que j’aurais préféré,
quelque part, que soit l’ensemble du livre soit présenté comme un essai,
soit qu’il soit entièrement présenté sous une forme “romancée”.
Peut-être qu’un pur essai aurait été moins agréable à lire, et que tout
romancer aurait fait partir le livre trop loin du domaine de la
non-fiction.</p>
<p>C’est en tout cas un choix qui a le mérite de me faire rechercher,
revérifier toutes les informations, ce qui est toujours une bonne
pratique. Et j’aurai appris des choses, grâce à ces recherches.</p>
<h3 id="à-la-recherche-du-tank-perdu">3. À la recherche du tank
perdu</h3>
<p>Un de chapitres présente les “Silly Valley Awards”, une cérémonie qui
ne semble pas exister réellement, mais qui sert d’excuse ici pour mettre
en avant de très courtes histoires de “fails” de l’IA. Ces histoires
sont, à nouveau, un mix de vrai, de peut-être et de possiblement
inventé. Mais la dernière de ces histoires m’a amené au genre de plongée
dans les profondeurs du net que j’adore, donc je la partage.</p>
<p>Dans l’histoire, une IA a été entraînée à reconnaître la nationalité
des tanks depuis des images satellites. Mais voilà, pas de bol, si
toutes les images de tanks américains étaient prises par temps dégagé,
celles de tanks russes provenaient toutes de l’invasion de l’Ukraine
“dans une boue froide et grise”. Résultat : l’IA prédisait ensuite des
tanks russes dès qu’il pleuvait, des tanks américains dès qu’il faisait
beau.</p>
<p>L’histoire semble peu plausible de base. Si ce genre de biais peuvent
effectivement pourrir un set de données, il faudrait vraiment que des
gens très nuls se soient chargés du développement de cette IA pour se
faire avoir par quelque chose d’aussi basique.</p>
<p>Et en cherchant un peu si c’était réel, je suis tombé sur cette très,
très longue page écrite par <a href="https://gwern.net/tank">Gwern
Branwen</a> qui retrace toutes les versions de cette légende urbaine qui
semble être issue des années 60, et s’être transformée au cours du temps
et de l’actualité. Gwern est un “rationaliste” issu des forums de
LessWrong (plutôt que de continuer la digression sur LessWrong, je vais
simplement lier au <a
href="https://davidgerard.co.uk/blockchain/2023/02/06/ineffective-altruism-ftx-and-the-future-robot-apocalypse/">blog
de David Gerard</a> sur les liens entre ce forum, les “Effective
Altruists” et les arnaques aux cryptomonnaies, c’est super intéressant
mais ça nous éloigne de plus en plus du sujet). Il en adopte le style
ultra-verbeux (même pour moi !), mais sa démarche ici me parle assez
bien.</p>
<p>Ce que je trouve aussi intéressant dans l’inclusion de cette légende
urbaine dans le livre, c’est que je ne retrouve pas d’autre version de
la légende qui la place dans le contexte “post-invasion de l’Ukraine”
qui est présenté ici. Il est tout à fait possible que cette version ait
circulé quelque part et que je ne l’ai pas trouvée dans mes brèves
recherches, mais il est aussi possible que Laura Sibony ait décidé
d’ajouter ce détail elle-même. Ce qui lui donne une place auprès de tous
les autres inventeurs d’anecdote qui se relaient depuis soixante ans
autour de cette légende urbaine. Comme quoi, le flou artistique dans le
domaine de l’IA, ce n’est pas quelque chose de nouveau !</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2024-01-30</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Comment déchiffrer un vieux manuscrit calciné</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/manuscrit-herculaneum</link>
    <description><p>Ceci est un rouleau de papyrus:</p>
<figure>
<img src="./img/scroll1-small-actual.jpg" alt="Le premier rouleau" />
<figcaption aria-hidden="true">Le premier rouleau</figcaption>
</figure>
<p>Il a vécu des jours meilleurs. Il faut dire qu’il a été déterré au
dix-huitième siècle, 1700 ans après avoir été recouvert de cendres et de
débris, et complètement carbonisé, lors de l’éruption du Vésuve. Avant
ça, il se trouvait dans une belle villa d’Herculaneum, bien installé
dans une bibliothèque avec plusieurs centaines de ses camarades. Les
historiens aimeraient beaucoup pouvoir lire ce qu’il y a dans ce
papyrus, et dans les centaines d’autres récupérés dans la villa. Mais
comment faire pour lire un manuscrit carbonisé et impossible à dérouler
sans complètement le détruire ?</p>
<p>C’est à cela que s’attaquent celles et ceux qui participent au “<a
href="https://scrollprize.org/">Vesuvius Challenge</a>”, et c’est pas de
la tarte ! Mais les premières lettres ont récemment été déchiffrées, ce
qui laisse à espérer qu’une solution plus ou moins complète est au moins
possible. Pour arriver à faire ça, les rouleaux ont été imagés avec un
CT scan à haute résolution (8µm par pixel), ce qui permet de “voir” à
l’intérieur. Plus ou moins – c’est un peu plus compliqué que ça.</p>
<p>Il y a trois étapes principales pour résoudre le problème:</p>
<ol type="1">
<li>Dérouler virtuellement le manuscrit pour retrouver des fragments
plus ou moins intacts</li>
<li>Retrouver sur ces fragments déroulés des traces d’encre</li>
<li>Lire</li>
</ol>
<h2 id="dérouler-virtuellement-le-manuscrit">Dérouler virtuellement le
manuscrit</h2>
<p>Une coupe transversale du rouleau ressemble à ça (toutes les images
proviennent de <a
href="https://scrollprize.org">scrollprize.org</a>):</p>
<figure>
<img src="./img/scroll-roll.jpg" alt="Coupe CT du premier rouleau" />
<figcaption aria-hidden="true">Coupe CT du premier rouleau</figcaption>
</figure>
<p>Si vous voulez voyager à travers les coupes, il y a une vidéo de 8
minutes qui traverse tout le rouleau:
https://www.youtube.com/watch?v=cY5BIxkf5m0&amp;t=33s.</p>
<p>On peut assez clairement voir les différentes “couches” du rouleau.
