L'enseignement souffre de Microsoft long

Adrien Foucart | 08 Sep 2025
2xRien - un blog

La crise du COVID a frappé l’enseignement de plein fouet. Les étudiantes et étudiants qui sont passés durant “les années COVID” (comme si elles s’étaient terminées) auront tous eu un parcours atypique (comme s’il existait un parcours “typique”). Si on a aujourd’hui largement décidé de ne plus trop s’en faire de l’épidémie, de ne plus se tester, de ne plus se masquer, de ne plus se vacciner, il y a un changement des années COVID dont il n’est pas si facile de se débarrasser: la mainmise de Microsoft sur le secteur de l’enseignement.

En 2020, devant l’urgence de pouvoir garder le contact avec les élèves de tous les professionnels de l’enseignement, les représentants de Microsoft sont arrivés auprès des directions et administrations, des dollars pleins les yeux, pour venir les dépanner avec Microsoft Teams. Passer par Teams pour les écoles, athénées, hautes écoles et universités n’était pas un choix déraisonnable à l’époque. Microsoft avait les capacités de support et les infrastructures informatiques que personne d’autre, sauf peut-être Google, ne pouvait déployer. Et Google s’est montré beaucoup moins agressif dans son marketing.

Les établissements ont depuis repris leur programme présentiel. Mais Microsoft s’est maintenant confortablement installé. Dans les Universités, des les Hautes Écoles, dans les écoles secondaires et primaires, Teams est l’outil institutionnel, Microsoft est le partenaire privilégié. Pourtant, les outils proposés sont au final très peu utilisés. Mis à part les réunions et, parfois, les cours en distanciel, toutes les fonctionnalités de devoir, partage de documents, etc., sont généralement redondantes avec les outils déjà existants (et souvent mieux adaptés ou adaptables aux besoins des enseignant.e.s et étudiant.e.s), comme la plateforme open-source Moodle. La quantité d’argent public qui subsidie ainsi Microsoft pour des services sous-exploités et peu nécessaires est difficile à estimer (l’Éducation Nationale française a par exemple attribué un marché public a hauteur de 150 millions d’euros sur quatre ans pour les établissements supérieurs [Next.ink], et la Fédération Wallonie-Bruxelles une “dizaine de millions d’euros” juste pour l’administration [ETNIC].).

Au-delà de l’aspect financier, il y a aussi maintenant un véritable problème éducatif: les produits Microsoft poussent avec insistance l’utilisation de leurs outils d’intelligence artificielle. Résultat, les enseignants se retrouvent dans une situation inconfortable, dans laquelle les logiciels institutionnels poussent les étudiant.e.s vers des outils qui nuisent activement à leur apprentissage! Comment peut-on être crédible à expliquer aux étudiant.e.s que lire et comprendre par soi-même un texte est important lorsque les logiciels fournis par l’école les pousse à plutôt lire le résumé (souvent incomplet et truffé d’erreurs) proposé par Copilot?

L’excuse de l’urgence face à la crise sanitaire ne tient plus. Rester dépendant à Microsoft pour l’enseignement est un problème, qui ne fait qu’augmenter à mesure que Microsoft dévoue l’entièreté de ses ressources à la poursuite d’une élusive IA qui fonctionnerait comme ils le promettent aux actionnaires (et que, par ailleurs, ils collaborent avec enthousiasme au projet politique de Donald Trump…). Nous n’avons pas besoin aujourd’hui de fournir Teams, Copilot et Microsoft 365 aux étudiant.e.s et enseignant.e.s. Nous n’avons pas besoin de financer Microsoft avec l’argent de l’éducation publique.

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