Pluton enfin dévoilée

Pluton a beau avoir été éjectée du club sélect des huit “vraies” planètes du système solaire, on pourrait penser qu’un objet aussi important, aussi proche de la Terre à l’échelle cosmique, serait déjà bien connu. Pourtant, ce n’est que maintenant, avec le passage de la sonde New Horizons, que l’on découvre les premières photos détaillées de sa surface.

La découverte “officielle” de Pluton date de 1930. Les astronomes se doutaient depuis quelques temps déjà de sa présence : des anomalies dans les orbites d’Uranus et de Neptune montrait que “quelque chose” se trouvait dans cette région de l’espace. Cet objet mystérieux, appelé “Planète X”, était avidement recherché par de nombreux observatoires, qui tentaient de prédire sa localisation pour pouvoir capturer une preuve photographique. En 1930, cette preuve arrive :

pluto_discoveryPluton, en 1930.

La méthode utilisée était assez simple sur le principe : prendre une photo du même bout de ciel où l’on s’attend à la voir passer à quelques jours d’intervalle, et regarder si il y a quelque chose qui a bougé entre les deux observations. Les étoiles, “infiniment” lointaines, restent au même endroit. Les planètes, plus proches, bougent. À l’heure actuelle, ce genre d’observation peut être effectué automatiquement très facilement. À l’époque, ça impliquait de donner à un nouveau pleins de photos “avant-après” et de lui demander de jouer aux sept différences.

Pendant les années qui ont suivi, des calculs divers permettent de se faire une meilleure idée de sa taille, sa masse et sa composition, mais il faut attendre les années 80 pour avoir la première idée de ce à quoi ressemble la surface :

pluto_charon_surfacePluton et Charon. D’après Buie, Tholen & Horne, Albedo Maps of Pluto and Charon: Initial Mutual Event Results, Icarus 97, 1992 [PDF].

Ce n’est toujours pas une photo. Cette image est calculée à partir d’une série d’observations : lorsque Charon, la lune de Pluton, passe devant la surface de celle-ci, elle y porte son ombre. Depuis la Terre, on observe alors une baisse de la luminosité de Pluton (puisque sa surface est en partie masquée). Lorsque Charon masque une zone plus brillante de Pluton, la diminution de luminosité est plus forte ; lorsqu’elle masque une zone plus sombre, la diminution est moindre. En combinant les observations de luminosité sur de multiples passages, on peut ainsi constituer une carte grossière des zones sombres et lumineuses de Pluton.

Jusqu’à aujourd’hui, c’est globalement tout ce qu’on avait. Des observations du télescope Hubble au début du XXIème siècle ont permis d’améliorer nettement le niveau de détail… mais toujours sans photo directe de la surface.

En 2006, la NASA a lancé la sonde New Horizons pour remédier au problème. Ce 14 juillet 2015, après neuf ans de voyage, la sonde est passée en coup de vent à proximité de Pluton et de ses lunes. Le temps de prendre quelques photos avant de continuer son chemin dans le vide de l’espace. Pas question en effet de revenir : New Horizons se déplace à prêt de 14 km/s, et laissera bien vite Pluton et l’ensemble du système solaire derrière elle, avant de s’éteindre entièrement d’ici 2030.

pluto_new_horizonsSurface de Pluton vue par New Horizons, 14 juillet 2015

New Horizons est incapable de communiquer avec la Terre en même temps qu’elle prend des photos : pendant de nombreuses heures, pendant qu’elle récupérait les précieuses données pour lesquelles elle a quitté notre planète il y a dix ans, elle est restée silencieuse. Elle a ensuite pu tourner à nouveau son antenne vers nous et a envoyé son statut. La NASA estimait à 2/10.000 ses chances d’être détruite durant son passage : à la vitesse où elle se déplace, un contact avec un caillou ou un débris de glace est fatal. Le signal qui est revenu disait en substance : “tout va bien”. La position, la vitesse, le niveau d’énergie, le nombre d’images prises, la position des capteurs, tout semble correspondre aux prédictions. Dans les jours et les mois qui viennent, les images et mesures détaillées devraient être transmises (la connexion n’est pas hyper rapide à cette distance…), et les astronomes pourront enfin travailler sur des images de bonne qualité.

Pluton rejoint donc la courte liste des astres explorés. Seules la Terre et la Lune ont été touchées par l’homme ; des sondes se sont posées sur Mars, Vénus, Titan et une comète ; d’autres sont passées à proximité de Mercure, Jupiter et ses lunes, Saturne, Uranus, Neptune, quelques astéroïdes, et maintenant Pluton. À l’échelle cosmique, nous n’avons donc en réalité rien vu, rien découvert. Nous avons exploré un grain de sable sur la plage. On ne sait pas encore si le reste de la plage contient un trésor enfoui, ou si elle est couverte de crottes de chiens. L’ère spatiale ne fait que commencer…

Les RéactioNerds, la majorité opprimée

Les jeux vidéos, la science-fiction, la fantasy : le stéréotype veut que ces domaines clés de la geekitude soient un domaine masculin. Depuis quelques temps, cependant, des représentantes de la gent féminine ont l’audace de frapper à la porte de ce club privé, et de rappeler aux professionnels du milieu que elles aussi ont des sous et voudraient bien acheter des jeux vidéos et des livres, mais que pour ça il faudrait peut-être diminuer les poses hyper-sexualisées sur les couvertures, et proposer d’autres jeux que “Super Soldier vs Bad Guys 5 : In Space”.

Certaines personnes prennent ça mal. Ces geeks réactionnaires (ou : RéactioNerds) refusent de voir changer ce milieu, parce que sans sexisme, les jeux vidéos perdent évidemment tout leur sel. Et pour faire valoir son avis, cette majorité opprimée par la terreur féministe sont prêts à se battre jusqu’au bout. Deux champs de bataille en particulier font couler beaucoup d’encre virtuelle : GamerGate et PuppyGate…

GamerGate : l’éthique du sexisme dans les jeux vidéos

quinn-sarkeesian-wuQuinn, Sarkeesian et Wu : les cibles principales de GamerGate (via Upstart)

Les jeux vidéos ont un léger problème de sexisme. Ce n’est pas nouveau. 90% des développeurs de jeux vidéos sont des hommes, avec peu de diversité socio-culturelle, ce qui conduit, forcément, à une certaine homogénéité dans les thèmes et les clichés utilisés. Mario sauve la princesse. Link sauve la princesse. La princesse n’est visiblement jamais foutue de se sauver elle-même. En 2012, Anita Sarkeesian, fondatrice du site Feminist Frequency, décide de lancer une série vidéo pour parler du problème : Tropes vs Women in Video Games. Elle lance une campagne de récolte de fonds sur Kickstarter. Les RéactioNerds passent à l’attaque. Menaces de mort, harcèlement permanent sur les réseaux sociaux, page Wikipédia vandalisée à coup de montages Photoshop pornographiques et/ou antisémites… Ces réactions n’ont rien de nouveau, et ont poussés d’autres féministes avant elle à disparaître entièrement d’internet, à choisir de la fermer pour faire cesser les menaces. Mais avec Anita Sarkeesian, une chose improbable se produit : sa campagne Kickstarter profite de la publicité générée par la campagne de harcèlement, et explose complètement les objectifs prévus. Elle demandait 6.000 dollars, elle en a récolté plus de 150.000.