Mais pour les “dérouler”, il ne suffit pas de “clairement” voir, il faut
faire voir à la machine. Ce qui signifie, pour l’instant en tout cas, de
manuellement venir annoter les images pour “suivre” le trajet du
parchemin, à travers les couches, jusqu’à ce qu’on ait un fragment de
taille raisonnable pour lequel on est sûr d’avoir bien identifié le
papyrus. On peut ensuite simuler le “déroulement” de ce fragment pour
obtenir un volume aplati. Ici, on voit ce que ça donne:</p>
<figure>
<img src="./img/scroll-surface_volume.gif"
alt="Coupe aplatie, qui reprend les voxels annotés avec une marge de ~0.25mm (32 voxels) de part et d’autre de la surface" />
<figcaption aria-hidden="true">Coupe aplatie, qui reprend les voxels
annotés avec une marge de ~0.25mm (32 voxels) de part et d’autre de la
surface</figcaption>
</figure>
<p>On y voit assez facilement la texture des fibres du papyrus. Par
contre, pour lire, c’est un peu plus compliqué.</p>
<h2 id="retrouver-des-traces-dencre">Retrouver des traces d’encre</h2>
<p>Une technique similaire avait été utilisée pour déchiffrer certains
manuscrits de la mer morte. Mais pour ces manuscrits, l’encre utilisée
avait des composants métalliques, qui la rendait fort visible au CT.
L’encre utilisée à Herculaneum, malheureusement, n’a pas cette
propriété: elle est invisible aux rayons X.</p>
<p>Ou plutôt, presque invisible.</p>
<figure>
<img src="./img/scroll-pi-1.png"
alt="Fragment d’environ 6mm de côté avec des résidus d’encre, Casey Handmer" />
<figcaption aria-hidden="true">Fragment d’environ 6mm de côté avec des
résidus d’encre, <a
href="https://caseyhandmer.wordpress.com/2023/08/05/reading-ancient-scrolls/">Casey
Handmer</a></figcaption>
</figure>
<p>Casey Handmer, un participant du concours, a gagné $10.000 grâce à
cette découverte: vous voyez ces petites craquelures sur le papyrus ?
Non ?</p>
<figure>
<img src="./img/scroll-pi-2.png" alt="Fragment annoté, Casey Handmer" />
<figcaption aria-hidden="true">Fragment annoté, <a
href="https://caseyhandmer.wordpress.com/2023/08/05/reading-ancient-scrolls/">Casey
Handmer</a></figcaption>
</figure>
<p>Et là ? Les craquelures sont, probablement, des résidus d’encre. Ils
forment ici la lettre pi: le manuscrit est en grec.</p>
<p>Luke Farritor et Youssef Nader ont ensuite indépendamment entraîné
des modèles de machine learning à reconnaître ces résidus d’encre, afin
de générer des images ‘améliorées’, où les lettres deviennent visible à
l’oeil nu. En tout cas: plus visibles.</p>
<figure>
<img src="./img/scroll-porphyras.webp"
alt="Le mot à $40.000: ΠΟΡΦΥΡΑϹ" />
<figcaption aria-hidden="true">Le mot à $40.000: ΠΟΡΦΥΡΑϹ</figcaption>
</figure>
<p>Une fois le premier mot trouvé, les choses s’accélèrent, les modèles
s’améliorent, et les images aussi:</p>
<figure>
<img src="./img/scroll-youssef-new.webp" alt="Fragments reconstruits" />
<figcaption aria-hidden="true">Fragments reconstruits</figcaption>
</figure>
<p>Problème résolu?</p>
<h2 id="y-a-plus-quà">Y a plus qu’à…</h2>
<p>On sait maintenant qu’il est possible de dérouler virtuellement le
manuscrit… en tout cas certains morceaux.</p>
<p>On sait qu’il est possible d’y trouver des résidus d’encre, et de les
mettre en avant.</p>
<p>Mais le boulot reste conséquent. Pour l’instant, la “segmentation”
des fragments de manuscrit (c’est-à-dire: séparer les couches du rouleau
et en faire des morceaux de taille suffisante pour en tirer
potentiellement du texte) est en bonne partie manuelle, et donc lente.