On ne parlait pas encore à ce moment là de “GamerGate”, même si le mouvement était globalement le même. Pour ça, il faut attendre Zoé Quinn. Développeuse indépendante, elle a réalisé Depression Quest, un jeu gratuit qui essaie de mettre le joueur dans la peau d’une personne dépressive. Le jeu a reçu de nombreuses critiques positives et, sans avoir vraiment un succès de masse (logique vu le thème), a néanmoins acquis une petite notoriété comme, justement, quelque chose de différent, une tentative de repousser les limites du genre. Mais voilà, Zoé Quinn avait un gros problème : son ex. Eron Gjoni n’était visiblement pas très heureux de sa rupture avec Quinn. Il a décidé de se venger en publiant l’an dernier un long, très long compte-rendu de toutes les infidélités que celle-ci lui aurait faite. Ce quasi-roman a été largement ignoré par tout le monde… sauf par les RéactioNerds, évidemment. Sur les forums de 4chan, une vaste campagne a commencé à s’organiser. Des photos de Quinn nue ont été trouvées et diffusées largement, la machine à harcèlement était en route.

C’est là que certains esprits entreprenant ont eu une idée. Quinn avait, selon son ex, couché avec un journaliste travaillant pour Kotaku, magazine de jeu vidéo en ligne qui avait publié une critique positive de Depression Quest. La narration s’est transformée, passant de “harcelons cette petite pute qui couche avec tout le monde !” a “c’est une atteinte à l’éthique journalistique !” Sous ce déguisement lui donnant un semblant de légitimité, GamerGate était né.

Ça fait un an que ça dure. Le mouvement a un peu évolué : chassé de 4chan par le fondateur, qui en avait marre de voir son site utilisé pour ce genre de campagnes, il s’est réfugié sur 8chan (dont la règle de modération est : tant que la pédo-pornographie est quand même un peu planquée, faites ce que vous voulez) pour la partie harcèlement, et sur Reddit pour la couverture légitime. En façade, le but est maintenant de s’attaquer aux problèmes d’éthique et de collusion entre journalistes et développeurs. En pratique, le mouvement cherche à empêcher toute diversification des jeux vidéos, et s’attaque quasiment exclusivement aux développeurs (et surtout aux développeuses) et critiques indépendants. Un an après, leurs cibles principales restent Zoé Quinn et Anita Sarkeesian, ainsi que Brianna Wu, une autre développeuse qui s’est très tôt opposée vocalement à GamerGate.

PuppyGate : on a déjà assez de diversité comme ça

Rabid-PuppiesRabid Puppies V (via File770)

Chaque année, des fans de science-fiction et de fantasy se rassemblent pour la World Science Fiction Convention (WorldCon), dont l’événement phare est la remise des Hugo Awards. Ce qui différencie les Hugo des autres prix prestigieux du genre, c’est qu’il est entièrement déterminé par le public. Le système est assez simple : dans une première phase, toutes les personnes qui ont acheté un ticket pour WorldCon (soit pour aller sur place, soit un ticket “de soutien” qui donne juste accès au vote) peuvent nominer des oeuvres ou des personnes dans toute une série de catégories allant de meilleur roman ou meilleure nouvelle à meilleur magazine professionnel ou meilleur éditeur. Les cinq candidats recevant le plus de nominations dans chaque catégorie sont inscrits sur les bulletins de vote. La seconde phase est le vote parmi les nominés sélectionnés, lors de la conférence elle-même.

Mais voilà : certains auteurs et éditeurs ont depuis quelques années l’impression que WorldCon et les Hugo Awards – et la communauté SF&Fantasy en générale – ont une fâcheuse tendance à se diversifier, à nominer des histoires qui sortent du moule traditionnel “marine de l’espace” ou “aventurier super-balèze”. Certaines histoires seraient même écrites par des femmes! On ne peut quand même pas laisser faire ça! C’est ainsi que les mouvement “Sad Puppies” lancé par les auteurs Brad Torgersen et Larry Correia, et le mouvement “Rabid Puppies” par l’éditeur / auteur Theodore Beale, se sont créés. Leur but : proposer à tous les RéactioNerds de s’accorder sur une série de candidats à nominer dans toutes les catégories, pour avoir des bulletins de vote remplis par leurs choix (et par leurs propres oeuvres, tant qu’ils y sont). Il y a généralement moins de gens qui participent aux nominations qu’au vote final : il faut donc relativement peu de votes pour faire une grosse différence. La mobilisation des Puppies a été au rendez-vous, et lorsque le résultat des nominations a été publié par WorldCon, les bulletins de votes se sont retrouvés entièrement remplis par les choix des Puppies.

La controverse qui a suivit ne s’est pas encore éteinte, et durera probablement jusqu’en août, lorsque le vote aura lieu. Il y a ceux qui appellent à voter “Personne” pour chaque catégorie ; ceux qui rappellent que les auteurs n’ont pas demandés à se retrouver dans ces listes, et qu’ils devraient être jugés sur leur mérite indépendamment de la politique de la situation ; et ceux qui se congratulent d’avoir réussit à complètement bousiller la légitimité d’un prix qui jusqu’à présent était l’un des plus respectés de l’univers SF. Robert Heinlein, Philip K. Dick, Arthur C. Clarke, Isaac Asimov, Ursula Le Guin, Orson Scott Card, Dan Simmons, Loïs McMaster Bujold, Neal Stephenson, J.K. Rowling, Neil Gaiman… La liste des vainqueurs du prix du meilleur roman parle d’elle-même quand au prestige associé.

La situation actuelle est tellement absurde que Georges R. R. Martin, plutôt que de travailler sur The Winds of Winter, a écrit sur son blog sur le sujet de quoi remplir plusieurs épisodes de Game of Thrones (avec nettement moins de sexe, et un peu moins de violence).

Les RéactioNerds : gagnent-ils du terrain ?

Les campagnes répétées de harcèlement et les menaces de mort font de l’effet. Pour certaines cibles, la pression est trop grande, et il n’est pas rare que les RéactioNerds arrivent à leur objectif : qu’elles se taisent.

Ils se posent en défenseur de la liberté d’expression. La leur, celle de pouvoir cracher tout leur vitriol à la figure de ceux (et surtout celles) qui osent dire que, peut-être, il y a encore des améliorations à faire dans notre société pour atteindre l’égalité des sexes.

La tendance générale, cependant, n’est pas en leur faveur. Même les sites qui ont longtemps servis de plateforme aux campagnes anti-féministes tentent de se distancer du mouvement. 4chan a chassé GamerGate de ses serveurs, poussant ses utilisateurs à migrer vers son clone plus 8chan, plus permissif. Zoé Quinn a été invitée à témoigner devant le Congrès américain sur la problématique du cyber-harcèlement. Les vidéos de Anita Sarkeesian comptent des centaines de millier de vues, et dépassent régulièrement le million pour celles consacrées à sa série “Tropes vs Women in Videogames”. Twitter, où se déroule une bonne partie du harcèlement, s’attaque sérieusement au problème.

Il y a encore du progrès à faire. Jouer aux jeux vidéos en ligne en tant que femme reste une épreuve. Les problèmes de harcèlement sexuel dans les conventions “geeks” sont récurrents. Mais les gens en parlent, et la haine et la violence qui ressort de GamerGate ou de PuppyGate aura au moins remplis ce rôle à : montrer au grand jour la toxicité du milieu. Et peut-être, ainsi, contribuer à accélérer sa transformation.

Des livres à lire, suite…

Comme la dernière fois, mon “top des livres que j’ai lu récemment”.

emmanuel-carrere
Emmanuel Carrère

  1. Emmanuel Carrère
    Emmanuel Carrère est ma découverte de l’année, et je pourrais remplir ma liste avec tous les récits et romans que j’ai lu de lui, mais je vais tous les rassembler en un. Récits mêlant auto-biographie et journalisme d’investigation, il donne vie à des personnages tordus, paumés, malsains. Il fait pire : il essaie de rentrer dans leur tête, de nous mettre à leur place.

    • Le Royaume nous lance sur la piste de Saint Luc et de Saint Paul, et cherche à deviner les motivations et les pensées des pionniers du christianisme.
    • L’Adversaire retrace la vie et les mensonges de Jean-Claude Romand, qui pendant 20 ans a fait croire à sa femme, ses enfants, sa famille et ses amis qu’il était un médecin travaillant à l’OMS, alors qu’il avait raté ses études et ne travaillait pas. Lorsque son mensonge a commencé à s’effriter, il a tué sa femme et ses enfants, et a tenté de se suicider.
    • Limonov nous entraîne sur les pas de Edouard Limonov, qui fut poète dissident sous le régime soviétique, clochard à New York, écrivain à Paris, combattant dans les Balkans, et finalement fondateur à Moscou du Parti National-Bolchévique, interdit par Poutine.
    • Un roman russe est un récit auto-biographique sur un reportage qu’il est allé faire dans un bled paumé en Sibérie, mêlé à ses problèmes de couple et à sa relation avec sa mère.
    • La Moustache, contrairement aux livres précédents, n’est pas un récit à la première personne, mais un roman plus traditionnel, sur un homme qui se rase la moustache qu’il avait toujours porté jusque là. Mais personne ne semble le remarquer. Est-il fou ? Sont-ils fou ? Est-ce une blague élaborée ? L’histoire est une descente superbement exécutée dans la folie et le mensonge.
  2. 1491 : New Revelations of the Americas (Charles C. Mann)
    À quoi ressemblait vraiment le continent américain avant l’arrivée des européens ? Pendant des années, les historiens ont minimisé l’importance des civilisations pré-colombiennes. Charles Mann fait le point sur les recherches archéologiques plus récentes, qui montrent que les peuples américains étaient plus diversifiés, plus complexes et plus nombreux qu’on ne les représente généralement. Les premiers explorateurs faisaient état de successions de villages le long des fleuves, de grandes zones de populations. Lorsque les premiers colons sont arrivés, ils ont trouvé un monde de nomade, un monde dépeuplé par l’épidémie de variole.
  3. Old Man’s War (John Scalzi)
    Un excellent récit de science-fiction, par un excellent auteur. En quelques mots : il y a la Terre et les Colonies. La Terre est en quarantaine, les Colonies sont toutes contrôlées par une toute-puissante autorité coloniale. Les terriens ont la possibilité, lorsqu’ils atteignent l’âge de 60 ans, de rejoindre l’armée coloniale pour un service de dix ans, après quoi ils peuvent s’installer sur une des colonies. Beaucoup de terriens le font, parce qu’ils imaginent que l’armée coloniale dispose d’une technologie leur permettant de retrouver leur jeunesse. Sinon, pourquoi prendraient-ils des vieux pour leur armée ?
  4. Candide ou l’Optimisme (Voltaire)
    Parfois, on peut s’attaquer aux très vieux classiques, et on est agréablement surpris. Candide est une réflexion ironique sur la nature humaine, et le texte donne toujours l’impression d’être d’actualité. Oui, c’est un peu dur de découvrir Candide à 27 ans en 2015, mais je ne devais pas faire attention en cours de Français quand on l’a vu…
  5. Banished: Surviving My Years in the Westboro Baptist Church (Lauren Drain)
    La Westboro Baptist Church, c’est l’église aux Etats-Unis qui s’est fait connaître par ses manifestations anti-gays controversée, et son slogan “God Hates Fags”. Ils font régulièrement des manifestations aux abords des funérailles de soldats américains, pour exprimer leur opinion que Dieu fait mourir les soldats américains pour punir l’Amérique de sa tolérance vis-à-vis des homosexuels. Toute l’église est organisée autour de la famille Phelps, et toute dissidence est traitée par un ostracisme absolu. Lauren Drain et sa famille ont rejoint le groupe lorsqu’elle était adolescente. Elle a finit par en sortir, et raconte son expérience.

Des Belges parmi les victimes ?

Quel est le point commun entre tous ces articles ?

drapeau-belgeBien sûr, il est naturel d’être plus touché par les problèmes des gens dont nous sommes proches. Nous serons toujours plus affecté par la mort d’une personne de la famille que par 100.000 morts à l’autre bout du monde. Mais lorsque les journaux rapportent ainsi des drames, sont-ils vraiment obligés de nous fournir le décompte par pays, dans l’ordre où l’on est supposé y faire attention ? D’abord les morts belges, puis les français, hollandais et luxembourgeois, puis ceux des autres pays européens. Les autres ne seront jamais qu’une statistique. Ils n’ont pas la même culture, pas la même couleur de peau, pas la même religion, ils habitent loin, ils sont pauvres, et ils ne risquent pas d’acheter pas Le Soir.Chaque fois qu’il y a une catastrophe quelque part, peu importe l’étendue des dégâts, le nombre de vies perdues, le nombre de gens plongés dans la misère, une seule chose apparemment nous intéresse : oui mais, est-ce que des Belges ont souffert aussi ? Sinon… on est supposé être soulagé ? Quand on lit “a priori pas de Belges parmi les victimes”, on doit se dire : “Ouf ! C’est déjà ça !” ?