Des outils pour accélérer et partiellement automatiser le processus sont
en train d’être construits, avec plus ou moins de succès. Et en
identifiant et déroulant les fragments, il faut évidemment faire
attention à prendre note de sa position dans le rouleau initial, le but
étant <em>in fine</em> de pouvoir recréer un manuscrit complet.</p>
<p>Quand à la lecture, on sait que le modèle fonctionne sur certains
fragments. Mais il est encore trop tôt pour dire s’il fonctionnera sur
l’ensemble du rouleau. Peut-être que d’autres couches, ou d’autres
régions du rouleau, auront des propriétés légèrement différentes. Et les
indices permettant de détecter l’encre sont tellement subtils qu’il
suffirait de pas grand-chose pour que le modèle soit à nouveau
perdu.</p>
<p>Mais aujourd’hui, il semble assez probable qu’on finira par y
arriver, et dans pas trop longtemps. Et qu’on pourra enfin découvrir le
contenu de cette bibliothèque enfouie, et peut-être mettre la main sur
des textes perdus depuis prêt de 2000 ans.</p>
<p>Il y a en tout cas une certaine motivation pour les chercheurs sur le
coup: l’équipe qui arrivera à déchiffrer quatre passages séparés d’au
moins 140 caractères successifs dans les deux rouleaux imagés avant le
31 décembre 2023 remportera $700.000.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2023-10-20</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Livres en vrac</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/livres-vrac</link>
    <description><p>Ca fait un bail que je n’avais plus fait une liste de livres que j’ai
trouvé sympa / intéressant, donc après les éditions <a
href="./2014-en-livres.html">2014</a> et <a
href="./livres-2015-1.html">2015</a>, voici quelques recommandations
2023, sans ordre ni thème particulier.</p>
<h2 id="béa-wolf">Béa Wolf</h2>
<p>Scénario de <strong>Zach Weinersmith</strong> (auteur du webcomic <a
href="https://www.smbc-comics.com/">Saturday Morning Breakfast
Cereal</a>), dessin de <strong>Boulet</strong> (dessinateur et/ou
scénariste de pleins de trucs, notamment Donjon Zénith, Bolchoi Arena,
Raghnarok…).</p>
<p>Une bande dessinée pour enfants qui reprend “Beowulf”, mais au lieu
d’un grand héros balaise qui tue des monstres on a des héroïques enfants
qui défendent leur cabane dans les arbres contre des adultes nazes.
C’est bête et rigolo.</p>
<h2 id="v13">V13</h2>
<p>Dans un tout autre registre, <strong>Emmanuel Carrère</strong>
raconte le procès des attentats du 13 novembre 2015: au Bataclan, au
Stade de France, et aux terrasses de divers cafés de Paris.</p>
<p>Depuis qu’il est passé des romans aux “récits”, Emmanuel Carrère
s’est un peu enfoncé de plus en plus dans le nombrilisme. Autant
jusqu’au Royaume je trouvais que ces digressions et ce retour constant à
lui-même marchaient assez bien, autant son dernier roman – Yoga –
approchait un peu trop de la caricature. Avec V13, il renoue avec ses
racines de journaliste, et il s’efface nettement plus du récit (même
s’il ne quitte jamais tout à fait la scène) pour laisser la place aux
histoires des victimes et des accusés.</p>
<p>C’est franchement dur à lire par moments (et il n’est pas tendre avec
la police belge), mais je l’ai trouvé très bien fait.</p>
<h2 id="the-kaiju-preservation-society">The Kaiju Preservation
Society</h2>
<p><strong>John Scalzi</strong> est sans doute mon auteur de
science-fiction favori du moment. Je n’ai plus très souvent l’énergie de
me lancer dans des grands récits super ambitieux s’étalant sur des
milliers de page. J’ai tenté récemment de me lancer dans les bouquins de
Iain Banks et j’ai dû abandonner en cours de route. Scalzi offre quelque
chose de beaucoup plus épuré, mais diablement efficace. Sa série <em>Old
Man’s War</em> (Le vieil homme et la guerre) est sans doute son oeuvre
la plus connue.</p>
<p><em>The Kaiju Preservation Society</em>, c’est son “roman Covid”. Il
était contracté par sa maison d’édition pour écrire un bouquin en 2020,
et il avait à la base une idée d’une histoire plutôt sombre et sérieuse…
puis il a choppé le Covid et s’est retrouvé avec la tête dans le
brouillard pendant un certain temps. Et après 2020, il n’avait plus trop
envie d’écrire une histoire sombre et sérieuse. Alors à la place il a
écrit <em>The Kaiju Preservation Society</em>.</p>
<p>Il y a des gros monstres, des portails inter-dimensionnels, beaucoup
d’humour, avec un message politique à peu près aussi subtil qu’un
Godzilla dans un magasin de porcelaine.</p>
<h2 id="the-cartographers">The Cartographers</h2>
<p>Une société secrète de cartographes prêts à tuer pour retrouver des
vieilles cartes autoroutières. C’est le premier bouquin de <strong>Peng
Shepherd</strong> que j’ai eu l’occasion de lire (elle a aussi écrit
<em>The Book of M</em> et <em>The Future Library</em>), et c’est très
prenant, original, et sans vouloir trop en dévoiler j’ai été assez
surpris par la direction que le livre prend en cours de route.</p>
<h2 id="la-trilogie-noumena">La trilogie Noumena</h2>
<p>On reste un peu orienté science-fiction, pour le coup, mais dans un
style encore très différent avec la “trilogie Noumena” de
<strong>Lindsay Ellis</strong>. Deux des trois livres prévus sont sortis
– <em>Axiom’s End</em> et <em>Truth of the Divine</em> – tandis que le
troisième, <em>Apostles of Mercy</em>, sort en 2024.</p>
<p>L’histoire se déroule en 2007: une météorite tombe aux États-Unis, et
la fille d’un “sonneur d’alerte” exilé – typé “Assange” – se retrouve
impliquée dans une histoire d’extra-terrestres planqués par la CIA.