Bilderberg 2015 : la conférence super-secrète qui fait peur

Laurent Louis a un scoop : la liste des participants à la Conférence du Groupe Bilderberg 2015, qui “décideront en toute opacité de notre avenir“. Sa source: MetaTV, un site conspirationniste qui publie des articles parfaitement crédibles, comme “Documents déclassifiés du FBI : Hitler n’est pas mort, il a fui vers l’Argentine”. Alors, comment se sont-ils procurés, eux, ce nouveau document certainement ultra secret ? Un groupe de gens qui – toujours selon Laurent Louis – “créeront des guerres, établiront les résultats d’élections futures, détermineront à quelle sauce les travailleurs serons mangés, prépareront les nouvelles supercheries médiatico-politiques et dévoileront entre eux, en comité restreint, l’identité des prochaines victimes de la mondialisation et du nouvel ordre mondial” devrait certainement faire plus attention à ne pas laisser traîner ses papiers partout !

MetaTV liste comme source Fawkes News, qui semble publier exactement les mêmes articles, donc je suppose que les deux sites sont liés. Fawkes News ne donne pas de source, alors d’où vient cette information ? Car ils n’ont pas que la liste des participants, mais ils ont aussi la liste des sujets qui y seront discutés : “L’Intelligence Artificielle, La Cyber-Sécurité, La menaces des armes chimiques, Les enjeux économiques actuels, La Stratégie européenne, La mondialisation, La Grèce, L’Iran, Le Moyen-Orient, L’OTAN, La Russie, Le terrorisme, Le Royaume-Uni, Les USA, Les Elections américaines”.

L’information, en réalité, vient d’un communiqué de presse… de la Conférence Bilderberg. Qui contient la liste des participants, les sujets, le lieu… bref, toutes les informations reprises par les sites conspirationnistes. Tout de suite, ça fait moins secret, évidemment.

Est-ce que c’est une bonne chose pour la démocratie, que toutes ces personnes puissantes (on y retrouve entre autres Barroso, Alain Juppé, le président de Google Eric Schmidt… et Charles Michel ! Alexis Tsipras n’a malheureusement pas été invité…) se retrouvent hors de vue des caméras, pour des discussion sérieuses dont ne sortent aucun compte-rendu, aucune décision officielle, aucun vote ? C’est discutable. Le fait que des patrons de l’industrie et des politiciens ayent l’occasion de dialoguer sans pression des médias peut certainement avoir un impact positif. Le manque de transparence, tant sur le résultat des discussions que sur le processus de sélection des invités, rend la démarche nettement moins intéressante. Mais le fossé entre “réunion informelle de gens influents” et “réunion super-secrète des leaders du Nouvel Ordre Mondial” me semble un petit peu trop large que pour pouvoir le franchir sans preuves nettement plus convainquantes que des schémas à la lisibilité douteuse

Vote électronique : vote démocratique ?

Le 25 mai 2014, les belges se rendaient aux urnes pour un triple scrutin législatif, régional et européen. Dans 17 des 19 communes bruxelloises, le système de vote utilisé est électronique, et fonctionne depuis 1994 sans accrocs. Cette fois-ci, cependant, il y a un bug. Les résultats se font attendre, les explications aussi. Quelques jours plus tard, les informations commencent à sortir : environ 2000 votes ont du être annulés car le logiciel comptabilisait mal les voix lorsque l’utilisateur était revenu en arrière pour changer son choix.

Le nouveau journal coopératif “Médor” en a fait le sujet son premier dossier d’investigation. Je n’aime pas trop ce dossier, qui en cherchant à présenter les faits d’une manière plus ludiques, sous forme d’enquête, perd je trouve beaucoup en clarté. Le fait qu’une grande partie de leurs informations techniques viennent d’un “hacker” non-identifié n’aide pas non plus à apporter la crédibilité requise. Mais avec leurs informations, celles publiées par l’association PourEVA (Pour une Éthique de Vote Automatisé), et aussi le code source du système de vote ainsi que l’explication du bug publié par le Ministère de l’Intérieur, on peut se faire une bonne idée de ce qui s’est passé.

  1. Partie technique : le Code et le Bug
  2. Un vote démocratique et sécurisé, c’est quoi ?
  3. Vote électronique, stop ou encore ?

1. Partie technique : le Code et le Bug

L’application de vote automatisé JITES a été développée par la société Stésud, rachetée depuis par le groupe NRB via sa filière Civadis. Ils ne sont pas les seuls en cause : le code est contrôlé de manière indépendante avant chaque élection par PricewaterhouseCooper, qui valide que tout est fonctionnel.

En jetant un coup d’oeil sur le code, on comprend très vite pourquoi l’erreur n’a pas pu être détectée : c’est le bordel complet. Fonctions mal ou pas documentées, conventions inexistantes, et surtout manque total de contrôle de la cohérence des données : avant d’enregistrer le vote sur la carte, rien ne vérifie si il y a un problème potentiel, si il n’y a bien qu’une seule liste sélectionnée, si il n’y a pas de candidats de listes différentes sélectionnés… Bref, que tout est en ordre.

Autre manquement majeur : le code tel qu’il est présenté ne permet pas de facilement créer la batterie de tests automatisés qui seule pourrait garantir qu’un changement effectué dans le code ne change rien au comportement du programme. Ce manque de rigueur peut fonctionner pour des programmes où ce n’est pas grave si une partie des utilisateurs tombent sur des bugs, corrigés au fur et à mesure qu’ils sont trouvés. Pour un système de vote, c’est tout simplement impardonnable. Et c’est ce manque de rigueur qui, visiblement, à permis au fameux bug d’apparaître.