Ellis joue avec tous les clichés du genre – E.T., Transformers, etc. –
et en fait quelque chose de neuf et très bien foutu.</p>
<p>Je connaissais à la base Lindsay Ellis par sa chaîne Youtube où elle
faisait principalement des essais vidéos sur le cinéma. Elle a depuis
quitté Youtube, épuisée par une campagne de cyberharcèlement de longue
haleine, mais elle continue à produire des vidéos de temps en temps sur
<a href="https://nebula.tv/">Nebula</a>, une plateforme alternative
payante. Et elle écrit des romans plutôt bien, du coup.</p>
<h2 id="leonardo-frida-et-les-autres">Leonardo, Frida et les autres</h2>
<p>On sort de la science-fiction, et même de la fiction tout court, pour
arriver sur ce livre très sympa de <strong>Camille Journeaux</strong>
qui retrace l’histoire de la peinture. On y retrouve des artistes très
connus et moins connus, avec des clés pour décoder les thèmes et motifs
qui reviennent à travers l’histoire et forment le langage visuel des
peintres, surtout occidentaux mais pas que.</p>
<p>Je ne suis pas hyper calé en peinture à la base, et j’ai appris pas
mal de trucs (que j’ai probablement déjà oublié, mais c’est pas grave,
je peux le relire !).</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2023-10-10</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Complotistes, les anti-Evras?</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/complotistes-evras</link>
    <description><p>Le 16 septembre 2023, la RTBF publie un dossier sur les
“désinformateurs sur l’Evras en Belgique” [<a
href="https://www.rtbf.be/article/complotistes-extreme-droite-et-adeptes-de-theories-pedocriminelles-voici-le-reseau-des-desinformateurs-sur-levras-en-belgique-11256548">RTBF.be</a>].
L’association Bon Sens Belgique a réagit rapidement sur Facebook en se
déclarant “attaquée, diffamée et calomniée” [<a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid0vrdsp1p4bHoeopLDiuMb85G675K6gq2egjFBc1hKB2y25XgHW9a73UDpeoMAn8Hzl">Bon
Sens Belgique / Facebook</a>].</p>
<p>Je ne connaissais pas Bon Sens Belgique avant l’article en question,
donc je me suis demandé: qu’est-ce qui pourrait bien donner l’idée aux
journalistes de la RTBF que cette brave association de “bon sens” est
complotiste ? Jetons donc un oeil aux publications effectuées dans la
semaine précédent l’article de la RTBF, en dehors des contenus
anti-Evras.</p>
<p>Le 10 septembre, ils publient l’<a
href="https://www.facebook.com/photo/?fbid=691521943015384&amp;set=pcb.691522603015318">affiche
du programme</a> de leur “Sommet Citoyen (5ème édition)”. On y parle un
peu d’Evras, mais on trouve aussi des sujets intéressants comme
“Vaccins, réchauffement, chemtrails… que veulent-ils?”, “Médecine
holistique et personnages intérieurs” ou “Les Démasqués. Qui dirige
réellement le monde?”.</p>
<p>Le même jour, ils enchaînent sur <a
href="https://www.facebook.com/photo/?fbid=685378040296441&amp;set=a.557665716401008">une
mise en garde contre le vaccin HPV</a>. Enfin, ils n’y sont pas
<em>ouvertement</em> anti-vaccins, ils partagent juste “quelques liens
qu’il nous semble indispensable de porter à votre connaissance” afin
“d’éclairer notre consentement”. Des liens comme “Gardasil : inutile,
ruineux et dangereux !” ou “Gardasil - danger - à voir absolument avant
de se faire vacciner”. Du bon sens, quoi.</p>
<p>Ils <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid0TnQwr4EUVim1eM7wiEBiVtetuAfzLtvGsNvngaXqa9rjp4oi6zWgAqrFUai22N3Kl">font
ensuite la promotion</a> de la “bioélectronique Vincent”, une “méthode
scientifique de prévention et de santé naturelle”. Je ne vais pas me
taper la vidéo d’1h, mais si j’en crois le site web qui en fait
principalement la promotion c’est une théorie de la fin du XIXème siècle
qui est repackagée ici comme une “vérité qui dérange”. Après autant la
science proposée est clairement plus pseudo que scientifique, autant les
conseils généraux donnés sur le site ne sont pas tous mauvais: il faut
bien s’hydrater, manger des fruits et légumes et pas trop de viande
industrielle ni de sucre… Faire de l’exercice et bien dormir, OK. Un peu
de bullshit anti-ondes et des “cures” à base de radis noir pour éliminer
les toxines, mais j’ai déjà vu bien pire comme bullshit new age !</p>