Le bug, donc. Il se situe dans la partie du programme permettant de désélectionner un candidat. Lors des élections précédentes, cela ne pouvait se faire que en appuyant sur le bouton “Annuler”. Nouveauté de 2014 : on peut le faire en ré-appuyant sur la case à côté du nom du candidat. Le ministère de l’intérieur nous explique les circonstances dans lesquelles le problème se produit :

  • un électeur sélectionne une liste ;
  • il sélectionne un ou plusieurs candidat(s) ;
  • ensuite il désélectionne ce ou ces candidat(s) ;
  • il revient au menu des listes ;
  • il choisit une autre liste de parti;
  • il poursuit le processus de vote normal.

jites_candL’écran incriminé (image prise dans le manuel d’utilisation fourni avec les sources)

Le code gérant cet écran se trouve dans un fichier appelé mod_cand.c. On y retrouve une fonction qui, chaque fois qu’on appuie avec le stylo optique sur l’écran, va vérifier l’action à effectuer. Je mets le code ci-dessous pour ceux que ça intéresse.


static int Cand_Check_Selection(int _iX, int _iY)
{
  int i, x1, x2, y1, y2;
  

  if(_iY > 452) /* At the bottom (Validate/Cancel or
                   go back tho the lists) */
  {
    if(giNbCandidSel != 0) /* Almost one candidate selected */
    {
#ifdef EL2014
      if((_iX > 10) && (_iX < 310)) /* Cancel */ { giNbCandidSel = 0; swpas = 0; swnoir = 0; swconf = 0; Cancel_Selection(giCurrentScr,giCurrentList,1); return(0); } if((_iX > 330) && (_iX < 630)) /* Validation */ { if((gshScrutin[giCurrentScr].nom_s == '4') && (Choix_RLg == 'F')) swVLR = 0; ++giCurrentScr; ptfunct = Scrut_Loop; return(1); } #else if((_iX > 10) && (_iX < 310)) /* Validation */ { ++giCurrentScr; ptfunct = Scrut_Loop; return(1); } if((_iX > 330) && (_iX < 630)) /* Cancel */ { giNbCandidSel = 0; swpas = 0; swnoir = 0; swconf = 0; Cancel_Selection(giCurrentScr,giCurrentList,1); return(0); } #endif return(0); } else /* No candidate selected -> go back to the list selection */
    {
      if((_iX > 110) && (_iX < 530))
      {
#ifdef EL2014
        ptfunct = les_listes;
#else        
        ptfunct = List_Display;
#endif      
        return(1);
      }
      else /* Not managed */
        return(0);
    }
  }
  else /* Candidate's areas */
  {
    for(i=0;i<=giCurrentCandid;i++) /* Who has been selected ? (LightPen) */ { x1 = gaiPosc[i][0]; x2 = gaiPosc[i][1]; y1 = gaiPosc[i][2]; y2 = gaiPosc[i][3]; if(i) /* A specific candidate (not the "head of the list") */ { x1 += giXCapture; x2 -= giYCapture; y1 += giYCapture; y2 -= giYCapture; } if((_iX>=x1) && (_iX<x2)) { if((_iY>=y1) && (_iY<=y2)) /* This area */ { if(arcMemoCandid[giCurrentScr][giCurrentList][i] == 0) /* Unselected -> Selected */
          {
            ++giNbCandidSel; /* cfr iSWDeselectC */
            Cand_Select(giCurrentScr,giCurrentList,i);
            Cand_Update(i);
            Cand_Circle(i);
            Cand_Switch(i);
            return(0);
          }
#ifdef EL2014         
          else /* Selected -> Unselected */
          {
            --giNbCandidSel; /* cfr iSWDeselectC */
            if (giNbCandidSel == 0) {
                swpas = swnoir = swconf = 0;
            }
            Cand_Unselect(giCurrentScr,giCurrentList,i);
            Cand_Update(i);
            Cand_Circle(i);
            Cand_Switch(i);
            return(0);
          }
#endif        
        }
      }
    }
    return(0);
  }
}

En français, ça donne :

  • Si on appuie en bas de l’écran et que l’on a déjà sélectionné au moins un candidat : soit on est sur le bouton “Annuler” et on exécute la fonction “Cancel_Selection”, soit on est sur le bouton “Valider” et on passe au scrutin suivant.
  • Si on appuie en bas de l’écran et qu’aucun candidat n’est sélectionné, on revient à l’écran de choix de la liste pour laquelle on veut voter.
  • Si on appuie sur un des candidats et qu’il n’est pas encore sélectionné : on exécute la fonction “Cand_Select” et on ajoute “1” au compteur de nombre de candidats sélectionnés.
  • Si on appuie sur un des candidats et qu’il est déjà sélectionné : on exécute la fonction “Cand_Unselect” et on retire “1” au même compteur.

C’est donc cette fonction Cand_Unselect qui a été rajoutée pour l’élection de 2014. Ce n’est pas une fonction très compliquée, elle ne fait que quelques lignes :


void Cand_Unselect(int _x, int _y, int _z)
{
  arcMemoCandid[_x][_y][_z] = 0;
  //280613 arcMemoList[_x][_y] = 0;
  //280613 arcMemoScrutin[_x] = 0;
}

La fonction reçoit donc trois chiffres, qui correspondent au scrutin, à la liste, et au candidat à désélectionner. Dans le tableau arcMemoCandid, qui contient pour chaque candidat de chaque liste de chaque scrutin un 0 si le candidat est sélectionné, un 1 sinon, on met la case choisie à 0. C’est simple et direct. Les deux lignes suivantes sont commentées, et ne sont donc pas exécutées : elles désélectionnaient également la liste et le scrutin.

Et c’est là que se situe le problème. Si l’utilisateur désélectionne tous les candidats de la liste, le compteur sera bien mis à zéro. Lorsque l’utilisateur appuie ensuite sur le bas de l’écran pour quitter la liste des candidats, il sera ramené à l’écran des listes sans appeler la fonction Cancel_Selection, et la liste ne sera jamais marquée comme non sélectionnée. Lorsque l’utilisateur sélectionne une autre liste et valide son vote, il y a donc deux listes indiquées comme sélectionnées dans la mémoire. Le bulletin de vote est donc nul.

2. Un vote démocratique et sécurisé, c’est quoi ?

Pour qu’une élection soit réellement démocratique, il faut que chaque citoyen puisse être assuré que son vote est comptabilisé, et que son vote est secret. Pour que ces conditions soient respectées, il importe que, à chaque étape du scrutin, des observateurs puissent contrôler l’absence de fraude. Il y a différents points clés où des erreurs (ou des fraudes) peuvent mettre en doute le résultat des élections :

  • Dans l’isoloir : si le bulletin de vote n’est pas clair ou favorise un ou plusieurs candidats (c’est le cas par exemple aux USA, où les candidats des partis autre que Démocrates et Républicains n’apparaissent pas sur le bulletin de vote, dans beaucoup d’Etats : leur nom doit être rajouté à la main par l’électeur si il veut leur donner une voix).
  • Dans l’urne : si quelqu’un rajoute ou retire des bulletins de l’urne (ou si les données sont modifiées, dans le cas électronique)
  • Lors du comptage au bureau de vote : en ne comptant pas des voix valides, ou en les comptabilisant pour le mauvais partis.
  • Lors du décompte final : en additionnant mal les votes des différents bureaux, pour arriver à un mauvais résultat.

Plus les problèmes apparaissent tard dans le processus, plus il est facile d’y remédier. Si le décompte final est mauvais, on peut refaire les additions. Si le décompte du bureau de vote est mauvais, on peut recompter. Les choses deviennent plus difficiles si ce qui se trouve dans l’urne n’est pas valide. Dans le meilleur des cas, on peut alors identifier les bulletins problématiques et les annuler (c’est ce qui s’est produit avec le bug de 2014). Dans le pire des cas, il faut revoter.