<p>On a ensuite une vidéo sur “<a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid022K21o9HA5TVXMWx1gK2hifgeWKtagHSZ143YGPmaJRZRryT8oPCsgemASTvDonKQl">qui
dirige le monde</a>” (apparemment, les sociétés d’investissement
BlackRock et Vanguard). Je ne vais pas particulièrement défendre ces
deux sociétés, qui n’ont je suis sûr aucun scrupule à faire n’importe
quoi pour maximiser leurs profits, mais disons que le raisonnement
proposé manque un peu de substance…</p>
<p>Le 11 septembre, <em>évidemment</em>, est une bonne journée pour ces
non-complotistes. L’occasion de diffuser les vidéos <a
href="https://www.facebook.com/watch/?v=6782581318452260">“9.11 Les
tireurs de ficelle”</a> et un <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid0xCHUz7RpfKq2ozrULxtCqba6qUqdkmBZjJNxqXwYZBLgTxcYwJvhDLji2c1AQZqhl">documentaire
de 4h</a>, “le seul film qui démontre l’absence d’avions sur les
tours”.</p>
<p>Le lendemain, c’est une certaine Valérie Bugault qui est <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid0VNazw7EG37Gqx3xFey7ZhB8ydzfP3mA47uHuXbmdta1QhZhsx1c1RAEznzHVwpbJl">mise
à l’honneur</a>. Ex-candidate de l’UPR, elle semble naviguer dans les
mers complotistes de l’ère COVID: gouvernement à la solde de Big Pharma,
Raoult est gentil, contrôle de la population avec la vaccination forcée,
etc. Elle a une page bien fournie sur <a
href="https://www.conspiracywatch.info/notice/valerie-bugault">Conspiracy
Watch</a>.</p>
<p>Le 13 septembre, <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid033gQudG59a1NZqEkEugkA7ZAkyuvHFRtEVUgQgkW9NCHiXExpy2GKQrNaC41VKiETl">on
se réjouit</a> de la victoire de Djokovic à l’US Open (parce qu’il n’est
pas vacciné contre le COVID), on <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid038LVMJTXoRygzLkQ1ceiz1ySZqJFcK7gyHCbDDTX963wwFvMARVhEZSEfAyk66Cnxl">s’interroge
sur le pouvoir de l’OMS</a>, on <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid0rJZpBxs1o2Ahzry2aKWvV3DuJgPbcyk2RkjyBegHgudigjZLiFcoWY6Gr2dfEtJXl">expose
les crimes de la crise COVID</a>.</p>
<p>Le 14, <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid0EBoncbHtjmxaVT2Anj95Vj3mS88WXXfHRDjn21d34TtJyciLNKhhT9vB4Qo5WnA4l">rebelote
sur Big Pharma et le COVID</a> avec Jean-Dominique Michel (pas de lien
de parenté avec Louis, Charles et Mathieu, à ma connaissance) et Alain
Colignon, <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid06boMJ3TvLVsm2YJQSSw4LAf31KdJUn4y438fLgKyR4tDqPHmKxUXSDwagc2PQ3SPl">rebelote
vaccin COVID</a></p>
<p>Le 15, ils étaient full Evras… mais le 16, juste après s’être plaint
du dossier de la RTBF, ils enchaînent avc <a
href="https://www.facebook.com/Bonsensbelgique/posts/pfbid0XVLdCuYwXNFPgqjjBKL3pCLNbAy48eqyX8KjnBJufEqFy7a3LhxTfieFk8qXqe4Zl">l’assassinat
de Kennedy</a>.</p>
<p>Non, vraiment, je ne vois pas ce qui a donné l’idée à la RTBF qu’ils
étaient complotistes.</p>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2023-09-28</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Blog minimaliste et web léger</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/blog-minimaliste</link>
    <description><h2 id="au-revoir-wordpress">Au revoir Wordpress !</h2>
<p>Quand j’ai commencé ce blog en 2015, c’était avec un système tout à
fait maison plus ou moins fonctionnel. Ce n’était pas très beau, mais ça
faisait le taf. Au bout d’un moment, j’ai eu envie d’un peu plus de
fonctionnalités: une gestion plus simple des images, des statistiques de
vues… et un design un peu plus pro. Comme beaucoup, je suis donc passé
sur un Wordpress.</p>
<p>Et ça marche plutôt bien. Je pense que ça reste une bonne option pour
quiconque veut un blog ou un site facile à configurer sans trop de
connaissances techniques particulières. Par contre, Wordpress est
<em>lourd</em>. Pas plus que la plupart des systèmes comparables, mais
<em>lourd</em> tout de même.</p>
<p>Qu’est-ce que ça veut dire, lourd ? Qu’il occupe beaucoup de place
sur le disque dur, d’une part, mais surtout que chaque chargement de
page est assorti d’une foule d’opérations. Charger une simple page d’un
blog crée des dizaines de requêtes: pour récupérer des “feuilles de
style” (instructions données au navigateur pour le look de la page), des
polices de caractère, des fichiers javascript (pour avoir des pages