3. Vote électronique, stop ou encore ?

En se basant sur les critères ainsi définis, le vote électronique tel qu’il se passe dans 17 des communes bruxelloises n’est pas démocratique. Il a en effet une lacune énorme et impardonnable : il n’y a aucun moyen pour l’électeur de vérifier que le contenu de la carte magnétique correspond bien à son vote. Il ne peut pas savoir si la machine n’a pas été trafiquée, ou si les données n’ont pas été corrompues entre le moment où il a pu voir son vote sur la machine et le moment où la carte a été éjectée. Les observateurs non plus n’ont aucun moyen de vérifier, pendant le dépouillement, que les bulletins sont correctement comptabilisés. Même si le code était bon (ce qui n’est pas le cas), même si en pratique tout se déroulait parfaitement comme prévu, ce système resterait par nature non-démocratique.

Faut-il alors jeter le vote électronique à la poubelle ? Non ! La solution est simple, et elle est déjà appliquée dans les communes qui ont choisi de mettre en place un système plus moderne. Il s’agit de ne pas stocker le vote sur une carte magnétique, mais sur un papier, sur lequel sera indiqué le vote en toutes lettres de manière lisible, accompagné d’un code barre permettant à un ordinateur de le comptabiliser automatiquement. L’électeur peut vérifier, au moment de son vote, qu’il glisse bien dans l’urne un papier portant le(s) nom(s) qu’il a choisi. Les observateurs peuvent vérifier facilement que le système qui scanne les votes donne bien la même information que celle inscrite en toutes lettres sur le papier. Et en cas de doute ou de problème, on peut toujours tout recompter à la main.

On peut ainsi combiner les avantages du vote électronique (rapidité de comptage, clarté du bulletin de vote…), et la sécurité du vote papier. Il serait dommage que, après le bug de 2014, Bruxelles décide de revenir entièrement en arrière, et retourne au vote papier. Mais si le choix est le vote papier ou le système actuel, c’est le vote papier qui doit primer : le système actuel n’est pas sécurisé, il n’est pas démocratique. Le meilleur choix serait évidemment de passer à un système de vote électronique moderne. Je ne l’ai jamais essayé, mais le système utilisé à Woluwe-Saint-Lambert et Watermael semble un bon candidat…

Flat Earth Society : comment prouver que la Terre est plate ?

Nous sommes durant l’été de l’an 1838. À une centaine de kilomètres de Londres, où la reine Victoria vient d’être couronnée, Samuel Rowbotham prend son télescope et patauge dans le canal de Bedford pour réaliser une expérience scientifique révolutionnaire : il veut prouver que la terre est plate, et non sphérique comme l’affirment depuis plus de deux mille ans les hérétiques en tous genres. Pourquoi ce canal ? Parce qu’il coule en ligne droite sur une distance d’environ dix kilomètres. Si la terre est sphérique, un bateau qui s’éloigne dessus devrait progressivement disparaître, caché par la courbure terrestre.

Rowbotham–curvatureLe dispositif expérimental de Rowbotham (Wikipédia).

Rowbotham affirme alors que, contrairement aux prédictions, il peut toujours voir le bateau dans son télescope, même dix kilomètres plus loin. La terre est plate ! Il l’affirme et le publie dans un article puis finalement un livre, Earth Not A Globe. D’autres personnes tentent de reproduire cette surprenante découverte, par différentes méthodes similaires. La plupart n’arrivent pas à reproduire ses résultats. D’autres prétendent eux aussi avoir observé une terre plate. Certains rabats-joies (aussi appelés “scientifiques”) expliquent les résultats divergents par un effet d’optique : la réfraction. Dans certaines conditions climatiques, la réfaraction de la lumière permet de voir l’objet malgré la courbure terrestre (le “rayon lumineux” suit cette courbure et donne à nos yeux l’impression que l’objet est à la même hauteur que notre oeil).

Il n’y avait rien d’anormal là-dedans, la terre est bien plus-ou-moins-sphérique, on ne doit pas réécrire toute la science. Affaire classée ?

Au milieu du vingtième siècle, alors que la course à l’espace bat son plein et que l’on prend les premières photos de la Terre depuis l’espace, Samuel Shenton crée la Flat Earth Society. Cette association qui se réapproprie les thèses de Rowbotham a un certain succès durant la Guerre Froide (profitant sans doute d’une certaine méfiance vis-à-vis des propagandes américaines et russes), avant de progressivement disparaître. Mais en 2004, la magie d’Internet s’opère. Un forum se crée, des gens se rassemblent, et en 2009 la Flat Earth Society est officiellement rétablie avec un site internet présentant ses théories.

Il y a donc en ce moment même dans le monde des gens qui sont en train d’utiliser Internet tout en étant convaincu (et en cherchant à convaincre les autres) que la terre est plate.

flat-earth-map-fergusonCarte de la terre plate selon Orlando Ferguson, 1893. (Wikipedia)

Quelle est la “théorie de la terre plate” à l’heure du GSM, du GPS, de la Station Spatiale Internationale, de Virgin Galactic ? En résumé : la NASA nous ment, toutes les agences spatiales nous mentent, tous les fabricants de satellites et de GPS, tous les astronomes, tous les astronautes, cosmonautes et spationautes nous mentent. La terre est plate, entourée par un gigantesque mur de glace infranchissable (l’Antarctique), le soleil est une sorte de projecteur qui éclaire une partie du disque terrestre à la fois, la “gravité” est due à une accélération constante de ce disque à travers l’espace.

Plus que probablement, la majorité des gens “actifs” dans la Flat Earth Society sont des “Trolls”. Le principal point d’activité est un forum internet, et il est impossible de savoir si les participants de ce forum sont sérieux ou satirisent les positions ridiculement conspirationnistes et pseudoscientifiques des quelques convaincus. Mais des convaincus, il y en a bien. Et sur Internet, quelque soit la croyance farfelue que l’on peut avoir, on trouvera toujours un refuge dans lequel d’autres pourront nous rassurer sur le fait qu’on a raison, que le reste du monde a tort, et que si on nous tourne en ridicule, c’est parce qu’on a peur, ou qu’on nous cache quelque chose.

Homéopathie : science et pseudoscience

La majorité des médecins belges estiment que l’homéopathie n’a pas sa place dans les soins de santé. Pourtant, l’acceptation de l’homéopathie comme moyen de traitement par les consommateurs se généralise : la moitié des belges lui feraient confiance. Les européens en sont particulièrement friands : le leader mondial est Boiron, une société française, dont le chiffre d’affaire en 2014 s’élève à 600 millions d’euros.