“réactives”… et pour faire du tracking.) Tout ça prend du temps, de la
bande passante, de l’énergie.</p>
<p>C’est devenu la norme sur le web. On a tous des connexions
haut-débit, n’est-ce pas? Alors pourquoi se priver?</p>
<p>Mais il y a maintenant depuis un certain temps un mouvement
alternatif qui plaide pour un retour à un web simple, qui retire le
superflu. Pour un blog, par exemple, on a finalement besoin de quoi? De
montrer du texte, et quelques images pour illustrer. On retire tout ce
qui distrait l’attention du contenu, on obtient des pages plus rapides à
charger, et on arrête de vouloir absolument poursuivre tout le monde à
travers tous les sites qu’iels visitent.</p>
<p>Et ça me parle plutôt, comme idée<a href="#fn1" class="footnote-ref"
id="fnref1" role="doc-noteref"><sup>1</sup></a>.</p>
<h2 id="retour-aux-sources">Retour aux sources</h2>
<p>Du coup je suis reparti de zéro pour construire quelque chose de
simple et de minimaliste. Que du HTML, le “vieux” web: des pages
statiques, sans interactivité, avec du texte, des images quand il faut,
et des hyperliens.</p>
<p>Quand on charge une page, on charge le texte, les images, une feuille
de style unique, une icône, et c’est tout.</p>
<p>Le blog ne gagnera pas des prix de design… mais l’important, au
final, c’est que ce soit lisible, accessible, sans pubs, sans tracking.
Pas de cookies, pas de petit robot Google qui compte les passants.</p>
<h2 id="côté-technique">Côté technique</h2>
<p>Les contraintes que je m’étais fixées étaient les suivantes:</p>
<ol type="1">
<li>Je dois pouvoir récupérer tous mes anciens posts Wordpress pour
qu’ils soient accessibles (avec la même adresse) sur le “nouveau”
blog.</li>
<li>Je veux pouvoir écrire et sauvegarder mes futurs posts en format
Markdown, pour qu’ils soient lisible et éditable avec n’importe quel
éditeur de texte.</li>
<li>Le blog doit contenir une page d’accueil avec le dernier post, une
page d’archive avec tous les posts, et un flux RSS.</li>
</ol>
<h3 id="export-wordpress">Export Wordpress</h3>
<p>Pour récupérer mes “archives” Wordpress, j’ai commencé par
sauvegarder les rendus HTML des différentes pages d’articles. En tout,
ça m’a donné huit fichiers, contenant en tout 77 articles. J’ai ensuite
fait un script python qui, avec la librairie <code>BeautifulSoup</code>,
extrait tous les articles de chaque page et les sauvegarde dans des
fichiers HTML séparés. Une autre méthode – toujours avec
<code>BeautifulSoup</code> – récupère tous les éléments de type
<code>img</code> et télécharge les images présentes sur le blog pour les
sauvegarder localement. Enfin, les fichiers HTML sont convertis avec
<code>pandoc</code> en fichiers Markdown, avec en métadonnées l’auteur,
la date et le titre de chaque post.</p>
<h3 id="système-de-microblogging">Système de microblogging</h3>
<p>Reste à faire le système de microblogging en lui-même. Là aussi, je
fonctionne en python, le but étant d’aller au plus simple.</p>
<p>J’ai un dossier avec tous mes articles en markdown. J’ai quelques
templates HTML: pour la page d’accueil, pour faire une page “article”,
pour la page d’archives. Et j’ai un script qui va:</p>
<ul>
<li>Récupérer tous les fichiers Markdown</li>
<li>Les convertir en HTML avec <code>pandoc</code> et les insérer chacun
dans le template “article”, et garder un index des dates / titres /
fichier généré.</li>
<li>Trier l’index par date de publication et générer une liste à insérer
dans le template “archives”.</li>
<li>Similairement, générer le fichier “feed.xml” pour le flux RSS.</li>
<li>Insérer le dernier article publié, ainsi qu’une liste des 5 articles
précédents, dans le template “page d’accueil”.</li>
</ul>
<p>En tout, on a en une petite centaine de lignes de code un système qui
génère automatiquement un site statique avec des articles de blog. Avec
une feuille de style pour quand même avoir un peu de mise en page, et
une page “à propos”, on a tout ce qu’il faut pour un microblog.</p>
<h3 id="fonctionnalités-manquantes">Fonctionnalités manquantes ?</h3>
<p>Ne serait-ce pas bien d’avoir… ?</p>
<p>Non, en fait. Pendant toute la période où les commentaires étaient
ouverts sur mon Wordpress, je n’ai globalement eu que du spam et
quelques trolls, et une petite poignée de messages réels. Et si