L’industrie homéopathique, sans être au même niveau que l’industrie pharmaceutique, est donc bien florissante. Est-elle basée sur des traitements réellement efficaces, ou sur du vent ? Entrons dans le vif du sujet…

Un cas concret

L’Oscillococcinum est un “médicament homéopathique utilisé dans la prévention et le traitement des états grippaux“. Il coûte à peu près un euro par dose de un gramme. D’après le Ministère français de l’économie, des finances et de l’industrie, ça le place environ 50% plus cher que sa concurrence. Sa composition : “extraits filtrés de foie et de coeur d’Anas barbariae dynamisé à la 200e K. Excipients (saccharose, lactose).”

Où est le problème ? “extraits filtrés de foie et de coeur d’Anas barbariae dynamisé à la 200e K” signifie, en clair : prendre de l’extrait de foie et de coeur de canard de barbarie et y appliquer 200 dilutions “korsakovienne” successives. La dilution korsakovienne consiste à prendre un flacon contenant le composant actif, à le vider, le remplir d’eau, et le secouer fortement pour mélanger ce qui restait sur les parois avec l’eau. Au bout d’une dizaine de dilutions, il ne reste statistiquement plus aucune molécule du composant actif. Au bout de 200 dilutions, c’est une certitude presque absolue que aucun flacon de ce médicament qui ai jamais été vendu dans le monde ne contient la moindre molécule du composant actif. Reste donc du saccharose et du lactose : autrement dit, du sucre.

canard-barbarieAnas Barbariae, dans son état pre-Oscillococcinum

Mais pourtant ça marche !

La réponse habituelle de l’industrie homéopathique est : ça marche, pleins de gens se traitent avec de l’homéopathie et se sentent mieux après, “l’efficacité thérapeutique est certaine”. Comment expliquer que tant de gens observent les effets de l’homéopathie, si ce n’est qu’un placebo ? Justement. Quand on dit qu’un traitement n’a pas plus d’effet qu’un placebo, la première réaction est souvent de dire : “quoi, ça ne marche pas ? Mais pourtant je connais untel chez qui ça a marché !” On associe “effet placebo” avec “aucun effet”, mais c’est loin d’être le cas. L’effet placebo est bien réel, et offre souvent d’excellents résultats, notamment pour le traitement des douleurs mais aussi pour des troubles immunitaires, hormonaux ou respiratoire (Price et al., A Comprehensive Review of the Placebo Effect: Recent Advances and Current Thought [PDF], Annual Review of Psychology, 2008.)

L’effet placebo dépend de nombreux facteurs, dont le mode d’administration, les attentes du patient, son conditionnement… Il n’est donc pas surprenant en soi que des remèdes homéopathiques puissent avoir un effet. C’est là aussi qu’intervient le traitement personnalisé : une consultation chez un homéopathe va typiquement être plus longue et plus personnelle qu’une consultation chez un médecin, ce qui augmente les chances d’obtenir une bonne réponse au placebo.

Ce n’est pas pour rien que l’homéopathie est particulièrement prescrite pour ces mêmes problèmes où le placebo est le plus efficace : traitement des allergies, des douleurs, des symptômes grippaux…

Et selon les homéopathes, ça marche comment ?

La théorie fondamentale de l’homéopathie est développée au XVIIIème siècle par Samuel Hahnemann. À l’époque, l’invention récente du microscope permet à la médecine de commencer à s’extirper des textes antiques et de la théorie des “humeurs” (dans laquelle le corps humain contient un équilibre entre sang, phlegme, bile jaune et bile noire). L’idée de Hahnemann est assez simple : lutter contre une maladie en ingérant des petites quantités d’une substance provoquant des symptômes similaires. Ce n’est pas une idée particulièrement loufoque à l’époque : on vient alors de découvrir que l’inoculation de petites doses de variole permet de protéger des symptômes les plus graves de la maladie.

Hahnemann
Samuel Hahnemann

L’homéopathie selon Hahnemann repose sur trois principes. Le principe de similitude (datant d’Hippocrate), selon lequel “les semblables sont aptes à guérir les semblables”. Le principe de dilution, pour éliminer le risque de toxicité. Et le principe de dynamisation : secouer le mélange solvant – principe actif pour que le solvant s’imprègne de “l’essence” du remède.

On mesure le plus souvent les dilutions en “Centésimale hahnemannienne” ou “CH”. 1 CH signifie diluer au centième de sa concentration le produit initial. Typiquement, un produit homéopathique moderne aura une dilution allant de 4-5 CH jusqu’à 30 CH. Est-ce beaucoup ? Une dilution à 10 CH correspond à une goutte de produit actif dans le Lac Léman. Une dilution à 23 CH correspond à une molécule de produit actif dans tous les océans du monde. Au delà de 12 CH, on obtient statistiquement moins d’une molécule dans une dose du remède homéopathique.

Comment l’industrie homéopathique justifie-t-elle que ces produits (qui ne contiennent au mieux que quelques traces infinitésimales de produit actif, et bien souvent n’en contiennent pas une seule molécule) ont un effet sur l’organisme ? En parlant de “mémoire de l’eau“. La dynamisation (ou : secouer très fort la bouteille) permettrait de faire en sorte que le solvant garde la “mémoire” du composant actif. La mémoire de l’eau est un concept proposé par Jacques Benveniste. Ses résultats, montrant que l’eau conserve une “empreinte” des éléments avec lesquelles elle a été en contact même lorsque ceux-ci ne sont plus présents en solution, n’ont jamais pu être reproduits et sont généralement considérés comme le fruit d’erreurs expérimentales. L’idée a cependant été reprise avec enthousiasme par les homéopathes, qui y ont vu une justification scientifique du processus de dilution-dynamisation.

Il n’empêche que, à l’heure actuelle, rien dans notre compréhension des mécanismes physiques et chimiques sur lesquels reposent notre science moderne ne permet de voir dans la théorie homéopathique autre chose que de la pseudoscience.

Que nous reste-t-il ?

Comment alors caractériser l’homéopathie ? C’est une méthode de traitement basée sur une science inexacte, qui conduit à la production de remède constitués uniquement d’eau, d’alcool ou de sucre, et dont les résultats, selon les études les plus charitables, nécessitent plus de tests pour déterminer leur efficacité, ou plus généralement sont identiques aux résultats obtenus par placebo. Les agences gouvernementales comme le Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (Belgique), le NHS (Royaume-Uni), ou récemment le NHMRC (Australie) sont tous arrivés à la même conclusion.

Peut-on pour autant dire que l’homéopathie ne remplit aucune fonction, voir est dangereuse ? Oui et non. Les remèdes homéopathiques en tant que tels ne sont pas dangereux. Le fait qu’ils n’ont pas de principes actifs joue dans les deux sens : ils ne peuvent faire ni du bien, ni du mal. Lorsque le remède homéopathique est pris comme complément à un médicament réellement actif, il ne peut pas faire de mal, et va aider le patient, via l’effet placebo, dans sa guérison (par exemple : des gouttes homéopathiques pour les yeux ajoutés à un anti-histaminique pour lutter contre des allergies). De même lorsque aucun traitement n’est nécessaire (par exemple : pour “guérir” d’un rhume). Tant que l’homéopathie ne vient pas se substituer à un traitement classique, où est le mal ?