quelqu’un veut vraiment réagir, mon mail est là.</p>
<p>Je n’aurai pas de statistiques d’utilisation du site. Ce n’est pas
plus mal: j’écris ce que j’ai envie d’écrire, sans passer après du temps
à guetter les statistiques pour voir si ça intéresse les gens ou
pas.</p>
<h2 id="résultat">Résultat</h2>
<p>Quand on ouvre la page d’accueil de Google, avec juste un logo, une
zone de recherche, deux boutons et quelques mots de texte, notre
navigateur effectue plus de quarante requêtes (majoritairement liées à
du tracking publicitaire), pour obtenir un page qui “pèse” environ 2 Mo
en environ une seconde. Tant qu’on reste sur la page, des nouvelles
requêtes sont régulièrement envoyées (il faut bien que Google soit au
courant qu’on s’attarde.)</p>
<p>Quand on ouvre la page d’accueil de ce blog, quatre requêtes sont
effectuées (plus une par image s’il y en a): une pour récupérer le
contenu HTML (le texte), une pour récupérer la feuille de style, deux
pour récupérer la “favicon” qui s’affichera dans le navigateur. La page
pèse environ 20ko lorsqu’il n’y a pas d’images dessus, un peu plus s’il
y en a, et prend environ 200ms à charger (à partir d’un bien moins bon
serveur que ceux de Google). Une fois la page chargée, on peut rester
dessus tant qu’on veut: tout reste uniquement sur le navigateur, plus
rien n’est envoyé ni à Google, ni à moi.</p>
<p>Clairement, ce changement sur mon blog est une goutte d’eau dans
l’océan, mais je pense que ça vaut la peine, quand on tient un site, de
se poser la question: de quoi a-t-on <em>vraiment</em> besoin pour qu’il
tourne? Et pour ceux que ça intéresse, j’ai mis le code du “moteur” de
blogging (ce qui génère les pages à partir du fichier markdown) en ligne
ici: <a
href="https://gitlab.com/adfoucart/rikitikiblog/">https://gitlab.com/adfoucart/rikitikiblog/</a>.</p>
<section id="footnotes" class="footnotes footnotes-end-of-document"
role="doc-endnotes">
<hr />
<ol>
<li id="fn1"><p>L’inspiration me vient en bonne partie d’Arthur Perret
(<a
href="https://www.arthurperret.fr/">https://www.arthurperret.fr/</a>),
pour rendre à César ce qui lui appartient.<a href="#fnref1"
class="footnote-back" role="doc-backlink">↩︎</a></p></li>
</ol>
</section>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2023-09-25</pubDate>
</item>

<item>
    <title>Bit4you, une faillite inévitable</title>
    <link>https://adfoucart.be/blog/bit4you-une-faillite-inevitable</link>
    <description><div class="entry-content">
<p>Il y a un peu plus d’un an, <a
href="https://adfoucart.be/blog/bitcoin-et-medias-la-libre-belgique-et-bit4you/">je
m’inquiétais</a> des “publireportages” de la plateforme d’échange en
cryptomonnaies <em>Bit4you</em> sur le site web de La Libre. Outre le
fait que ces publicités n’étaient pas clairement indiquées comme telles,
La Libre couvrait régulièrement avec enthousiasme <a
href="https://www.lalibre.be/economie/digital/2021/09/06/cryptomonnaies-les-belges-de-bit4you-depassent-le-milliard-deuros-en-volume-de-transactions-J7BQFOXC7ND2JHTUUXQRR2A25I/">son
succès</a>, laissant libre parole à ses directeurs Marc Toledo et Sacha
Van Damme. <a
href="https://adfoucart.be/blog/suite-la-libre-belgique-et-bit4you/">Suite
à mon signalement</a> auprès du Conseil de Déontologie Journalistique,
La Libre avait rendu plus claire la nature publicitaire des
“publireportages” (la confusion était selon eux due à un problème
technique), et s’était sinon défendu de son indépendance journalistique
pour le choix de ses interlocuteurs. J’écrivais à l’époque:</p>
<blockquote>
<p>Il est difficile de ne pas voir une certaine responsabilité
médiatique dans la vaste arnaque que sont les cryptomonnaies, NFTs, et
autres <a
href="https://adfoucart.be/blog/stop-a-la-blockchain/">“révolutions” de
la blockchain</a>. En traitant bien souvent les cryptomonnaies comme “un
investissement” (risqué, certes, mais <em>légitime</em>) dont on <a
href="https://www.lalibre.be/economie/placements/2021/03/18/le-bitcoin-depasse-a-nouveau-le-seuil-des-50-000-dollars-R22O7NEB5ZFKTCTWHLTCRDW2ZQ/">rapporte
les montées et descentes</a> comme si c’était une action cotée en
bourse, ils leur donne une aura de respectabilité qui aide à recruter
les nouvelles générations d’investisseurs… qui se retrouvent bien