Reste le fait que les produits homéopathiques sont présentés de manière malhonnête. Ils ne sont pas vendus en tant que placebo, mais en tant que médicaments. Ils prétendent avoir des composants actifs, et que ce sont ces composant actifs qui ont un impact sur la santé du patient. Chaque patient a le droit d’être informé sur les différents aspects du traitement qu’il reçoit. Dans le cas de l’homéopathie, ce critère d’information n’est pas rempli. La notice de l’Oscillococcinum parle de posologie, de composants actifs, d’effets secondaires possibles (en cas de réaction au sucre…), sans qu’il soit jamais clair qu’aucune molécule de “coeur et de foie d’Anas Barbariae” ne sera jamais présente dans aucune dose du produit qui sera jamais vendue.

canard-barbarieAnas Barbariae, dans son état post-Oscillococcinum

Au moins ils ne risquent pas de devoir tuer beaucoup de canards…

En finir avec Zaventem

Le Plan Wathelet est mort, vive le plan Wathelet !

Les Bruxellois qui souffraient de la route du virage large à gauche peuvent souffler : ce sont maintenant d’autres Bruxellois qui subiront les nuisances. Les bannières et affiches “Plan Wathelet, Pas Question !”, omniprésentes dans la ville, ont obtenu le changement. Tout comme les affiches “Plan Anciaux = Bruxelles K.O.” en 2004. Comme quoi, les slogans n’ont pas besoin d’être très recherchés… (au moins Anciaux – KO ça rime un peu !)

Et maintenant ? Maintenant on revient à la situation d’avant le Plan Wathelet. En pire, puisque les travaux sur les pistes durant l’été vont concentrer le trafic sur la route du canal, la plus peuplée. Ce n’est pas pour rien que ce plan avait été instauré : la situation antérieure était intenable pour bons nombres de riverains, qui vont sans nul doute commencer dès à présent à donner de la voix.

Depuis des années, les plans de survol se suivent et se ressemblent. Des changements plus symboliques qu’effectifs, des protestations qui, si elles sont basées sur un réel inconfort des riverains, sont malheureusement tellement détournées par des buts purement politiques qu’elles en perdent tout leur sens. Pendant ce temps là, on évite de trop s’attarder sur le fait que le problème de trouver une répartition des vols depuis Zaventem est insoluble, et est fondamentalement lié à la position de l’aéroport, au nord-est de la ville, là où les vents d’ouest dominants forcent les décollages à se dérouler vers le centre-ville.

La question est donc : quand va-t-on enfin déménager l’aéroport a un endroit plus logique ? Différentes solutions réalistes ont été étudiées, et il est clair que le problème n’est ni technique, ni financier. Le coût n’est certainement pas négligeable, mais il est loin d’être prohibitif. Le problème est évidemment, comme toujours en Belgique, avant tout politique et communautaire. Déplacer l’aéroport, c’est s’ouvrir à la possibilité de le mettre en Wallonie, et ainsi priver la Flandre d’un pôle d’activité économique bien rentable.

Alors on va continuer à mettre de côté la sécurité et le confort des Bruxellois, et attendre le prochain “Plan Galant”, qui pourra ne rien solutionner et servir de fer de lance à l’opposition lors des prochaines élections, et rebelote dans quatre ans : “Plan Galant – Pas Content” ? Mais pas de panique, cette fois, on trouvera une solution définitive ! On ne ferait pas un “long virage à gauche”, par exemple, pour disperser les nuisances ?

Oui, le FN est le gagnant des départementales

L’UMP n’appellera à voter ni pour le Front National, avec lequel nous n’avons rien de commun, ni pour les candidats de gauche, dont nous combattons la politique“. Nicolas Sarkozy reprend les devant de la scène pour réaffirmer la destruction complète du Front Républicain.

Il confirme ainsi le seul gagnant des départementales françaises : le Front National. Oui, le FN n’a pas fait “le score attendu”. Ils ne sont pas le premier parti de France. Le fait même que ce soit une cause de réjouissance, qu’on puisse prendre comme une “bonne nouvelle” un score de 25% de l’extrême-droite, montre que le pari de Marine Le Pen est réussit. En 2002 les 17% de Jean-Marie Le Pen à la présidentielle, qui le propulsaient au second tour, étaient un “séisme politique”. Les français sortaient dans les rues pour affirmer au monde entier que non, ils n’étaient pas tous comme ça, qu’ils avaient honte de ce score. Treize ans plus tard, on est soulagé lorsque le FN n’arrive pas en tête. La présence de Le Pen au second tour à la prochain présidentielle est discutée comme d’un fait acquis.

Quand à sa victoire, ce n’est plus une impossibilité. Si le second tour est entre le PS et le FN, si l’UMP continue à légitimer ce dernier en refusant d’appeler à voter contre… Ce sont des grands “si”, mais pas des “si” impossibles. Pour l’instant, le PS est le favori pour se retrouver dans le rôle du parti déchu, et il appellera sans doute à voter Sarko (tout en grinçant des dents). Et le “ni-ni” des élections locales est plus probablement une lâche stratégie politique plutôt que le reflet de l’opinion des militants (et des élus) de l’UMP. Il y a seulement quelques années, j’aurais trouvé absolument ridicule l’idée que le FN puisse un jour gagner les présidentielles. Je pense toujours que c’est peu probable, mais ce n’est certainement plus une idée ridicule…

Pour la France, une victoire du FN serait désastreuse. Pour l’Europe, ce serait bien pire. Parce que là où Syriza rejette la politique actuelle de l’Union Européenne, en particulier bien sûr la politique économique d’austérité, le Front National rejette en bloc l’entièreté de la proposition européenne. Le Front National ne veut pas d’une union, d’une entraide, d’une ouverture des frontières, de tout ce qui a permis à l’Europe de connaître une paix et une prospérité sans précédent dans son histoire. Car l’histoire Européenne, c’est avant tout une histoire de nationalismes démesurés, une histoire de guerres territoriales et religieuses, une histoire vers laquelle le Front National et les autres partis qui, partout en Europe, portent ces mêmes valeurs, semblent vouloir nous replonger. Le Front National voudrait que l’Union Européenne ne soit qu’une parenthèse de l’histoire, quelques années durant lesquelles les frontières ont été ouvertes, dans laquelle les peuples ont pu se mélanger, se rencontrer, voyager en toute liberté. Apparemment, pour eux, c’est une mauvaise chose.