souvent les cibles de la prochaine arnaque, ou simplement les victimes
de la nature légèrement… “pyramidale” de l’investissement.</p>
<p>Bitcoin et médias: La Libre Belgique et bit4you [<a
href="https://adfoucart.be/blog/bitcoin-et-medias-la-libre-belgique-et-bit4you/">20
février 2022</a>]</p>
</blockquote>
<h2 class="wp-block-heading" id="un-an-plus-tard">Un an plus tard…</h2>
<p>Fin avril de cette année, Bit4you a <a
href="https://www.lalibre.be/economie/digital/2023/04/27/fin-de-partie-pour-la-plateforme-cryptos-belge-bit4you-XR5S34Z3CRDGVNX7CTF4WAMPGQ/">suspendu
ses activités</a>. Depuis, le conseil d’administration a été <a
href="https://www.lalibre.be/economie/digital/2023/05/24/le-conseil-dadministration-de-bit4you-decharge-de-la-gestion-de-la-plateforme-7ZFPNX7EXBBMJGI2DMNLGEEL4Y/">déchargé
de ses fonctions</a>, et l’inévitable Mischaël Modrikamen <a
href="https://www.lalibre.be/economie/2023/05/04/debacle-de-la-plateforme-bit4you-des-deposants-mandatent-lavocat-mischael-modrikamen-T4XTXCJ7EFH2XMXQS2JNLVP53A/">est
monté au créneau</a> pour défendre les investisseurs. L’inévitable
faillite a eu lieu, et elle suit le schéma de tous les “petits acteurs”
du secteur: les cryptomonnaies que les investisseurs pensaient stocker
chez Bit4you étaient en fait conservées dans une société estonienne,
CoinLoan… qui elle-même <a
href="https://be-crypto.lesoir.be/2023/06/08/bit4you-on-fait-le-point/">a
fait faillite</a>, entraînant Bit4you dans sa chute.</p>
<p>Parce que la majorité de l’argent qui “circule” dans les plateformes
de cryptomonnaie n’existe pas, et que l’ensemble du système est un
château de cartes, cela ne pouvait pas se terminer autrement. Lorsque
des clients de Bit4you investissaient dans la plateforme, ils
commençaient par convertir leurs euros en Tether (USDT), une
cryptomonnaie “stable”, c’est-à-dire qu’elle est censée rester à prix
constant, la société Tether étant supposée posséder dans ses réserves un
dollar pour chaque USDT en circulation. On sait – <a
href="https://amycastor.com/2019/01/17/the-curious-case-of-tether-a-complete-timeline-of-events/">depuis
longtemps</a> – que ce n’est pas le cas. Ces USDT sont donc des jetons
de casino, mais dans un casino très particulier où la maison ne garantit
pas qu’ils pourront être ré-échangés contre du vrai argent à la fin
!</p>
<p>Les fondateurs de la plateforme se <a
href="https://www.lecho.be/entreprises/banques/bit4you-il-ne-manque-rien-nous-ne-sommes-pas-partis-avec-la-caisse-marc-toledo/10473272.html">posent
aujourd’hui</a> en “victimes”, comme leurs clients: ils ne pouvaient pas
savoir que CoinLoan était insolvable. “Rien n’a été détourné”, explique
Marc Toledo dans l’Echo. “Il ne manque rien, nous ne sommes pas partis
avec la caisse.” C’est peut-être vrai. L’Echo les présente comme ayant
tout misé – et perdu – dans l’affaire, ayant injectés leurs fonds
propres pour combler des pertes. Si vraiment ils n’ont pas tiré de
profit de toute l’histoire, s’ils croyaient vraiment que CoinLoan ne
pouvait pas chuter, s’ils croyaient vraiment que la pyramide pouvait
continuer à croître à l’infini… alors par pitié, médias belges, ne nous
les présentez plus jamais comme “experts” en finances, crypto ou non !
On est ici clairement dans une histoire où les seules interprétations
possibles de leurs actions sont de l’incompétence ou de la
malhonnêteté.</p>
<p>Je l’ai dit à l’époque, je le redis aujourd’hui : lorsque les médias
couvrent les cryptomonnaies comme un investissement légitime, ils
contribuent à créer des victimes d’une gigantesque arnaque mondiale.
Combien de gens ont investi dans la plateforme après avoir été convaincu
de sa légitimité par la couverture médiatique positive, sur La Libre et
ailleurs ? S’ils n’ont sans doute pas de responsabilité légale dans
l’histoire, je pense franchement qu’ils partagent une responsabilité
morale. Lorsqu’il s’agit d’une plateforme de cryptomonnaie, la question
n’est pas de savoir si elle va se crasher ou pas. La question est de
savoir si les fondateurs partiront avec la caisse avant la chute, ou
s’ils perdront leur mise avec celle de leurs clients.</p>
</div>
</description>
    <author>Adrien Foucart &lt;adrien@adfoucart.be></author> 
    <pubDate>2023-07-04</pubDate>
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